‹ Hélène Peyron; drame en cinq actes, en versChapitre 14 sur 48 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

M. DAUBRET, MADAME DAUBRET.

MADAME DAUBRET, s'cmprossant vers son mari.

On m'apprend ton retour...

M. DAUBRET, après l'avoir embrassée.

Ah! tu sais la nouvelle...

(Avec une supériorité ironique.)

Eh bien 1 parle, voyons! suis-je un fou sans cervelle? Ai-je eu tort? Est-ce un rêve? et ce bon Flavignac, N'a-t-il pas mis, d'un coup, l'affaire dans le sac?

MADAME DAUBRET, avec douceur.

Mon ami, je craignais un mécompte...

M. DAUBRET, vivement.

A t'entendre, Je suis un écolier 1 je ne sais pas m'y prendre !...

MADAME DADBRET.

Je ne dis pas cela !

M. DAUBRET.

Pourtant...

MADAME DAUBRET.

Si cet honneur A des charmes pour moi, c'est qu'il fait ton bonheur. J'ai peu d'ambition.

M. DAUBRET.

Cela viendra.

MADAME DAUBRET, suuriiini.

J'en doute.

M. DAUBRET.

En attendant, vois-tu, je poursuivrai ma route.

(Changeant de Ion.)

Flavignac vient dîner.

(Croisant ses mains.)

Quand je pense aujourd'hui Que tu te défiais d'un garçon comme lui !...

MADAME DAUBRET, avec humilité.

C'est vrai ; n'en parlons plus ; j'avais tort.

M. DAUBRET, avec fcu.

Eh ! ma femme !

Parlons-en bien plutôt!... Parlons-en, sur mon àme! C'est le cas d'en parler du matin jusqu'au soir!... Comme un fils, comme un frère, il a fait son devoir. Et je crois qu'il est juste, autant qu'indispensable...

MADAME DAUBRET, approuvant.

Quelque cadeau, peut-être?...

M. DAUBRET.

Un signe ineffaçable De ma reconnaissance et de son dévoûment ! Je le veux sous ma main, je le garde

MADAME DAUBRET, étonné.

Comment?

28 HÉLÈNE l'EYROJN

M. DAUBRET, avec myslùrc.

C'est un dessein que j'ai.

MADAME DAUBUET, inquh'le.

Mais encore .. on s'explique.

Je ne vois pas.. .

M. DAUBRET, liésilanl un peu.

Ma foi! tout net... sans route oblique. Simplement, en deux mots, c'est monsj'stème!...

MADAME DAUBRET.

Eh bien ?.

M. DAUBRET.

Longtemps, autour de moi, j'ai cherché le moyen...

(VivC'IlR'lU.)

El je tranche l'aflaire en lui donnant Hélène!

MADAME DAUBRET, sUipéfailc,

Hélène?

Un galant homme!... une nature pleine...

MADAME DAUBRET, rinlerrompanl.

Dis-tu cela, vraiment, avec réflexion?

C'est assez mon usage en toute occasion.

MADAME DAUBRET.

Oh ! cette fois, du moins, ton amitié t'égare,

I>laît-il?

MADAME DAUBRET.

.l'y vois trop clair aux choses qu'on prépare. Un inconnu !...

M. DAUBRET.

Ma femme !

MADAME DAUBIÎET.

Un intrigant flatteur!...

M. DAi;i;RET, fuiiciu.

Bravo !

MADAME DAUBRET.

Trente ans déjà!

M. DADBRET.

Comme ton serviteur.

MADAME DADBRET, vivemenl.

Mais moi, j'en avais vingt.

M. DAUBRET.

La belle difl'érence!

Hélène a dix-sept ans.

Oh ! trois ans d'ignorance, Trois ans de calme heureux et de sécurité.

(Avec émoliiin.)

Mon Dieu, s'il faut parler avec sincérité,

Je reculais toujours et je croyais loin d'elle

Cette nécessité de la sombre nouvelle,

Quand, arrachant la joie à son front obscurci,

Nous lui dirons tous deux : « Tu n'étais pas d'ici!... »

M. DAUBRET, haussaiU les épaules.

Tu l'as voulu toi-même ! Il fallait, dès l'enfance, La rompre à cet aveu, l'apprivoiser d'avance, La tourner...

MADAME DAUBRET.

Que veux-tu? le mal est fait!

M. DAUBRET.

Fort bien !

Moi, j'ai cela de bon que je n'y suis pour rien.

MADA:\IE DADBRET, à pari.

Oh ! si j'osais parler !

M. DAUBRET.

Dans toute cette histoire, J'eus des douceurs d'agneau, plus qu'on ne saurait croire : Un jour, voilà quinze ans, madame trouve bon De pêcher en eau trouble une fille sans nom... D'accord ; moi j'y consens, en homme débonnaire. On la peigne, on en fait une pensionnaire, Et, pour jouer mon rôle avec solennité, Je m'affuble d'amour et de paternité.

Le couvent s'ouvre enfin, qui l'avait retenue : Changement de décors, la pièce continue. C'est ma fille par-ci, c'est ma fille par-là. On n'a jamais été si père que cela!... Il fallut, vers ce temps, pour cacher le mystère Éloigner les valets qui n'auraient pu se taire. Je les renvoyai tous, en venant à Paris, liaison neuve! Je suis la perle des maris !

(Mouvement de madame Daubrcl.) Oh ! l'enfant me plaît fort; je dirai plus, je l'aime. Suis-je un homme à pousser les choses à l'extrême? Je n'entends pas du tout la brusquer à ce point. Du temps, de la douceur, qu'on ne se hâte point. Mais, puisqu'il faut qu'un jour la lumière se fasse, Autant vaut cette fois que l'on s'en débarrasse, Et ce n'est point un sort à jeter les hauts cris Que d'épouser d'emblée un des beaux de Paris !

MADAME DAUBRET, avec impatience.

Mais sais-tu ce que c'est que Flavignac, en somme?

M DAUBKET.

Je te l'ai df\jà dit, ma chère, un galant homme!

MADAME D A U B R E T, avec force.

Un coureur de hasards qui, boursier le matin, Va barbouillant, le soir, quelque écrit clandestin; Un pâle aventurier, flairant les bonnes portes ; Souple, rusé, mielleux !

M. DAUBRET, s'efforçant de rire.

Tes paroles sont fortes.

Vas-tu recommencer ton grand air d'opéra?

MADAME DADBRET.

Sans fortune!...

M. DAUBRET.

J'en ai!

MADAME DADBRET.

Sans place!...

M. DAUBRET.

MADAME DAUBRET.

Ses mœurs?..,

Il en aura!

M. DAUBRET.

Ah! pour cela, je demande la preuve.

Mais la haine, chez toi, déborde comme un fleuve. Et j'ai tort, sur l'honneur, d'écouter tout ce bruit Contre un brave garçon, qui s'est trop bien conduit. MADAME DAUBRET, croisant ses mains.

Peux-tu croire, entre nous, qu'il plaise à notre Hélène?

M. DADBRET.

Si je le crois?... Parbleu! je connais l'ùme humaine, Et je ne doute pas...

(Apercevant Hélène à la porte.)

Tiens ! c'est elle !

MADAME DAUBRET, l>as.

Un moment !

Ne va pas lui jeter ce mot brutalement.

32 HÉLÈNE PEÏRON

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