‹ Hélène Peyron; drame en cinq actes, en versChapitre 39 sur 48 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

HÉLÈNE, MADAME DAUBRET, sur le banc A droite.

MADAME DAUBRET.

(Tenant eml)rasscc Hélène qui sanglote.)

Viens là, ma pauvre enfant, viens pleurer dans mes bras. Laisse saigner ton cœur, et ne me parle pas. Va, le temps sait calmer ces premières alarmes, Heureuses les douleurs qui s'en vont dans les larmes 1

IIÉLÈA'E, d'une voix tremblante.

J'ai bien pleuré, ma mère, et je suis triste encor !

MADAME DAUBRET.

Ce n'est que d'aujourd'hui que tu connais le sort; Hélas! sur cette terre, où nous traînons la vie, Toute lueur qui passe est d'une ombre suivie. Pour un espoir trompé, tu sens ta foi tarir? Enfant, tu seras femme, et tu sauras souffrir!

Est-il une douleur plus grande que la mienne ?

MADAME DAUBRET, rêveuse.

i'eut-ùtre !...

HÉLÈNE, avec impétuosité.

Oh ! celle-là, ma mère, qu'elle vienne! On en meurt

MADAME DAUBRET, Irislement.

On en vit

(Prenant les mains d'Hélène.)

Pauvre ange, écoute-moi, J'avais deviné juste... Un fanfaron sans foi!

HÉLÈNE

Oh ! grâce !

MADAME DAUBRET.

Un débauché sans principes !

HÉLÈNE

Ma mère!...

MADA5IE DADBRET.

D'ailleurs, cet homme-là ne m'a jamais su plaire,

Et je lui supposai, dès le premier abord.

Je ne sais quel dessein, qui se cachait encor.

Plus tard, tu t'en souviens, quand l'heure fut venue,

Je prêchai vainement ton ardeur ingénue,

Au bord du précipice où s'égaraient tes pas...

Dieu veillait, par bonheur, Dieu qu'on ne trompe pas !

Cet avertissement, cette lettre imprévue

Que j'ai voulu détruire, après te l'avoir lue,

C'est comme un coup du ciel qui te sauve de lui.

Hélène, ouvre les yeux. Tu connais, aujourd'hui.

Ce libertin blasé qui n'ofiTre à tes tendresses

Que les restes d'un cœur usé par ses maîtresses,

Et, bien que dans la lettre on n'ait pas mis le nom,

Tu sais qu'un autre amour...

HÉLÈNE, avec force, l'interrompant.

Non, c'est infâme ! non, Quelque mensonge affreux! quelque lâche morsure! Je le sens là, vous dis-je, il m'aime! j'en suis sûre ! H m'aime ! et c'est un tort d'aller se renseigner A d'ignobles écrits qu'on n'ose pas signer !

MADAME DAUBRET, à part.

Ils sont signés d'un nom...

HÉLÈNE

Moi, je connais son âme !

Il n'a pas mis sa gloire à tromper une femme ! Et quand mon père, ici, le poussait à l'hymen, Vous l'avez-vu, peut-être? il refusait ma main, Avouant, sans détours, comme il convient de faire, Sa naissance modeste et sa pauvreté fière ! Vous savez...

MADAME DAUBnET, anitTemenl, Oui, je sais qu'en ce siècle moqueur, Ainsi que le visage, on se farde le cœur. J'ai calculé la dose et peux te dire, en somme, Ce qu'il faut de couleur pour se peindre en brave homme. Grâce â ce procédé, les pires sont absous; Seulement, vois-tu bien,, la ride est en dessous.

HÉLÈNE

Quoi ! vous jugez de suite et sans preuve plus forte Que monsieur Flavignac est fait de cette sorte?... îNon !... Cette lettre ment!...

MADAME DAUBRET.

Chasse un espoir fatal Qui, flattant ton amour, prolongerait ton mal.

(D'uni! voix ferme. J

La nouvelle est certaine, et j'en connais la source.

(A pan.)

Sa mère m'avertit !

(Hélène s^in^lule cl (Mclie son visîige dans ses mains.)

La douleur .sans ressource, Le seul carcan de fer, rivé jus(|u'au trépas. Ce n'est pas un ninoiu' qui toinl)e, ce n'est pas

Quelque roman perdu, quelque crise légère,

Qu'on oublie, en un jour, dans le sein de sa mère...

C'est ce supplice atroce, et toujours renaissant,

Du regret éternel qui nous suce le sang !

C'est cette sourde lutte où les forces se brisent!

Enfant, c'est l'union des cœurs qui se méprisent,

Quand, laissant là le doute avec la trahison,

La sainte confiance a quitté la maison,

Et, qu'entre les époux assis au foyer sombre,

L'implacable passé se dresse comme une ombre!...

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