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Marvue fait ine ices
Si votre enfant est auprès des anges, réjouissez vous, lui disaitil, dans peu d’instants vous serez avec elle et votre mari; si au contraire, elle vit encore, du haut du ciel vous veillerez tous deux sur elle, et dans le cas où elle serait entre les mains des méchants, vous la protégerez plus efficacement que vous n’auriez pu le faire ici-bas.
Peu après, elle demanda à revoir encore une fois son Octave. On s’empressa d’acquiescer à son désir et de transporter son lit dans la chambre où il gisait. Elle fit un signe à une vieille servante, que je reconnus pour la même qui prenait soin de l'enfant le jour de enlèvement. Celle-ci alla chercher le berceau et le plaça entre les deux lits. Hélas il était à jamais resté désert. Les mêmes jouets que j'avais vus autrefois auprès de la petite étaient encore là au pied de sa couche et comme à portée de sa main. Ils avaient été religieusement conservés, comme s'ils eussent espéré qu’un ange la leur ramènerait. Leur lustre seul avait été terni par les larmes et les baisers des parents désolés.
Avant que de jeter un regard sur la mourante, je fermai les yeux pour me recueillir et jouir intérieurement des ravages que la douleur et le désespoir devaient lui avoir causé. En les rouvrant, je faillis pousser un cri de joie, mes plus extravagantes espérances étaient dépassées. Marguerite n’était plus qu’un squelette, recouvert d’un parchemin jauni et collé sur des os.
Ses yeux seuls vivaient, mais ils avaient un éclat véritablement effrayant. Ils semblaient vous percer et rentrer dans l’âme de ceux sur lesquels ils s’arrêtaient. Je les suivais avec angoisse, de crainte qu'ils ne s’arrêtassent sur moi quand je les voyais se promener avec indifférence sur chacune des personnes de l'assistance.
Les pleurs d’Angeline se mêlaient abondamment à ceux des voisins et de leurs femmes, qui chaque jour avaient suivi les progrès du mal.
Marguerite regarda un instant Octave, puis ses yeux tombèrent sur moi après avoir erré vaguement sur les personnes présentes. Un feu sombre et terrible les éclairait. C'était les derniers jets de lumière de la lampe qui s'éteint. Surpris d’abord, ils prirent bientôt une fixité extraordinaire. Je sentais qu'ils plongeaient jusqu'aux derniers replis de mon âme comme s'ils eussent voulu en pénétrer les secrets. De plus en plus, de ternes et maladifs qu’ils étaient auparavant, ils devenaient intelligents et perçants. Je ne sais ce qui se passait au dedans d’elle, mais je comprenais qu'il y avait quelque chose de surnaturel, et qu’elle lisait au dedans de moi comme dans un livre ouvert. Le feu qui sortait sous ses prunelles
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me brüûlait, me dévorait, et j'aurais donné tout le monde pour pouvoir m'y soustraire.
Sous ce regard ardent, mes dents claquaient dans ma bouche, un frémissement se fit sentir dans tous mes membres, et malgré l'empire que j'avais sur moi-même, je tremblais et une sueur abondante se répandit sur tout mon corps.
Je le voyais, elle me reconnaissait et devinait tout. Je ne sais ce qui fut advenu, si ses paupières ne se fussent fermées. Bien que son regard n’eut pas été long, il m'avait exprimé tout ce qu’il y avait eu dans ma conduite de méchanceté et de scélératesse. Je profitai toutefois de ce moment pour me réfugier dans un coin âe la chambre d’où je pouvais l’observer sans qu’elle ne me vit.
Pendant ce temps, tout le monde était silencieux, le prêtre seul priait tout bas auprès de leurs chevets.
Peu d’instants après, la mère ouvrit de nouveau ses yeux et les tourna vers l'endroit que je venais de laisser. Angeline avait pris ma place. Elle la couvrit à son tour de son regard brillant, mais maintenant lucide. Elle la fixa longtemps. Jamais je ne pourrai décrire le changement d'expression qui s'opéra soudainement. Ce fut comme un rayon céleste d'espérance et d'amour d’abord, puis de bonheur ineffable, il passa et s’éteignit comme l'éclair. Elle ferma de nouveau les yeux pour se recueillir encore un moment, et fit signe à la vieille servante d’approcher plus près d'elle, lui murmura quelques mots à l'oreille. Ces quelques mots que nous n’entendimes pas nous parurent être un ordre. Celle-ci vint prendre Angeline qui fondait en larmes, et la conduisit auprès du lit Marguerite la contempla un instant avec une expression que je ne puis décrire, et que vous ne sauriez jamais imaginer; puis, d’un bond, elle fut sur son séant, saisit Angeline, la pressa sur sa poitrine et collant ses lèvres sur celles de la petite : Mon enfant, ma chère Angeline, s’écria-t-elle, d’une voix impossible à rendre, merci, merci mon Dieu... puis elle retomba sur son oreiiler tenant toujours son enfant étroitement embrassée.
A cette vue, tout le monde était muet de stupeur et quand au bout d’une minute quelques assistants les séparèrent, Marguerite ne souffrait plus, et Angeline par ses sanglots et ses larmes avait inondé le visage de la morte pendant que dans ses paroles à peine
articulées, on entendait : ma mère, oh! ma mère... Dieu avait.
permis qu’elles se reconnussent mutuellement.
Maïntenant que je n'étais plus sous les regards de la mère, ma joie féroce était revenue. Je devais être horrible à voir dans ce: moment solennel et déchirant ; je craignais que le bonheur queje ressentais dans mon âme, ne se trahit sur ma figure et qu’on ne
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HELIKA. 41
s'en aperçut. Je saisis donc Angeline par la main et me préciffitai vers la porte: A nous deux, à présent, lui dis-je, bien que la amalheureuse victime répétât encore, ma mère, oh ! ma mère, et qu'elle étouffa dans ses sanglots.