‹ Hélika [microforme]Chapitre 25 sur 28 · LA CHASSE A L'HOMME · texte numérisé non relu

LA CHASSE A L'HOMME

Tout en dirigeant ma barque vers l'endroit où je devais rencontrer mes amis, je suivais tristement le sillon qu'elle traçgait et me représentais combien était heureuses ces vagues qui paraissaient remonter, de se rapprocher des êtres chéris que je venais de quitter, pendant que je m'en éloignais peu.-être pour toujours.

C'était avec peine que je refoulais au fond de mon âme, les pleurs qui roulaient s'échapper de mes yeux au souvenir des adieux et de la séparation, séparation qui devait être bien longue.

Pourtant après ces quelques instants d’attendrissement, mon énergie et ma force morale me revinrent,

Ma détermination d’en finir pour toujours avec Paulo se fixa plus inexorable que jamais dans mon esprit. Mes compagnons, j'en étais sûrs ne mettraient pas moins d’achatnement que moi à

leur poursuite, Plus je songeais à leurs affreux forfaits et plus je sentais un desir implaquable dé m'emparrer d'eux vivants on de les faire disparaître. Ce fut dans cette disposition d'esprit que j'abordai à St. Anne, à l'extrémité ouest du Cap Martin, dans une petite anse qui se trouvait vis-à-vis de ma demeure.

Jd'aillai frapper à la porte et me fit reconnaitre, Tout le monde était sur pied, certes mes amis faisaient bonne garde; ils avaient entendu mes pas.

Nous passâmes le reste de la nuit à faire nos préparatifs de départ, pendant que je leur racontais les incidents de mon voyass, Il avait été convenu entre Baptiste et moi que nous commencerions notre chasse immédialement après mon arrivée,

Tout le monde dans le village savait quelle était la nature de Pexpédition que nous allions entreprendre ; aussi, connaissant à quels dangers nous allions être exposés, faisait-on des vœux pour notre succès, tant les bandits inspiraient de terreur. Des prieres étaient faites chaque soir dans les familles, pour que Dieu, nous ramenât sainset saufs.

Cependant la vue de la barque avait appris mon arrivée à mes bons amis, qui connaissaient le but de mon voyage, sans savoir en quel lieu j'avais laissé mon enfant; le curé seul en était informé. A honne heure le lendemain matin, une douzaine des habitants les plus aisés et Les plus respectables, ayant Le bon prètre en tête, vinrentet nous offrirent tout ce qu'ils croyaient nous ètre nécessaire pour notre excursion, provisions, habillemeuts et munitions. Mais nousélions amplement pourvus de tout cela. Nous les remerciâmes avec effusion et nous primes le chemin des bois accompagnés de leurs souhaits et de leurs vœux.

Il était facile au calme et à la détermination de nos figures de voir combien nous allions mettre de persévérance et de fermeté dans la chasse que nous entreprenions, bien que ceux que nous allions combattre fussent presque deux fois plus nombreux que notre parti, puisque Paulo et son ami avaient recruté les sept autres sauvages.

J'avais pris le commandement de l'expédition.

Un mot personnel sur ma petite troupe.

Bidoune était un homme de six pieds trois pouces, brave et infatigable comme l’étaient les canadiens trappeurs de ce temps là. Sa force était hereuléénne. Quand une fois il était sorti de sa placi dité ordinaire, il devenait furieux et indomptable comme un taureau blessé. Une fois déjà pris par cinq sauvages, il s'était vu attaché au poteau Gu bûcher et grâce à sa force musculaire, il avait rompu ses liens, saisi une hache, engagé contre tousles cinq une

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lutte désespérée où trois étaient tombés sous ses coups, le quatrième mortellement blessé et le dernier avait pris la fuite. Ce qui lui donnait encore plus de désir de se joindre à nous c’est que ceux qui s'étaient emparés de lui et qui voulaient le brâler, faisaient partie de la bande où Paulo avait recruté ses nouveaux complices. Lorsque je lui avais communiqué mon plan d'attaque, Bidoune s'était frotté les mains avec délices.

Les deux français eux aussi étaient de puissants et fermes auxiliaires. C'était deux hommes aux muscles d'acier, au cœur franc et loyal, braves et rusés, qui avaient 6té formés à l’école de Baptiste. Il m'est inutile de parler de ce dernier, le lecteur le connait déjà.

Avec de tels hommes, je pouvais tout tenter. Le point que j'avais décidé d'explorer était le lieu qui leur servait de repaire, lorsque Baptiste avait poursuivi Paulo.

Plus nous avancions dans les bois et approchions de cet endroit, plus nous nous convainquions que nous ne nous étions pas trompés dans nos prévisions, car les traces de leur passage devenaient de plus en plus évidentes.

Quand nous fûmes peu éloignés du campement où nous espérions les surprendre et leur livrer assaut, nous décidâmes de nous séparef en deux bandes. Nous eûmes aussi la précaution de nous mettre sous le vent, crainte que les chiensne sentissent notre approche et qu'ils ne leur donnassent l'éveil, De leur coté, nos ennemis avaient bien pris leurs mesures pour prévenir toute surprise. Ils comprenaient que si leur plan d'enlèvement avait été ainsi déjoué, c’est qu’il y avait eu trahison de la part du louche ou qu'ils avaient affaire à quelqu'un d’aussi rusé qu'eux.

Nous pûmes approcher jusqu’à portée de fusil de leur cabane en nous glissant et en rampant de broussailles en broussailles.

Malheureusement un chien éventa la mêche. Un coup de feu partit d’une sentinelle embusquée derrière un arbre et une balle vint frapper Bidoune à la jambe. La carabine de celui-ci retentit à son tour, le Peau Rouge fit un soubresaut et retomba inerte. Ces coups de feu avait jeté l’alarme dans le camp. La flamme qui brillait au millieu de leur wigwam fut en un instant dispersée.

En même temps, trois coups partirent dans la directiton d’où était venu celui qui avait blessé Bidoune. Les deux français tirèrent eux aussi du côté d’où venaient ces derniers, puis nous entendimes des plaintes sourdes et des craquements de branches, comme en peuvent faire les bêtes fauves en fuite dans les bois.

Il n'eut certes pas été prudent de nous avancer plus loin, cette nuit-là, car nos ennemis auraient pu s'être cachés et nous cad

leurs balles à l'abri des rochers. Nous décidâmes donc d’attendre le jour pour juger de l'effet de nos coups.

Lorsque l'aube parut, Baptiste se chargea d'aller faire la reconnaissance pour voir ce qu'était devenu nos ennemis. Il choisit le Gascon pour l'accompagner. C'était un trapeur consommé en fait d'adresse, de ressources et de ruse. Ils revinrent deux heures après et nous informèrent qu'ils avaient relevé les pistes des fuyards et que Paulo formait l'arrière garde. Ils étaient encore six, nous le savions déjà, car nous avions examiné l’eflet du premier coup qui avait été tiré par Bidoune. La balle avait traversé le cœur du sauvage. Quant aux autres coups tirés par les français, bien qu'au

juger, ils avaient eux aussi parfaitement atteint leur but, L'un

avait été tué instantanément, l’autre gisait mortellement blessé.

Bieu nous en prit de ne nous approcher qu'avec la plus grande précaution, car malgré le sang qu'il avait perdu, le blessé avait appuyé son fusil sur une pierre et de son œil mourant cherchait encore s’il ne pourrait pas envoyer une balle dans le cœur d’un ennemi. Je lui en exemptai la peine, j'ajustai mon coup sur le canon de son arme et tirai; son fusil vola en éclats loin de lui; nous nous avançâmes alors en toute sureté.

Il était le chef des sept nouveaux associés de Paulo. Il me lança un regard de défi lorsque je fus près de lui, croyant que j'allais le torturer dans ses derniers moments, comme il n’eut pas manqué de le faire si nous fussions tombés entre sesmains. Aussi manifesta-t-il quelque surprise lorsque je lui demandai s’il voulait boire. 11 me fit un signe affirmatif, le Normand alla lui chercher de l’eau.

J'examinai alors sa blessure, la balle lui était entré dans le dos obliquement et lui ressortait dans la partie interne de la cuisse opposée. Elle avait donc traversé les intestins; sa mort était certaine.

Pendant la demi-heure qu’il survécut, nous essayâmes à soulager ses souffrances et lorsqu'il eut rendu le dernier soupir, nous creusâmes une josse commune où nous déposâmes les trois cadavres. Nous les recouvrimes de terre et même de pierres pour les protéger des atteintes des bêtes.

Nous incendiâmes ensuite leur cabane et après un repos de quelques instants, nous nous mimes à la poursuite des autres bandits qui avaient sur nous une avance de plus de trois heures. C'était là que commençaïent les difficultés de la tâche que nous avions entreprise.

Maintenant l'éveil leur était donné. Sans doute qu'ils allaient employer loutes les ruses possibles pour nous surprendre à leur tour.

Je comprenuis toutefois qu'ils ne pouvaient marcher longtemps ensemble. L'attaque avait été si inattendue et leur fuite si préci-

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Nous étions presque en nombre égal, il n'était donc pas prudent pour nous de rester tous ensemble, car ils pourraient nous surprendre à l'entrée où à la sortie d'un défilé et nous tirer à l'affut comme gibier de passage, aussi nous sépardi 'es-nous. Je pris avec Bidoune, l'avant garde, pour servir d’éclaireurs, pour que nous ne nous éloignâmes pas trop les uns des autres, afin de nous prêter un secours mutuel en cas de surprise.

Nous étions en route depuis deux jours, lorsque nous décou. vrimes des traces toutes fraiches de leurs pas. Comme dans la chasse que Baptiste avait donné à Paulo, ils avaient encore cette fois pris toutes les r'ines du monde pour effacer les vestiges de leur passage. Ils avaient monté et redescendu les ruisseaux, choisi les terrains pierreux, fait un grand nombre de tours et de détours afin de nous donner le change, mais j'étais trop habitué à toutes ces ruses pour me laisser tromper. En partant de l'endroit où nous les avions surpris, ils s'étaient dirigés vers le sud puis marchant dans le Cours d'un ruisseau, ils étaient revenus plusieurs milles en arrière.

Nous pûmes constater qu'évidemment Paulo conduisait le parti.

Enfin la nuit de la seconde journée, il faisait un clair de lune maguifique. Nous étions dispersés les uns des autres, l'œil et l'oreille au guet, lorsque tout à coup, une modulation d'abord, puis le cri du merle siffleur s’élevant à une petite distance arriva à mes oreilles. C'était le signal de ralliement, l'ennemi devait être en vue de quelqu'un de notre bande.

Nous nous glissâmes avec des précautions infinies vers le lieu d'où était parti le cri. Nous aperçûmes effectivement dans un cran de rochers deux points lumineux et le canon d’une carabine qui brillait au rayon de la lune. J’abaissai mon arme et fit feu, Deux balles d'un autre côté vinrent siffler auprès de moi. Trois autres coups partis des nôtres répondirent aux deux premiers.

J'avais bien recommandé à mes hommes de se tenir à l'abri des arbres et de se coucher à plat ventre sitôt qu'ils auraient tiré. C'est ce qu'ils firent. Ils durent à cette précaution de n'être pas atteints par les balles.

Quelques secondes après, je reconnu le son de la grosse carabine de Baptiste et j'aperçus en même temps un sauvage qui dégringolait du haut du rocher. +

À l'assaut m'écriai-je, sans leur donner le temps de recharger et le couteau aux dents, nous nous précipitâmes sur eux. Paulo

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comprit alors qu’il n’y avait plus de salut pour lui que dans une lutte désespérée dout il sortirait victorieux. D'ailleurs les hommes qu’il commandait étaient bien propres à lui inspirer de la confiance. C’étaient des gens déterminés et dont les forces devaient être décuplées par l’idée que s'ils tombaient vivants entre nos mains, la potence les attendaient.

Le coup de fusil de Baptiste seul avait porté, le mien avait fait voler en éclats la crosse de la carabine de la sentinelle.

Nous étians cinq contre cinq, la partie était égale. Ce fui la crosse de nos armes qui nous servit d’abord de massues, mais les bandits étaient exercés à parer les coups. Les crosses volèrent en éclats et la lutte au couteau s’en suivit.

Elle fut terrible et sanglante. Qu'il me suffise de dire qu’une heure après, le plateau qui nous avait servi de champ de bataille 4 était inondé de sang. Trois hommes gisaient se tordant dans les a L. convulsions de l’agonie. Deux autres blessés étaient un peu plus | loin, mais ceux-là fortement liés. Trois de mes malheureux com-

en 0 à ET Pr Te

| 4 pagnons dont Baptiste et moi pansions les malheureuses blessures, il nageaient dans leur sang, Le Normand,le Gascon, Bidoune P Ê étaient blessés plus sévèrement que nos ennemis qui se trouvaient nl || être Paulo et son complice. Bidoune avait reçu un coup de cou- q 1°) teau en pleine poitrine. C.

N . Après avoir pansé les blessures du mieux que nous pûmes, Bap- nl |# tiste et moi qui n'avions reçu que de légères égratignures, nous | | nous mimes à faire un abri, car il ne fallait nas songer à se mettre si | en route pour gagner les habitations dans l’état ou étaient nos amis. c: À Lorsque le soleil du lendemain éclaira le lieu du carnage, je le ne pus voir sans frémir les cadavres de es hommes forts et braves, n | dont la vigueur et la jeunesse auraient pu être si utiles, si elles Pp eussent été tournées au bien. d | Nos ennemis que nous n'avions pu lier que grâce à la perte de d | sang qui avait diminué leurs forces, conservaient sur leurs d | figures pâlies, l'expression d’une sauvage férocité. l Cependant notre pauvre canadien s’affaiblissait visiblement. d È Le nombre de blessés et de pansements que javais vus dans nos T , guerres m'avait donné quelqu’idée de chirurgie et quelques con- r naissances pratiques de médecine. Je ne me faisais donc pas d’illu- il sions sur le résultat de la blessure ; lui-même de son côté pres- e sentait sa fin prochaine. Cette blessure, il l'avait reçue après le combat de la maniè.e la plus traîteuse. d | i Comme je l’ai dit, Paulo avait été blessé grièvement sans toute- | À fois l'avoir été dangereusement. Par compassion, on lui avait laissé d

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mes chers blessés, il me fit demander par Ridoune de vouloir bien aller le trouver, prétextant qu’il avait quelque chose d’important à me communiquer. Je lui fis répondre que je n'avais pas le temps de me rendre auprès de lui pour le moment. Le canadien lui porta ma réponse, il le supplia de lui donner à boire, ce que celui-ci fit volontiers. Mais Paulo se prétendait trop faible pour pouvoir lever la tête, alors ce brave homme se mit à genoux auprès de lui, lui soulève la tête d'une main tandis que de l’autre il lui présentait de l’eau fraiche mêlée à quelques gouttes d’eau de vie qu’il avait tirées de sa gourde. Tout occupé à cet acte de charité, il ne remarqua pas le mouvement de Paulo. Il avait glissé sa main libre sous lui, avait saisi so 1 poignard et l'avait enfoncé dans la poitrine de son bienfaiteur. Il allait redoubler, mais le canadien avait eu la force de se mettre hors de ses atteintes. Ce forfait avait été commis en moins de temps que je ne mets à le rapporter.

Baptiste avait tout vu, aussi poussa-t-il un rugisse ment terrible et saisissant son casse-tête il aurait fendu le crâne du misérable si je ne me fusse trouvé là, pour arrêter son bras. J’eus toutes les peines du monde à le détourner de son projet de tuer immédiatement le lâche assassin. Ilne c éda qu'après que je lui eusse expliqué combien plus terrible serait sa punition d’agoniser dans les chaines d'un cachot, en attendant le jour de son procès ou 12 moment de son exécuti on.

Tout en lui parlant ainsi, j'avais retiré le poignard de la bles. sure et pratiquai une saignée qui arrê!1 le sang, mais la respiration continua à devenir de plus en plus haletante et difficile. Eufin, lorsque malgré nos soins tout espoir fut perdu et que lui-même m'eut avoué qu'il se sentait mourir et comprenait qu’il n’en avait plus pour longtemps, il nous fit approcher, nous chargea de ses derniers embrassements auprès de sa vieille mère. Il nous fit détacher une ceinture remplie de grosses pièces d’or qu’il nous pria de lui remettre et me recommanda de ne pas l’abandonner dans le cas où elle aurait besoin.

Ilme demanda ensuite de faire une prière qu’il récita après moi d’une voix râlante et entrecoupee, fit une acte de contrition et recommanda son âme à Dieu puis, dégageant sa main des miennes, il eut la force de faire le signe de la croix, montra le ciel du doigt et expira.

Le croirait-on, les deux scélérats pe..dant ce triste spectacle riaient d'un rire satanique ?

Le lendemain, nous le déposâmes dans sa bière. Elle était formée du tronc d’un pin énorme dont l’âge avait tellement creusé le centre que nous pûmes facilement y placer le cadavre. Les

reste rendus à la terre, nous dressâmes sur sa tombe un petit mau solée de pierre brute et nous le fimes surmonter d’une croix de bois. Son nom y fut gravé avec ces trois mots ‘ repose en paix ”

Nous creusâmes aussi une tombe commune à quelque distance de celle du canadien, aux quatre bandits, les associés et les complices de Paulo. Les misérables avaiènt conservé jusqu’au mor..ent où la terre les recouvrit leur air de déii et de férocité tel que nous l'avons décrit déjà plus haut.

Il nous fallut passer au delà d’un mois dans les bois pour permettre à nos blessés de se guérir et de reprendre quelques forces avant que de nous mettre en route. Paulo et son digne séide étaient l’objet de notre part d’une extrème surveillance. Quatre à cinq fois, jour et nuit, leurs liens étaient minutieusement examinés et bien nous en prit, car plus d’une fois nous pûmes constater qu’il faisaient des efforts surhumains pour s'en délivrer. Quoique entièrement en notre pouvoir, jamais 1l ne perdaient une occasion de nous accabler de leurs insultes les plus ignobles, soit que nous léur donnassions à manger ou que nous pansassions leurs plaies.

Enfin l’état des malades devint des plus satisfaisant, Les blessures se guérirent comme par enchantement tant le mal avait peu de prise sur ces charpentes granitiques.

: Un mois après cette lutte gigantesque, où nous nous étions pris corps à corps avec de véritables lions pour la force et de vrais tigres pour la férocité, nous décidâmes &e nous mettre en route.

Avant que de partir, nous allâmes nous agenouiller sur la tomhe de notre malheureux ami, puis nous fimes nos préparatifs de voyage et nous primes le chemin des habitations.

Baptiste ouvrait la marche avec le Normand, Paulo et son complice, liés de manière à ce qu'ils ne pussent s'échapper ni faireaucune de leurs tentatives diaboliques contre nous, formait le centre avec le Gascon, j'étais à l’arrière-garde.

Nous mîimes six jours avant de pouvoir atteindre le village de Ste Anne, la faiblesse des blessés ne nous permettait pas d'avancer plus vite. Enfin lorsque nous débouchâmes du bois, toute la paroisse était accourue pour nous recevoir.

Ils avaient appris notre arrivée par un chasseur que nous avions rencontré et qui avait pris les devants. Le sremerciements pleins de gratitude et d’effusion que ces braves gens nous firent sont encore présents à ma mémoire. Leurs yeux se mouillèrent de larmes en entendant le récit de la mort de notre malheureux ami et les circonstances dans lesquelles il avait reçu le coup fatal.

Les victimes des deux monstres les identifièrent parfaitement et ce fut en frémissant qu'elles s’approchèrent d'eux pour les recori-

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Nous confiâmes nos prisonniers à la garde de cinq hommes robustes et déterminés, puis nous acceptâmes le repas et l’hospitalité qui nous furent donnés par les citoyens.

C'était à qui nous entoureraient de plus de soins et de prévenances.

Nous primes une bonne nuit de repos dont le Gascon et le Normand avaient surtout besoin. Nous transportâmes les prisonniers à bord de la même barque que j'avais louée pour mon voyage précédent. Ils refusèrent de marcher, il fallut donc les y porter, une fois qu’ils y furent installés, nous fûmes obligés de leur lier de nouveau les jambes pour nous mettre à l'abri de leur coup de pieds et de les attacher solidement au fond de la barque pour qu'ils ne se jetassent pas à l’eau.

Dans la journée du lendemain, nous les remîmes entre les mains des autorités et ils furent enchainés dans un même cachot. Lorsque nous primes congé d’eux, ils nous accablèrent des plus affreuses malédictions. Nul doute que s’ils eussent pu briser leurs chaînes, ils se fusseui précipités sur nous avec une rage infernale pour essayer à nous dévorer à belles dents.

Cependant ce ne fut pas sans émotion que je jetai sur Paulo un dernier regard et lui dit qu'il n'avait plus rien à espérer de la clémence des hommes et qu'il devait se préparer par le repentir à comparaître devant un juge plus redoutable que ceux de la terre. Il me répondit par d’affreux blasphêmes et d’abominables imprécations.

Tels furent ses adieux, je ne devais plus le revoir.

Une fois hors de la prison, je sentis intérieurement un soulagement indicible, ma vie jusqu'alors si tourmentée allait enfin prendre un cours plus calme, plus tranquille.

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