CHAPITRE II LE VOYAGE
“Tout alla pour le mieux pendant les premiers six milles, mais #3 mesure que le soleil s'élevait, la chaleur devenait de plus en “plus forte, et vers midi, l'air était suffocant. Les moustiques, “ cette journée-là, s'étaient liées pour soutirer le droit de passage ; “aussi, fallut-il que chacun de nous leur payât un tribut ; à vrai “dire, ils étaient encore plus avides que certains douaniers aux- “quels vous n'avez pas donné un bonus. Les enflures et les ‘ démangeaisons insupportables, que leurs piqûres nous causaient, “ fesaient presque regretter d'être venus si loin chercher le plai- “sir. De plus, les sources d’eau que nos guides s’attendaient à “ rencontrer sur notre route, étaient taries en conséquence de la sècheresse exceptionnelle de l'été.
Vers quatre heures de l’après midi, nos gosiers étaient arides, # nos palais desséchés et nos estomacs criaient famine. Depuis le matin, nous n'avions que grignoté par ci par là quelques mor- & ceaux de biscuits, tout en marchant. Malgré l'assurance que nos “ guides noùs donnaient, que nous étions plus qu'à deux milles “ de la chute; nous allions faire halte, lorsque la grosse voix de
& Baptiste, noire premier pa se fit entendre. Il avait pris les |
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tendus 1 devants depuis quelque temps, et jamais refrain plus agréable uit par ‘parvint à nos oreilles, ‘“ A boire, à boire, qui donc en voudra, ilà nos “boire chantait-il en même temps qu'il se montra portant une
‘énorme gourde bien remplie. Après que nous eûmes avidement jère et “vidé le contenu de cette bienfaisante gourde et pris quelques le der- ‘minutes de repos, nous nous remimes en route rafraichis et encore. ‘reconfortés. Les guides entonnèrent les gais chants des voyahorizon ‘“ geurs canadiens, ensemble nous fimes chorus. Point ai-je besoin
; rendi- ‘de dire que ces chants n’eussent pas été admis au Conservatoire ‘de Paris.
‘ Enfin haletants, fatigués, méconnaissables par l’enflure causée
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entions ‘ par les piqures des mouches, nous arrivâmes sous la direction : LA .. « .
intimes ‘ de Baptiste dans une charmante érablière où le bruit d’une forte 1ner se “chute d’eau se faisait entendre, C'était l’oasis désirée. Des
tit de ‘““hourras frénétiques la saluèrent, Nous allions nous élancer | “dans la direction de la chute, lorsqu'un sifflement aigue et un
hantant ya À , tal | rs signe énergique de Baptiste qui se tenait immobile au milieu du “sentier, nous arrêta. Îl nous montrait du doigt une magnifique “famille de perdrix branchées sur un arbre du voisinage. Elles ‘semblaient être venues s'offrir intentionnellement comme le “menu du repas, aussi n’en fimes nous pas fi. Quatre à cinq “coups de feu jetèrent à nos pieds la bande emplumée. De grands battemeuts de mains de la part de monsieur Fameux et des ‘spectateurs furent la couronne de ce bel exploit. Notez que nous . « i 1ré A vi 1 »
bs, mais À avions tiré les perdrix presqu’à bout portant. [ri . . * . . L £ , plus en La joie augmenta encore lorsqu'un de nos guides, qui était stiques, “resté en arrière, arriva avec quatre beaux lièvres qu'il avait «ç ha * 1 1 ls ! , "13 assage ; rencontrés ; mais elle devint délirante quand ous aperçünes vb + à vrai bouillonner l’eau des cascades dont nous n'étious plus éloignés ” ) 4 a ers aux- que de quelques pas. De es F et les “ Une minute plus tard, nous étions sur les bords de la rivière . ' (4 1 ? 2 i , 9 1 usaient, et aux pieds d’une des chutes les plus pittoresques qu'on puisse y, le plai- “contempler. Le spectacle était beau, grandiose, et bien digne laient à “eut-il été le seul de nous faire oublier les tourments de la soif et e de la “ de la faim que nous avions endurés ; mais ventre affamé n’a pas | “ d'oreilles, c'était le temps ou jamais de le dire, car ce qui nous ° 6 ph 1 1 arides, réjouit le plus et nous mit en belle humeur, ce fut lorsque des à epuis le “ feux furent allumés et que les marmites commencèrent à bouillir. es mor- Pendant ce temps, tout le monde était à l’œuvre. Les uns ecor- * & hha: 1 3 Deten n n i que nos F chaient les lièvres, d’autres préparaient les perdrix, ou découx milles paient des tranches de lard et de jambon ; quelques uns enfin voix de ‘ buchaient le bois, tandis que Baptiste confectionnait les assiettes
pris les | ‘avec des écorces de bouleau et faisait des micrines et des four-
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‘ chettes de bois; bref enfin, tout le monde ainsi à l'œnvre fit “ merveille, et une demi-heure après, le bruit des mâchoires eut ‘# dominé celui des meules des plus assourdissants moulins. Il y a “de cela bien près de soixante ans, et je ne crains pas de répéter “aujourd'hui à la face du monde, que jamais repas fut mieux cuit “el mieux assaisonné avec la grande sauce de l'appétit, que celui “que nous primes ou plutôt dévorâämes au pied de la chute, de la # décharge du Lac à la Truite. Enfin les appétits satisfaits, les “ pipes allumées, nous nous étendimes avec délices sur les bords “ de la rivière.
“ Il eut été difficile de choisir un plus beau moment pour contempler le paysage qui nous entourait. Le soleil allait bientôt # s'enfoncer derrière le rideau des grands arbres, les oiseaux dans & leur suave et beau langage le saluaient et lui souhaitaient le # bonsoir ; quelques petits écureuils d’un air éveillé et mutin, “ s'approchaient en sautillant, leurs y{ueues coquettement retrous- ‘“ sées, pour glaner quelques restes de notre repas; puis vifs “ comme l'éclair, remontaient au haut d'une branche ou au som- ‘ met de l'arbre pour nous envoyer leur trille de colère ou de ‘ plaisir.
& Mais la beauté qui ne saurait être surpassée, était celle de la ‘“ chute avec ses mille paillettes d'or qui brillaient au soleil cou- “ chant. Les rochers qui la surplombaient, semblaient eux aussi “tous émaillés de diamants. L’arc-en-ciel brillait à leurs pieds de “ ses plus vives couleurs, pendant que la nappe d’eau qu’elle for- # mait au bas, tranquille d'abord, puis comme prise d'un arcès ‘# subit de rage, se ruait un instant après frémissante et écumeuse de cascades en cascades, hérissant la crête de chacune de ses ‘vagues, comme pour attester sa colère de voir son cours inter- ‘ cepté.
“ Tous ces chants ou ces bruits divers, toutes ces beautés sau- ‘“ vages et primitives étaient égalés, surpassés peut-être par la “ grandeur de la chute elle-même.
“ L'eau se précipitait d'une hauteur d'à peu près cinquante “ pieds; mais dans sa chute, elle rencontrait d'énormes rochers “ superposés les uns aux autres, bondissant de l’un à l’autre, elle s'élevait et retombait blanche et floconneuse comme la neige, “ pour se former un peu plus bas en gerbes de diamants auxquels “le soleil couchant, ce véritable peintre ‘céleste, imprimait ses ‘ plus magnifiques nuances et sou plus éclatant coloris.
‘“ La splendeur de ce tableau ne saurait être surpassée. Toute- “ fois, un pic incliné d’une hauteur de cent pieds au dessus de la “ chute, et dont la base était minée par l’incessant travaii de la
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# rivière, attirait notre attention dans ce moment, Nous en étions ‘“ mème à supputer, combien il lui faudrait de temps, avant que “de parvenir à le précipiter dans l'abime, lorsque sur une des ‘“ pointes les plus élevées, survint une apparition presque fantas- ‘tique.
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