‹ Hélika [microforme]Chapitre 5 sur 28 · CHAPITRE IV HÉLIKA · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV HÉLIKA

‘“ Sur ce plateau qui pouvait avoir unr étenlue d’une dizaine “ d'arpents, trois grandes huttes se touchant les unes les autres ‘avaient été élevées. L'une d'elles avait une apparence toute particulière. Bien que comme les autres, elle fut coustruite de matériaux grossiers, sa forme ressemblait à celle d’une chaumière, elle était plus spacieuse que les autres. Le houblon et quelques vignes sauvages, en la tapissant à l'extérieur, lui donnaient un air de fraicheur et de bien-être. Des fenêtres l’éclairaient de tous cotés, les unes donnant sur le lac, les autres sur ia “ rivière, Nous counaîtrons plus tard comment le propriétaire avait pu se procurer un tel luxe pour un sauvage, habitant la ‘“ profondeur des forêts.

‘“ Le forts volets garnis de fer avaient été posés pour les protéger ‘“ du dehors. Par ci par là, un trou ou plutôt une meurtriere était “ percée. Enfin, on voyait combien Hélika, puisque c'était sa “ demeure, était jaloux de veiller à la sureté de ceux qui l’habi- ‘ taient,

‘ Les deux autres étaient construites de gros morceaux de bois, “ superposés les uns aux autres, et encochés à chacune de leurs ‘extrémités pour s’adopter l’un dans l’autre et donner la solidité ‘ à cette construction loute primitive. Ce fut vers la première que ‘ Baptiste nous conduisit. La chambre d'entrée était spacieuse et “ parfaitement éclairée. Bien que l'ameublement en fut grossier, “ïl offrait toutefois tout le comfort désirable. Quelques fleurs ‘ sauvages de diverses familles y étaient cultivées avec le même ‘soin que nous en prenous pour les fleurs exotiques. Des livres ‘ aussi étaient disposés sur quelques rayons. Mais ce qui frappa “ surtout nos regards, ce fut lorsqu'ils tombèrent sur un lit “ recouvert d’une peau d'ours où gisait un vieillard dont les traits # portaient l'empreinte de la mort.

‘ Cet homme devait être bien vieux. Des rides profondes sillon- “ naient son front et ses joues en tous sens. Il avait plutôs l'air “ d’un spectre, aussi n’eut-on pas manqué de Le considérer comme

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“tel, si ses yeux noirs et enfoncés dans leur orbite n’'eussent con- ‘servé un éclat extraordinaire. Ses sourcils étaient épais, son ‘nez aquilin ressemblait au bec d'un oiseau de proie. Son front ‘ était haut et fuyant, ses lèvres minces et son menton proémi- ‘“ nent, tout annonçait dans la figure de cet homme une indomp- ‘* table énergie. l’ensemble de cette figure dénotait une si impla- ‘“ cable férocité, qu'il eut fait frémir celui qui l'aurait rencontré ‘“ un soir dans un chemin détourné ou sur la lisière d’un bois. “ Cependant, au moment où nous l’aperçûmes ses mains étaient “jointes sur sa poitrine, ses lèvres s'agitaient et semblaient ‘“ répéter les paroles d’une prière que monsieur Fameux disait à ‘“ haute voix.

‘“ Comme contraste, agenouillée auprès du lit, se tenait dans “ l'attitude de la prière la jeune fille de la veille. Son épaisse che- “ velure inondait ses épaules et descendait jusqu’à la ceinture. “ Elle avait le dos tourné vers la porte. C'était bien la taille que # nous avions admirée le soir d'avant, elle offrait dans ses contours “fout ce que nous avions pu imaginer dans nos rêves de jeune “ homme de plus gracieux et de plus parfait. Nous étions arrètés “ sur le pas de la porte à contempler ce tableau, lorsque le bruit “ de nos pas la fit se retourner. Jamais de ma vie, je n'ai vu aussi # ravissante figure, nous en fûmes tous éblouis, fascinés. Mur:llo “ ou Raphaël eussent été heureux d’en faire le portrait et de le ‘ présenter comme celui de leur Madone. Une profonde tristesse & était empreinte sur ses traits, et les larmes abondantes qui inon- “ daient ses joues rehaussaient encore, s’il était possible, son “ angélique beauté. En nous apercevant, elle se retira timide et “ confuse dans un coin de la chambre; mais sur un signe du “ moribond elle disparut dans l’autre hutte. Celui ci, après avoir “ jeté sur nous un regard perçant et scrutateur, nous dit: ‘ Vous “ devez avoir besoin, messieurs, de prendre un peu de nourriture “et de repos, pendant que moi de mon côté, je vais avec ce saint ‘ homme terminer ma paix avec Dieu’

“ Une vieille sauvagesse nous conduisit dans la troisième cabane “où un repas, composé de gibier et de poisson, nous avait été # préparé. On s'était mis en frais pour nous y recevoir, car les lits “ de sapin avaient été renouvelés. C'était, nous dit Baptiste, la “ maison que le père Hélika avait fait construire spécialement “ pour y exercer l'hospitalité, là, chasseurs canadiens ou sauvages “# y trouvaient toujours un gite et la nourriture. [ls restèrent tous “ deux trois heures en tête à tête, et lorsqu’à l’appel de monsieur “ Fameux nous entrâmes dans la chambre du mourant, une trans- “ formation complète s'était faite sur son visage. Les yeux

“ n'avaient plus rien de farouche ou d'inquiet, des larmes mêmes ‘s’en échappaient. C'était bien encore la même figure énergique ; “ mais elle n'avait plus ce cachet de férocité, cet air empreint de ‘ trouble et de remords que nous avions d'abord remarqués ; elle ‘indiquait plutôt le calme et le recueillement intérieur qui ne ‘ paraissaient pas exister auparavant, h

“ Monsieur Fameux insista pour qu’il prit quelque nourriture. “Ille fit pour lui complaire. Le bon prêtre lui parla quelques instants à l'oreille ; mais il secoua la tête et reprit tout haut: “ non Monsieur, c’est en vain que vous voudriez m'en dissuader, # ma confession doit être publique; puisse-t-elle ètre une légère ‘“ expiation de mes crimes et servir d'exemple à ceux qui se laissent ‘entrainer par la fougue de leurs passions. Un frisson involon- ‘“ taire parcourut les membres des assistants, nous pressentions “ quelque drame lugubre, sanguinaire peut-être, dont Hélika avait ‘été le héros.

‘ Nous primes donc chacun une place autour de son lit, et c’est ‘ainsi qu’il commença:

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