‹ Héloïse et Abailard;Chapitre 14 sur 41 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

MORTADELLA, LOISA.

mortadella. Ce petit Chiarini!.. le fils de mon ancien ami!.. (Allant à Lo'Ua.) Que faisait-il là ? loïsa. Dame ! comme vous le lui aviez ordonné, il me donnait une leçon de musique.

mortadella. A genoux?

loïsa. Il paraît que c'est sa méthode ! mortadella. C'est-à-dire qu'à peine arrivé... il vous en contait... (Mouvement de Loïsa.) soit!., je le veux bien... que vous voyant pour la première fois... il se permettait de vous faire une déclaration... (Même mouvement de Loïsa.) je ne m'y oppose pas... mais ce qu'il vous disait tout à l'heure...

loïsa. Quoi donc?

mortadella. « Tu seras ma femme!., le veux- «fit? dis que tu le veux?.. »

loïsa. Eh bien ! après tout où est le mal... c'est un honnête garçon.

mortadella, avec colère. Un honnête garçon! (Apart, et cherchant à se contenir. )Est-ce qu'il se douterait de quelque chose?., est-ce qu'il aurait deviné sous le bavolet et le tablier de servante... la riche héritière? si je le savais!., et son père... son père aurait-il, en me l'envoyant quelques raisons secrètes?... ces vieux musiciens... ont quelquefois des motifs!., voyons sa lettre... cette lettre que je n'ai pas eu le temps de lire... (A Loïsa.) Donne-moi un fauteuil.

loïsa. Oui, notre maître... (Apart, et regardant vers le fond.) Pauvre garçon... qu'est-il devenu? mortadella. Qu'est-ce que tu cherches des yeux... lui, sans doute?..

loïsa, résolument. Eh bien! oui... parce qu'il est 'plus aimable, plus gracieux... et surtout que beau que vous !

mortadella, avec colère. Plus beau que moi! tu oses me le dire en face...

loïsa, de même. Eh bien! oui, en face... car c'est justement ça qui prouve que j'ai raison. mortadella, avec colère. Loïsa!

loïsa. Surtout quand vous vous mettez en colère. (Loïsa remonte vers le fond.)

mortadella. Elle dit vrai... cela m'ôte tous mes avantages... remettons-nous et lisons. (Il s'assied et lit.) « Mon vieil ami... je t'envoie le petit

a Chiarini, ton filleul et mon fils... qui aurait « grand besoin d'être un peu dégourdi. » Eh bien, par exemple! comment les lui faut-il? (1) S' apercevant que Loïsa est revenue près de lui et regarde par-dessus son épaule le contenu de la lettre.) Eh ! bien... qu'est-ce que tu fais là. (Loïsa s'éloigne, il reprend sa lecture.) « Quoiqu'il ne a soit guère avancé quant à l'intelligence, ça « n'est pas ça qui l'empêcherait de me succéder... « c'est une autre raison plus grave où ton art et « ton amitié peuvent me servir... » Que diable ça peul-il être (2) ? Surprenant de nouveau Loïsa qui est revenue à pas de loup derrière lui, de l'autre côté du fauteuil.) Encore ! {Loïsa s'éloigne; Mortadella Ut :) « La gloire le réclame. * (A lui-même.) Ah! la conscription... (Il se lève et « continue.) «La gloire le réclame! et ton filleul « Chiarini, dont l'empereur Napoléon veut faire «■ un héros, est tellement douillet, que mes prières « n'ont jamais pu le décidera se priver de deux « mauvaises dents, dont la suppression l'exemp- « terait de droit; ne me le renvoie... qu'après « l'y avoir déterminé... » S'il ne faut que cela pour le faire partir... moi qui tout à l'heure l'avais sous la main ! (On jette par la fenêtre une lettre attachée à une pierre.) loïsa. Tiens ! qu'est-ce que c'est que ça?.. mortadella, ramassant lapierre.Un caillou... (A part.) avec une lettre!

loïsa, courant à la fenêtre qu'elle ouvre. Je voudrais bien savoir qui ose se permettre! (Regardant par la fenêtre et se retirant.) C'est lui!..

mortadella, à part, après avoir ouvert la lettre. Pas de signature !.. C'est de lui. ( Loïsa s'est asssise près de la fenétre^à droite, et se met à coudre. Mortadella lisant à demi-voix.) « Quand « tu seras seule...» Il la tutoie déjà !.. tutoyer une riche héritière! « Quand tu seras seule, quand ton « affreux tyran... ton cerbère se sera retiré dans « son cabinet... ou plutôt dans son antre, aver- « tis-moi par une petite chansonnette que tu « chanteras négligemment près de la fenêtre... je « monterai alors... » (^'interrompant.) Bravo ! je le tiens...

loïsa, le regardant. C'est drôle... il n'a plus l'air en colère !

mortadella. Qu'est-ce que tu fais là?..

loïsa. Vous le vo.yez bien... je raccommode les serviettes de la maison...

mortadella. Travail utile... que tu charmes en fredonnant...

loïsa. Moi !..

mortadella, s' approchant de Loïsa et d'un ton patelin. Qu'est-ce que tu fredonnais là? loïsa. Moi ! rien du tout.

(<) Loïsa, Mortadella.

(2j Mortadella, Loïsa

mortadella. Si fait ! je t'ai bien entendue; tu chantais !

loïsa. Je vous dis que non !

mortadella. Si!..

loïsa. Non!..

mortadella. Si!..

loïsa Je me soucie bien de chanter!

mortadella. Mais moi... je m'en soucie... (Avec insinuation.) Chante ta petite chanson de la Marguerite... (Mouvement de refus de Loïsa; il reprend avec colère.) Je le veux!., et tout de suite!.. Chante à voix haute... ou sinon!..

loïsa. Ah ! mon Dieu ! voilà sa colère qui le reprend... et à propos de chansons... il n'y a pas moyen de vivre comme ça... (A Mortadella qui fait un geste menaçant.) Voilà, notre maître... voilà...

Air : C'est la Corvette. (A'Haydéé).

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