SCÈNE PREMIÈRE
MORTADELLA, LOISA (1).
(Au lever du rideau, on entend sonner avec force
à la porte d'entrée qui est au fonjidu théâtre.)
mortadella, sortant de la porte qui est au premier plan à gauche. Il est en manches de chemise. Loïsa !.. Loïsa !.. il n'y a pas dans toute la ville de Milan... un docteur... un savant plus mal servi que moi... Loïsa!.. Loïsa !
loïsa, sortant de la porte qui est au deuxième plan à droite. Qu'y a-t-il donc, notre maître?
mortadella. Ce qu'il y a ? (On sonne de nouveau.) Tu n'entends pas que depuis une demiheure on carillonne à briser la sonnette et à jeter l'alarme dans toute la maison...
(1) Toutes les indications de scène sont prises du parterre, le premier personnage inscrit est a la gauche du spectateur.
loïsa. Ehhien, puisque vousétiezlà... Pourquoi ne pas ouvrir... moi qui étais à mon ouvrage...
mortadella. Ouvrir en manches de veste... et la dignité!., et le décorum!., on croirait donc que le premier... leplushabile den liste de la Lombardie n'a pas un seul domestique... tandis que j'en ai deux, sans compter mon apprenti. (On sonne encore.)
loïsa, remontant. Eh bien.,, on y va!
mortadella. Attends donc que j'aie le temps de passer un habit.
loïsa. Vlà que vous me retenez maintenant... et le client qui se morfond, et votre macaroni qui brûle...
mortadella. Mon macaroni... c'est ta faute!
loïsa. C'est la vôtre !.. on ne peut pas être cuisinière et portière... (Se croisant les bras.) c'est trop à la fois.
mortadella, passant son luibit. C'est pour ça
HÉLOISE ET ABAILARD, |-J 3 <g
que tu te croises les bras... (Le bruit de sonnette redouble.) car il sonne toujours ce malheureux ou celte malheureuse... pour implorer le secours de mon art... et s'il s'était en allé... il l'aurait pu!
loïsa. El il reste là !.. Ah ben !.. il n'a pas de chance !
mortadella. Qu'est-ce à dire?
loïsa. Que je vais lui ouvrir, Monsieur ; tant pis ! ça lui apprendra à sonner comme ça...
mortadella, avec colère et pendant que Loïsa ouvre la porte. Loïsa, si ce n'était ia mémoire de mon frère, qui vous a placée chez moi, où, depuis deux ans, je vous permets de me servir pour rien... je vous renverrais... je vous chasserais... tant je suis en fureur... (Prenant un air gracieux en apercevant Zannone qui s'est avancé jusqu'à lui.) Monsieur... j'ai bien l'honneur de vous saluer...
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