‹ Héloïse et Abailard;Chapitre 7 sur 41 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LOISA, seule, assise près de la fenêtre. Son dîner va encore brûler! et voyez l'injustice des maîtres... il me mettra à la porte!., pour ce que je gagne ici... ça me serait bien égal... mais j'en serais fâchée... (Montrant la croisée.) Pour celte croisée où il y a un si beau jour pour travailler. Ali! il est déjà à son petit balcon en face... Travaillons pour qu'il ne croie pas que je le regarde... c'est étonnant que depuis huit jours... je ne puisse pas tourner la tête de ce côté sans rencontrer ses yeux attachés sur les miens... et la rue est si étroite... qu'on pourrait bien aisément causer... comme il m'en suppliait l'autre jour... mais je ne veux pas. . . c'est déjà bien assez quand on est ici, à la fenêtre... d'être obligée de l'entendre! (Poussant un petit cri.) Ah! il dit qu'il me trouve bien jolie ce matin... (Tricotant toujours.) Que ma vue le rend bien heureux... Dame! entre voisins c'est un petit service qu'on peut se rendre... Ah! par exemple... il dit maintenant des choses... je rougis, j'en suis sûre, il va s'en apercevoir... (Avec indignation.) Moi! un amoureux! (Se levant vivement et se tournant vers la fenêtre.) Non, Monsieur... je n'en ai pas! (Se retirant.) Ah! mon Dieu! voilà la conversation engagée... (Se rapprochant de la fenêtre.) Non certainement que je n'en ai pas... (Faisant comme si elle écoutait.} Vous, Monsieur? vous!., ah! voilà une idée... à laquelle je ne crois pas... (Écoutant et répondant.) Gomment? parce que depuis huit jours .. vous me regardez du matin jusqu'au soir... voilà une joliepreuve!.. ça prouve seulement... que vous n'avez rien à faire, car si vous faisiez quelque chose... (A part.) C'est un moyen de savoir qui il est... (Écoutant.) Ah! vous êtes un étranger... un Français... un musicien... Je ne vous le demande pas, Monsieur, je ne vous demande rien... (Écoutant.) Ah! comme voyageur... vous habitez là... un petit hôtel garni... (Écoutant.) Eh mais... Dieu me pardonne, je crois qu'àson tour, il ose m' interroger..', c'est inutile, Monsieur... tout le monde vous dira que je suis en maison... chez M. Mortadella le dentiste... qui ne voit et ne reçoit personne que ses pratiques... (Écoutant.) Comment? ça ne vous empêchera pas de vous présenter... je vous le défends bien... (Écoutant.) Hein !.. vous me priez si je vous vois de ne pas vous trahir... mais du tout... je ne promets rien... car je suis une honnête fille, entendez-vous... ïl m'envoie des baisers !... c'est trop fort!... (Fermant la fenêtre.) et pour vous apprendre... je ne vous verrai plus... (Elle soulève le rideau.) Oh ! comme à travers les rideaux... il a l'air triste et malheureux... pauvre garçon !.. (Elle va pour rouvrir la fenêtre.) Oh! non! non! (Elle s'éloigne lente-

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