ACTE I
ennuis du mariage sans en avoir les bénéfices. Suis-je votre femme? Alors, donnez-moi votre nom, ouvrezmoi votre famille, conduisez-moi dans le monde. Suisje votre maîtresse? Alors, donnez-moi ce qu’on donne à sa maîtresse, le luxe, l’argent et le plaisir... Choisissez !
GUY DE SABLEUSE
Ce n’est pas vous qui parlez de la sortel Quel changement ! Vous Ates mal conseillée.
(Tls redescendent.)
HÉLOÏSE
Mon cher, je ne m’abuse pas. Voulez-vous que je vous dise le fond de ma pensée : vous ne m’épouserez jamais?
GUY DE SABLEUSE
Je vous jure...
HÉLOÏSE, passant devant lui.
Ne jurez pas! vous avez déjà assez juré inutilement. Ces mariages-là sont des rêves qu’on fait, l’homme dans un moment de passion, la femme dans un moment d’orgueil. Le vicomte de Sableuse épouser Héloïse Paranquet, demoiselle de magasin, rue de Paris, à Tours! C’est la plus belle rue, c’est vrai, et c’est le plus beau magasin, celui qui a pour enseigne : A la Pensée ; mais ce n’est pas là que les fils des anciens preux, preux euxmêmes, vont chercher la très-noble et très-puissante dame qui doit être leur épouse. Eh! mon Dieu, vous étiez sincère quand vous avez promis, vous l’êtes encore à cette heure ; mais les événements, les préjugés et les habitudes sont et resteront plus forts que vous... Moi, de mon côté, je ne puis attacher ma vie entière à toutes ces intermittences de résolution et de faiblesse. J’aime mieux les situations nettes et définitives, séparons-nous !
héloise par acquêt
GUY DE SABLEUSE
Nous séparer?... Impossible!
HÉLOÏSE
C’est cependant ce que nous allons faire demain, puisque demain vous partez.
GUY DE SABLEUSE
Je pars, mais pour revenir.
nÉLOÏSE.
Qui sait?
GUY DE SABLEUSE
Alors, vous ne m’aimez plus?
HÉLOÏSE
Je vous aime toujours; seulement, je suis déterminée à prendre un parti. Vous pensez bien que je ne suis pas venue ici pour danser, je n’y songe guère ; mais c’était le*seul moyen de vous voir quelques instants avant votre départ. Vous ne seriez certainement pas venu me dire adieu demain, si ce n’est au moment de monter en voiture. Choisissez donc, ou de m’épouser avant de rejoindre votre régiment, ou de nous séparer pour toujours.
(Elle s’assied.)
GUY DE SABLEUSE
Et que deviendra votre fille dans cette dernière combinaison que vous me proposez si froidement?
HÉLOÏSE
Ma fille! je la garderai. C’est bien le moins que, perdant le mari, je garde l’enfant. C’est mon enfant, n’estce pas, plus que la vôtre, car c’est moi qui ai risqué mon honneur, ma beauté, ma vie. Pendant que vous