ACTE II
CAMILLE, l'empêchant de lire.
Copiaient cela se fait-il?...
LE COMTE
.J ’étais à l’étranger quand ton père l’a épousée, et elle est morte peu de temps après mon retour.
CAMILLE
De quoi est-elle morte ?
LE COMTE
D’une maladie du cœur... Ne te l’a-t-on pas dit?...
‘ ^ CAMILLE
Oui, une fois. (Même jeu.} Où est-elle morte?...
LE COMTE
A Paris...
CAMILLE
Elle était belle?...
LE COMTE. '
Très-belle...
CAMILLE
Brune ou blonde?. .
Brune.
LE COMTE
CAMILLE, même jeu.
Comment n’avons-nous pas un portrait d’elle?. ..
LE COMTE
Nous avons donné à sa famille celui que nous avions.
CAMILLE
On eût pu en faire une copie pour moi, on eût pu pré-
voir qu’un jour je désirerais au moins avoir l’image de ma mère. (Silence. Même jeu.) Et cette famille pourquoi ne la voit-on jamais?...
LH COMTE
Parce qu’elle n’existe plus...
CAMILLE
Ainsi je n’ai plus ni ma mère ni aucun parent de son côté?...
LE C.OMTE.
Personne. — Pourquoi toutes ces questions aujourd'hui? Tu nous les a déjà adressées. Nous t’avons fait, ton père et moi, la réponse que tu Viens d’entendre. Je n’ai donc plus rien à t’apprendre.
CAMILLE
C’est juste. — Mais je pensais à ma mère, alors j'ai parlé d’elle, et j’aime mieux vous en parler à vous qu’à mon père, à qui ce souvenir paraît causer une trèsgrande peine. (Se levant.) Alors M. d’Yves part aujourd’hui?
LE COMTE
Ce soir. — Cela te contrarie?...
CAMILLE
Qu’est-ce que vous voulez que cela me fasse, grandpapa?... Vous permettez que j’étudie mon piano?...
LE COMTE
Avec le plus grand plaisir. (A part.) Comme elle est pâle!...
Elle commence à jouer du piano. — I.e comte reprend son journal et ne la quitte pas des yeux, tout en ayant l’air do lire. — Tuut à coup, Camille fond eu larmes.)