ACTE IV
CAMILLE
Yoilà cs que c’est que la vie, je ne m’en doutais guère, Raoul...
Camille !
RAOUL
Je vous rends votre parole, mon ami.
RAOUL
Ma parole ! 1
CAMILLE
Oui, mon ami, on épouse, quand on est Raoul d’Yves, la fille du vicomte de Sableuse, ou même la fille du plus humble artisan; mais on n’épouse pas une fille sans nom, que sa mère vient chercher ainsi...
RAOUL, vivement.
Vous me faites beaucoup de peine, Camille ; je vous aime plus que jamais, et ce n’est pas quand vous avez besoin de tous ceux qui vous aiment, que je vous abandonnerai. Il vous est permis déjà de douter de bien des choses; mais non de moi.
CAMILLE
Alors, je puis tout vous dire : non-seulement je ne suis pas triste, mais je suis presque heureuse de ce qui arrive.
* RAOUL
Comment ça?
CAMÏLLE.
Vous allez me comprendre, vous qui êtes un bon fils; je suis heureuse de cet événement qui me fait enfin connaître ma mère 1 Je ne m’explique pas de quelle
étrange discussion je suis l’objet; plus je me creuse la tête là-dessus, moins je comprends. Tout céla confond ma raison! Mais dans tout' cela il y a la connaissance que j’ai faite de cette mère dont, depuis plusieurs années, l’absence était toute ma préoccupation, tout mon chagrin.
RAOUL
Mieux eût valu que vous fussiez toujours restée dans cette ignorance!
CAMILLE
Ne-dites pas cela. Toute ma vie j’aurais souffert de cette séparation, et si elle était morte sans que je l’eusse connue, je ne m’en serais pas consolée Quelque chose de moi a toujours couru au-devant d’elle quand je ne la connaissais pas, et maintenant que je l’ai vue, j’ai envie de la revoir. Elle m’a appelée, mademoiselle! quand elle aurait du m’appeler son enfant; elle emploie de mauvais moyens ; elle a commis des fautes, elle fait de la peine à ceux que j’aime, elle me veut du mal, dit-on; tout ce que vous voudrez, Raoul, c’est ma mère.
RAOUL
Quel cœur vous avez, Camille!
CAMILLE
Vous allez voir si ce cœur se trompe. A cette heure, cette méchante femme n’a qu’une idée, je le sens, j’en suis certaine, c’est de me revoir seule et de me serrer 'dans ses bras !
RAOUL
Dieu le veuille!
CAMILLE
Le contraire est impossible, n’essayez pas de me le