CONCLUSIONS
I. — Depuis le début de la guerre actuelle, on constate, chez les blessés des yeux, un grand nombre de cas dans lesquels, le globe étant d’aspect normal, les troubles visuels sont dus à des lésions de ses membranes profondes. Le nombre de telles observations s’est accru avec la fréquence des blessures de la face, fréquence constatée surtout depuis les combats de tran-
chées.
II. — Les archives des guerres précédentes mentionnent peu d'examens ophtalmoscopiques, ce moyen d'étude n'étant pas encore, en 1870-71, entré dans la pratique courante des spécialistes; ceux-ci étaient d’ailleurs très peu nombreux à cette époque.
Aujourd’hui, des Centres ophtalmologiques ont été créés par l'initiative de la 7° Direction.
Ainsi, grâce à la réunion de tous les blessés oculaires, nous avons pu établir un pourcentage approximatif et constater qu'environ 6 pour 100 d’entre eux présen-
CS re taient des lésions du fond d’œil que la seule inspection ne pouvait faire soupçonner.
Nos conclusions sont tirées de l’étude comparée de de plus de quatre-vingt-dix observations recueillies dans les Services du Centre ophtalmologique que dirige notre maître, le professeur Rollet. Soixante-dix de ces observations nous sont personnelles et les autres, de date plus ancienne, sont relevées sur les registres de l'hôpital militaire Desgenettes.
III. — Deux mécanismes peuvent être invoqués dans la production des lésions intéressant les membranes profondes de l'œil :
Direct ou tangentiel, le choc du projectile peut, en contusionnant seulement la sclérotique, causer de graves désordres dans les tissus essentiels : 1l s’agit là du mécanisme par confusion directe.
Le mécanisme par contre-coup peut être opposé au précédent.
De nombreux trajets sont assez éloignés du globe pour permettre d'écarter toute hypothèse de blessure directe de l'œil. L'ébranlement causé par le passage du projectile, ou son choc contre un plan osseux, se transmettent jusqu'à l’œ1l par les tissus mous de l'orbite. La force vive considérable ainsi développée est emmagasinée par tout le globe et tout se passe, dès lors, comme dans le premier mécanisme.
IV. — Tous les projectiles en usage dans la guerre moderne, quel que soit leur mode d'action, peuvent être incriminés au même titre ; mais la voie précise des
balles permet d'éviter toute cause d'erreur dans la recherche du mode de production des lésions.
La Radiographie est un moyen d'investigation pré-
cieux pour éliminer les cas de corps étrangers intraoculaires.
V. — Alors que la sclérotique, la première à supporter le choc, résiste, grâce à sa structure fibreuse, les tissus fragiles de la rétine et de la choroïde sont dilacérés et désorganisés : la choroïde saigne et se déchire ; la rétine se décolle et ses éléments nobles peuvent être détruits.
Ainsi, ce qui prédomine aux premiers Jours, c’est l'aspect ecchymotique du fond d'œil.
Aux taches rouges succèdent les placards noirâtres. Le sang se résorbe donc et ne laisse à sa place que des traînées de pigments. L'évolution aboutit à l’atrophie ou à la prolifération fibreuse.
En analysant ies lésions groupées de façon plus ou moins complexe, on les identifie à certains types déjà connus. Ce sont :
Pour la rétine :
Le décollement et la rupture;
La prolifération fibreuse due, le plus souvent, à un décollement réappliqué ;
L'hémorragie.
Pour la choroïde :
La rupture capillaire, donnant lieu aux hémorragies choroïdiennes ;
La rupture complète typique ; La choroïdite atrophique, processus d'évolution.
VI. — Ces divers types se présentent seuls ou associés, avec prépondérance de l’un d'eux, ce qui nous a permis de tenter la classification suivante :
1. Décollement rétinien ; 2. Exsudat ou ancien décollement réappliqué ; 3. Rupture choroïdienne ; 4. Hémorragies ou lésions consécutives :
x. Maculaires ou périmaculaires ; B. Équatoriales ; 7. Disséminées.
Chaque groupe comprend les subdivisions : type pur et Lype associé.
VII. — Le retentissement de ces lésions sur l’acuité est le plus souvent très accusé et ne laisse alors au blessé qu’une vision quantitative; on peut constater même une cécité complète. Plus rares sont les cas dans lesquels l’acuité est peu diminuée ; ils répondent en général, aux lésions équatoriales ou choroïdiennes ; par contre, une petite lésion maculaire ou rétinienne donne une diminution très marquée de la vision.
Sauf dans ces cas, on ne peut prévoir leur retentissement sur l’acuité.
VIII. — Au point de vue médico-légal, nous devons attirer l'attention sur le fait que l’image ophtalmosco-
=— 07 — pique est la même dans bien des cas de chorio-rétinite, qu'elle soit traumatique ou de cause générale.
Il sera souvent délicat de faire le diagnostic étiolo-
gique, ce qui peut avoir une importance considérable dans la question des pensions à attribuer au blessé ou au malade, tant dans la vie militaire que dans la vie civile.
Vu :
LE PRÉSIDENT DA LA THÈSE, ETIENNE ROLLET Vu :
LE DOYEN, L. HUGOUNENN.
Vu et permis d'imprimer :
Lyon, le 16 juillet 1915.