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HISTORIQUE

HÉMORRHAGIES ORDINAIRES. — HÉMOPHILIE.

Les hémorrhagies hémophiliques n’étant pour nous qu’une simple variété des autres hémorrhagies, nous allons tracer dans ce même chapitre l’historique des unes et des autres, en commençant d’abord par les hémorrhagies ordinaires.

Du temps d’Hippocrate, on ne parlait jamais d’hémophilie. Cette affection ne devait être bien étudiée que vingt-trois siècles plus tard, mais déjà, à son époque (468 ans avant l’ère chrétienne), l’illustre père de la Médecine commençait à reconnaître l’intérêt pathologique des hémorrhagies en général. On lit dans ses Aphorismes (IVe section, aph. 78), que, lorsque chez un individu on trouve de l’hématurie spontanée, on peut supposer la rupture d’un certain nombre des petits vaisseaux et plus spécialement des petites veines du rein.

Après Hippocrate vient Cœlius Aurelianus, qui divisa les hémorrhagies en trois groupes. Le premier groupe (eruptio), ou hémorrhagies par rupture. Le deuxième groupe (vulneratio), ou hémorrhagies par blessure. Le troisième groupe (putredo), ou hémorrhagies par ulcération.

Nous traversons l’ère chrétienne, nous arrivons jusqu’à Galien. A ce moment, l’étude des hémorrhagies commence à devenir intéressante. Le célèbre médecin de Pergame (en Mysie), disait que les hémorrhagies pouvaient se faire jour par plusieurs voies : par les artères, par les veines et par les capillaires. La diapédèse était

déjà connue du temps de Galien. Ce grand observateur la dénommait hémorrhagie par anastomose.

Du ne siècle au xvie siècle, nous ne trouvons aucun travail de grand intérêt.

Au xviic siècle apparaît Willis, médecin anglais, qui n’admet que deux sortes d’hémorrhagies : les hémorrhagies critiques et les hémorrhagies non critiques. Dans le même siècle, un autre médecin anglais, Huxman, rapporte les hémorrhagies à la modification profonde du sang, surtout quand il parlait des hémorrhagies survenant dans le cours de fièvres graves.

Un siècle plus tard (de 1728 à 1793), un illustre chirurgien et anatomiste anglais, John Hunter, disait que les hémorrhagies pouvaient se produire de trois façons différentes : 1° par causes naturelles ; 2° par une intoxication générale de l’organisme ou par une affection locale siégeant sur une partie quelconque du corps ; 3° par une action d’origine extérieure déterminant des lésions plus ou moins étendues sur les vaisseaux de la région atteinte.

Presque à la même époque que Hunter, paraît la classification de Stahl, dans laquelle le médecin allemand n’admet que deux ordres d’hémorrhagies, actives et passives. C’est lui aussi qui, le premier, avait décrit les signes précurseurs des hémorrhagies. A l’ensemble de ces signes, Stahl donna le nom de molimen hemorrhagicum.

Encore au siècle dernier, nous trouvons l’inventeur du brovonisme, John Brown, médecin écossais. D’après sa théorie, toutes les hémorrhagies seraient dues à un état de faiblesse générale, aussi sa thérapeutique étaitelle plus spécialement composée d’agents toniques et stimulants.

Nous arrivons au grand anatomiste français, l’immortel Bichat, qui admettait deux variétés distinctes d’hémorrhagies: celles qui se produisent par rupture des vaisseaux, et celles qui ont lieu par exhalation.

Les idées de Bichat ont été, plus tard, partagées en partie par Marandel, Broussais et Pinel.

Les auteurs du Compendium de chirurgie donnent la classification suivante, faite en partie des doctrines professées par Andral. La classification du Compendium est divisée en quatre classes :

« Première classe. — Hémorrhagies par altération du fluide : 1° hémorrhagies produites par une augmentation de globules, les autres éléments du sang restant normaux quant à leur quantité ; 2° hémorrhagies produites par la diminution de la proportion de la fibrine. »

« Deuxième classe. — Hémorrhagies par altération du solide. Hémorrhagies par altérations locales : 1° en modifiant la texture normale du tissu affecté ; 2° hémorrhagies causées par une maladie locale qui ne détermine pas l’écoulement sanguin dans le lieu où elle siège, mais dans des organes plus ou moins éloignés, sur la circulation desquels elle exerce une influence plus ou moins considérable. »

« Troisième classe. — Hémorrhagies par simple lésion dynamique. »

« Quatrième classe. — Hémorrhagies traumatiques. »

Monneret fait plus tard une autre classification des hémorrhagies. Elle est basée sur celle que nous venons d’exposer.

Dernièrement Bouillaud, dans son Traité de Nosologie

médicale, admet trois classes d’hémorrhagies : 1° celles qui sont provoquées par un état pathologique de l’appareil cardio-vasculaire ; 2° celles qui sont déterminées par un état pathologique du fluide sanguin ; 3° celles qui sont produites par un état pathologique des forces circulatoires.

Nous avons jusqu’ici, rappelé seulement les principaux auteurs qui se sont occupés des hémorrhagies en général. Nous allons maintenant mentionner les principaux travaux qui ont été faits sur l’hémophilie. Nous citerons aussi les faits les plus remarquables et les auteurs qui les ont publiés.

Les premiers faits observés remonteraient à l’année 1107. Nasse nous dit que c’était un médecin arabe nommé Alsa-Haravius qui, le premier, avait constaté chez plusieurs individus un certain nombre d’hémorrhagies : les unes congénitales, les autres héréditaires.

Après les faits d’Alsa-Haravius, bien d’autres ont été cités, voulant se rapporter à l'hémophilie, mais nous n’y trouvons que des véritables cas de simples hémorrhagies sans aucun rapport avec la diathèse dite hémorrhagique.

Ce n’est qu’à la fin du dernier siècle, en 1793, que l’on retrouve de nouveau des cas semblables à ceux d’Alsa- Haravius. On lit dans les éphémérides de Chemnitz, que tous les individus d’une famille de Westphalie (comté de Ravensberg), appartenant au sexe masculin, furent atteints d’hémorrhagies par plusieurs voies, hémorrhagies qui avaient une durée assez longue et qui étaient rebelles au traitement.

Nous arrivons au xix° siècle, et c’est surtout depuis une cinquantaine d’années que nous voyons paraître les principaux travaux faits sur l’hémophilie. Parmi ces

travaux, les plus remarquables sont ceux de Grandidier, de Nasse, d’Elsæsser, de Schlieman, d’Immermann, de Rueber, de Hopf, de Schænlein, de Wachsmuth et de Virchow, en Allemagne ; ceux de Lebert, de Dubois (de Neufchâtel), de Tardieu, de Wolff, de Bordman, de Dequevauviller, de Fritz, de Delmas, d’Eymery (de Libourne), en France.

Parmi les cas curieux que nous pouvons faire rentrer dans ce court tracé historique, et qui ont été rattachés à l’hémophilie, nous citerons les suivants :

Le cas de Fordyce, dont le malade atteint d’une plaie légère avait une hémorrhagie grave, celle-ci fut arrêtée par le simple fait d’une augmentation de la profondeur et des dimensions de la plaie pratiquée à l’aide d’un bistouri.

Reynell-Coates cite un cas dans lequel un malade ayant subi plusieurs blessures, toutes, à l’exception d’une seule, donnaient lieu à un écoulement de sang très abondant ; celle qui ne saignait pas était la plus profonde.

Hay parle d’un individu hémophile qui, à la suite d’un traumatisme, présentait plusieurs écoulements san-. guins par le tégument externe, ceux-ci cessèrent tout à coup et furent bientôt remplacés par une forte hémorrhagie interne.

Krenimer cite un cas dans lequel les hémorrhagies devenaient plus graves à l’époque du premier quartier de la lune.

Le plus curieux de tous ces cas c’est celui que rapporte Smith. C’était un enfant hémophile qui, jjpendant quelques années, et comme pour annoncer l’anniversaire du jour de sa naissance, était pris quelque temps avant celui-ci, d’une hémorrhagie qui ne cessait que le jour

même de cet anniversaire. Dans les intervalles l’enfant semblait jouir d’une bonne santé et cela pendant trois ans. A la quatrième année, une nouvelle hémorrhagie, plus intense et plus rebelle que les précédentes, apparaissait comme d’habitude, quelques jours avant l’anniniversaire, mais celui-ci devait être moins heureux. L’enfant succomba la veille emporté par l’écoulement sanguin.

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