EXTRAIT DES JUGEMENTS DU CONSEIL SOUVERAIN
44 Vu par le Conseil les Lettres du Roi, données à Fontainebleau, au mois de Septembre 1713, signées Louis, et plus bas, par le Roi, Phelipeaux ; et à. côté, visa Phelipeaux, et scellées du grand sceau de cire verte, sur lacqs de soie rouge et verte, par lesquelles Sa Majesté fait don au Chapitre de l'église cathédrale de cette ville de Québec, de la somme de 3000 livres, à prendre par chacun an sur le Domaine de ce pays, à la charge de faire dire une messe par un des chanoines tous les jours en la chapelle du Palais de cette dite ville, et ainsi qu'il est plus au long mentionné es dites Lettres ;
44 Ouï et ce requérant le Procureur général du Roi p
44 Le Conseil a ordonné et ordonne que les dites- Lettres de Don seront registrées au greffe du dit. Conseil, pour être exécutées selon leur forme et teneur. (signé) Begon. ' '
{Jugements du Conseil Souverain, t. VI, p. 804)^
(Voir p. 4.)
ARRÊT DU PARLEMENT DE PARIS, DÉFEN- DANT A Mgr DE LAVAL D'EXERCER LES FONCTIONS DE VICAIRE APOSTOLIQUE (1)
" Vu par la Cour la Requête présentée par le Procureur général du Roy, contenant que contre et au préjudice des droits, privilèges et libertés de l'Eglise Gallicane et de ce Royaume, quelques particuliers auraient entrepris, dans les derniers temps, d'exécuter des Brefs et Bulles de Cour de Rome d'une teneur insolite, sans lettres patentes et permission du Roy, et même que l'abbé de Montigny, né sujet du Roy et originaire du diocèse de Chartres, prétendant avoir obtenu Bulles en Cour de Rome de l 'Evêché de Pétrée, avec la prétendue qualité de Vicaire apostolique en la province de Canada, qui est une qualité nouvelle, inconnue en France, se serait fait sacrer dans l'église de Saint-Germain-des -Près, comme lieu exempt, sans autorité de l'Eglise et permission de l'Ordinaire ou ses grands vicaires, et se voulait ingérer d'en faire les fonctions dans ce Royaume, ce qui ne se peut pas sans en blesser les droits et les privilèges :
" A ces causes requérait qu'il fût ordonné Commission être délivrée au Suppliant, pour faire assigner
(1) Extrait des Registres du Parlement de Paris, Bibliothèque Nationale.
en la Cour, tant l'abbé de Montigny, qu'autres que besoin serait, pour rapporter et lui communiquer les prétendus Brefs et Bulles par eux obtenues, exécutées sans la permission du Roy, pour icelles à luy communiquées, prendre sur leur exécution telles conclusions qu'il adviserait ; et cependant défenses tant au dit abbé de Montigny, qu'autres, qui auront obtenu de semblables Bulles, de s'immiscer en l'exécution d 'icelles, sans les avoir préalablement présentées au dit Seigneur Roy, et obtenu sur ce ses Lettres patentes à la manière accoutumée : la dite Requête signée du dit Suppliant :
" Ouï le rapport de Maistre Charles le Prévost, Conseiller du Roy, en la dite Cour : Et tout considéré, la dite Cour a ordonné et ordonne que le Suppliant aura commission pour faire assigner en icelle qui bon luy semblera aux fins de sa Requête :
4 ' Cependant fait défenses au dit abbé de Montigny et tous autres qui auront obtenu semblables Bulles, de s'immiscer en l'exécution d 'icelles sans les avoir préalablement présentées au Roy, et obtenu sur ce lettres patentes en la manière accoutumée.
11 Fait en Parlement, le 1 6 décembre 1658. (signé)
DUTILLKT. "
4 * Le 19 décembre 1658, en vertu du présent arrêt, et à la Requête de M. le Procureur général du Roy, j 'ai, Huissier en la Cour de Parlement, soussigné, donné assignation à Messire. . . Bvêque de Pétrée, abbé de Montigny, nommé au dit arrêt, parlant au Portier de la maison où il est demeurant au faubourg Saint-Michel, occupée par une Communauté de Prêtres, lequel m'a dit ne savoir le nom propre du dit sieur Kvêque de Pétrée, et ne m'a voulu dire le
sien, de ce parmoy sommé et interpellé, à comparoir au premier jour en la dite Cour de Parlement par devant Nos Seigneurs d 'icelle, pour répondre et procéder sur le contenu, fins et conclusions de la Requête énoncée au dit Arrêt : duquel, ensemble du présent exploit, je luy ay à cette fin baillé et laissé copie, notifié et fait de par la Cour les défenses portées par le dit Arrêt, à ce qu'il ne contrevienne à icelles, et procéder en outre comme de raison, (signé) Casau. "
(Voir p. 74) LE NOM DE CHATEAU-RICHER.
On lit dans une lettre inédite de Mgr de Laval à M. Dudouyt, en date du 6 novembre 1683 :
" Puisque la Providence a voulu lui inspirer (à M. Poitevin, curé de Saint-Josse, et grand vicaire de Mgr de Laval en France) de vous résigner son prieuré de Château -Richer, nous avons sujet de l'en bénir. . . " (Archives du Séminaire de Québec^)
Le nom de la paroisse de Château -Richer n 'auraitil pas quelque rapport d'origine avec celui du prieuré de M. Poitevin ? Nous avouons n'avoir jamais eu une grande confiance dans l'histoire d'un nommé Richer qui aurait établi sa demeure dans le tronc d'un arbre :
" Suivant une note de feu M. Bedard, supérieur du séminaire de Québec, le nom de Château-Richer aurait été donné à ce lieu, parce qu 'un sauvage ou
un français à demi-sauvage, appelé Richer, aurait établi sa demeure dans le tronc d'un gros arbre, placé sur le cap où est située l 'église de ce lieu, et se serait plu à nommer cette singulière habitation, son château. Cette explication de l'origine du nom de Château-Richer a encore cours dans les paroisses de la côte Beaupré." (Notes sur les Registres de JV.-D. de Québec, par l'abbé Ferland, p. 74).
(Voir p. ç2.) LA COMPAGNIE DES HABITANTS.
On a cru pendant longtemps que les Habitants qui formaient cette compagnie, c'étaient les vrais habitants du pays,les cultivateurs, en général ,qui s 'étaient ' emparés du sol, en exploitaient les ressources et préparaient l'avenir du Canada. C'est une grave erreur. Ces habitants, c'était un petit nombre.de négociants établis au Canada, les Repentigny, les de Tilly, les Le Neuf, les Godefroy, etc., qui ne s'occupaient que de la traite et du commerce. Ils avaient des seigneu • ries ; mais elles étaient généralement restées en bois debout. La compagnie des Cent- Associés leur abandonna, en 1645, à certaines conditions, le privilège de la traite des castors. Ce fut un événement dans le pays : il excita naturellement certaines préoccupations. Le P. Lalemant nous raconte assez ingénuement celles des Jésuites :
11 Le 15 novembre, le bruit étant qu'on s'en allait ici (à Québec) publier la défense qui avait été publiée aux Trois-Rivières, que pas un n'eût à traiter avec les Sauvages, le P . Vimont demanda à M. des Châtelets, commis général, si nous serions de pire condition sous eux que sous MM. de la Compagnie. La conclusion fut que non, et que cela irait pour nous à l 'ordinaire, mais que nous le fissions doucement. Le P. Vimont lui ajouta qu'on en donnerait avis au P. Buteux, et M. des Châtelets le trouva bon. ' ' (Journal des Jésuites t p. 13.)
Les Sauvages donnaient des peaux de castors à leurs missionnaires, et ceux-ci se procuraient avec cette monnaie les objets dont ils avaient besoin. Mais ce n 'était pas toujours sans inconvénient qu 'on acceptait ces présents. Le même P. Lalemant raconte, sous le titre " présents acceptés nuisent," ce qui arriva un jour au P . Le Jeune. Une famille lui apporta quelques peaux de castors qu'elle avait reçues, suivant la coutume sauvage, comme compensation pour la perte d 'un parent qui avait été tué. Le P ère accepta sans défiance. Or, les peaux de castors représentaient le Sauvage enlevé à la famille qu'il faisait vivre. Le P . Le Jeune fut accablé par ces gens de toute espèce de demandes, et obligé de les loger et de les nourrir durant tout l 'hiver. (Ibid.)