‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 193 sur 533 · L. CLàMxsrr. — Henri Estienne · texte numérisé non relu

L. CLàMxsrr. — Henri Estienne

494 H. ESTlExNXE ÉCRIVAIN FRANÇAIS

ce qu'il voulait avant tout, c'était de maintenir la pureté et l*intégrité de la langue française contre les influences diverses, mais également pernicieuses qui la menaçaient 11 arrivait au moment décisif de la crise, alors que « le mal, Dieu merci, n*est pas si grand., veu qu'il n*approche point du cueur de nostre France * ». Or le cœur de la France, Estienne l'a déclaré plusieurs fois, c'est Paris tt et les pays circonvoisins » , mais ce n'est pas la cour. Son patriotisme n'avait pas tort cependant de s'inquiéter, en voyant ces mots affectés, ce langage italianizé ou « autrement desguizé » sortir du cercle restreint de la cour et se répandre sous la plume des écrivains, poètes, traducteurs ou secrétaires d'État. Il était temps d'agir. Nul n'était mieux préparé que lui à dénoncer le mal et à indiquer le remède. A ceux qui lui reprocheraient de savoir mieux le grec que le français, il répond fièrement que le français « lui est naturel ». Il était parmi les écrivains de son temps un de ceux qui parlaient le mieux sa langue ^ : de là sa compétence particulière comme grammairien, aussi bien que sa valeur comme écrivain. Dira-t-on que ses longs séjours à l'étranger lui avaient fait oublier le bon français? Ce sont précisément ces absences qui lui ont permis de prendre garde aux changements et aux nouveautés qui ont atteint la langue dans les intervalles : ceux qui restent en France, même « les mieux parlans », ne les remarquent point, parce qu'ils s'y accoutument peu à peu ^.

Mais avant de considérer plus spécialement chez Henri Estienne le grammairien, nous devions faire honneur à l'écrivain de son livre de IdiPréccllence^ le mieux écrit et le mieux fait de ses ouvrages français. Le plan, cette fois, en est accusé avec une clarté suffisante ; et il nous suffira de le reprendre pour exposer et discuter les thèses qui s'y trouvent développées. La phrase y est construite avec un art déjà certain '* ; le style est ferme et convient à la gravité du sujet. Si la fougue du satiriste s'est calmée, ce n'est pas que le moraliste ait renoncé à se faire entendre : à propos des proverbes sur la conservation de la santé, Estienne souligne, mais avec plus de bonne humeur que de méchanceté, les contradictions des écoles de médecine, et il renvoie dos à dos les Celsistes, les docteurs de Salerne et ceux de Montpellier ^. Il s'arrête plus longuement aux proverbes sur

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