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SÉJOUR DE HENRI ESTIENNE A LA COUR DE FRANCE

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Pour échapper à la censure, H. Estienne se réfugie en France. — Comment •^explique Taccueil que lui fait Henri III. — Le roi grammairien. — Estienne admis à l'Académie du Palais. — La Precellence du langage français, 1379. Il essaye d'atténuer l'effet produit par ses Dialogues, sans renoncer à sa lutte contre Tilalianisme. Il se croit obligé de désavouer publiquement toute participation au Discours merveilleux, — Autre ouvrage composé sur Tordre du roi : parallèle d'humanistes italiens et français. — H. Estienne courtisan ; ses relations avec les Italiens de la cour.

I^ publication des Dialogues du nouveau langage valut pour la troisième fois à Henri Estienne les rigueurs de la censure. Il est permis de juger de cette affaire assez compliquée par les pièces d*archives qui ont été produites * ; nous trouverons d'autre part dans la correspondance de notre auteur un supplément d'informations ^. Disons tout d'abord que l'affaire des Dialogues se coupe en deux parties très distinctes : le mauvais vouloir de la censure éloigne Henri Estienne de Genève et l'amène à Paris ; il y publie la Precellence. Après une année d'absence, Estienne rentre à Genève, et c'est alors seulement que commence le véritable procès. Quelles furent les raisons de la faveur si nettement marquée par Henri III au calviniste et à l'adversaire de l'italianisme, c'est là un problème assez curieux pour que nous cherchions à nous l'expliquer.

Une lettre de H. Estienne adressée de Genève à Grato de Graftheim et datée du 29 août 1577, le montre occupé à différentes publications^ ; mais il n'y est pas question des Dialogues qu il va cependant demander l'autorisation d'imprimer ; le 2*5 novembre, les Registres

1. V. redit, de M. Risteihuber, t. I, Tintroduction. 3. V. les Lettres latines publiées par Fassow. 3. V. Pmmit, lettre XVII.

42 HISTOIRE DE l'œUVRE FRANÇAISE

du Conseil portent que son livre (c'est-à-dire le manuscrit) a « esté veu par M. Varro » et le 6 décembre « qu'il a présenté aultre requeste pour lui permettre l'impression de son livre touchant le nouveau français ; a esté arresté que on le luy permet, estant corrigé par ledict s' Varro * ». Mais si les corrections furent faites, Estienne n'en tint pas grand compte : il imprime son livre, le fait paraître au commencement de 1378, sans faire mention sur le titre ni du lieu, ni de la date, ni du nom de l'auteur, et l'envoie à la foire de Francfort; c'est ce que nous apprend une autre lettre à Crato, datée du 27 août 1578 -, lettre évidemment écrite de Genève. Estienne y dit aussi qu'il a été récemment à Lyon et qu'il y a vu tout le monde incertain plus que jamais des projets du roi de France. « Ce qui du moins est sûr, c'est que des levjées de troupes se font presque partout en France ; mais seulement, dit-on, pour être envoyées en Flandre, où maintenant se trouve le frère de notre roi. C'est le bruit courant, mais j'y crois peu. » Plus que jamais Estienne est préoccupé des affaires de France.

Sur ces entrefaites, le Conseil s'est ému de la publication des Dialogues : il constate que le livre « est beaucoup plus augmenté que l'original, qui fust présenté céans et corrigé, et qu'il y a beaucoup d'inepties et détractions )^ et il arrête « qu'on luy commande d'apporter céans ladicte minute pour la conférer ^ » (12 sept. 1S78). Estienne a-t-il encore passé le .mois d'octobre à Genève*? Ce qu'il est facile de deviner, c'est qu'il s'est gardé d'obtempérer a l'arrêt du Conseil ou qu'il s'est prêté de mauvaise grâce à ladite collation. En tout cas, redoutant un procès et une condamnation, il quitte la viUe et il arrive à Paris à la fin du mois de novembre ; cette date est précisée par lui, dans deux lettres successives à son ami Crato ^.

Il est infiniment probable qu'il ne s'est pas rendu directement de

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