‹ Henri Estienne et son œuvre françaiseChapitre 453 sur 533 · L'USAGE ET L'ENSEIGNEMENT GRAMMATICAL · texte numérisé non relu

L'USAGE ET L'ENSEIGNEMENT GRAMMATICAL

Caractère pratique du trailé des llypomneses; comment H. Estienne, en s'adressant à la fois aux étrangers et aux Français, continue Tœuvre modeste mais utile de Hobert et de Charles Estienne. — Difficulté de renseignement grammatical. — Les quatre grammairiens critiqués par H. Estienne : qu'ils étaient étrangers au bon usage de la langue.

La nécessité d*instruire les étrangers a donné naissance à une foule de grammaires françaises parues hors de France et même en France au xvi® siècle*. C'étaient peut-être pour les éditeiu^ des clients plus empressés que les Français ! Avec quelle amertume Jacques Dubois ne se plaignait-il pas de Tindifférence de ses compatriotes à 1 égard de leur propre langue ! « A la façon des pies ou des étourneaux, ils se bornent à répéter ce qu'ils ont appris de leurs père et mère, sans y réfléchir, sans connaître les règles de ce langage maternel qui leur est vraiment étranger^. » Lui, du moins, apportait le remède. De leur côté, les Estienne, Robert et Charles, avaient oiTert plus spécialement aux écoles françaises leur petit dictionnaire « dictionariolum puerorum^ » et de courts traités u sur la manière de tourner en langue française les verbes latins^ », premières ébauches d'un enseignement du français, donné à Toccasion de la grammaire latine.

1. V. la bibliographie de Slengel; cf. Livet, Les grammairiens du XVh siècle, et Thurot, t. I*', inlrod. Rappelons seulement dans le nombre de ces grammaires les différents traités de Gabriel Meurier parus à Anvers en 1557 et 1558, et le traité sur la prononciation française que Th. de Bèze dédia à un jeune baron allemand; Genève, 1584.

2. J. Sylvii lsag(ogc... n ad lectorcm linguœ gallicœ studiosum » 1531 . 3.V. notre bibliographie.

4. Le premier traité de ce genre avait été publié dès 1526 par Rob. Estienne. (V. Renouard, Ann.^ p. 247 et 249.', Il eut 7 éditions successives. Des opuscules de même nature furent édités par Charles et par François Estienne ; on les trouvera signales pour la plupart dans Renouard [ibid.' Cette littérature (crammaticale, faite

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En publiant en 1557 sa grammaire française^ Robert Estienne pensait au profit que les étrangers devraient en retirer ' . A son tour, Henri Estienne déclare au titre de ses Hypomneses son dessein d*étre à la fois utile aux étrangers et aux Français. Aussi, dans ce supplément quUl donne à la grammaire de son père, il ne perd pas de vue le double public auquel il s'adresse : il enseigne doctoralement, sans la chaleur qu'il avait mise dans son plaidoyer de la Précellenccy sans les rapprochements ingénieux, les curiosités de Térudition, les vues hardies sur les origines de la langue qui se rencontraient dans la Conformité^ dans son traité sur la Latinité suspecte^ ou dans les Dialogues du nouveau langage. Ici, il ne sent pas le besoin de s'excuser, comme ailleurs, « d'employer les termes de l'art- w. Il désigne par leur nom consacré les parties du discours.

Quelques années plus tard il reviendra sur l'utilité de la grammaire pour ceux qui veulent bien parler 3. Il constatera que beaucoup de Français, de ceux qui n'entendent pas seulement les mots et locutions vulgaires, mais même le style poétique [poetica et reconditiora) ignorent cependant les règles les plus certaines ; ils parlent aussi incongrûment que le commun peuple. Qu'ils apprennent donc la grammaire, ou du moins qu*ils écoutent ceux qui la savent ! Car « la langue française présente des diflicultés qui demanderaient trop de temps pour qu'on les surmontât, si on n'avait recours aux grammairiens. »

Mais, pas plus que son père, Henri Estienne ne portait le respect des règles jusqu'à la superstition. Voici qui est très important : ces deux hommes, quand ils enseignent, n'ont aucune prétention à l'infaillibilité. Ils savent quelles sont les limites de leur art et qu'ils ne peuvent tout apprendre à leurs élèves. Ils estiment que la grammaire est un secours, pour ainsi dire, négatif : en l'observant, on saura ce qu'il ne faut pas dire, on évitera les grosses incorrections. C^est la langue elle-même, telle qu'elle est parlée par les honnêtes gens, qui terminera l'instruction commencée par la grammaire.

pour les écoles, se complète, comme nous Pavons dit, par les éditions du Dictioruirio- /om, par les CoUoques tcoUiires de Mat.-Cordicr, par d'autres opuscules, dialogues ou recueils de sentences, faits à Timitation du livre de Cordier.

1. L'avertissement au lecteur, placé en téie de la traduction latine (1558. par II. Estienne) le dit expressément.

2. V. Préeell.^ p. 307 et 318 ; « pour vous parler en termes grammatiques », dit-il dans les DUloguetj I, 308.

3. Dans la préface de son dialojcue latin sur Pétude de la langue grecque, 1587, ^cité ci-dessus, p. 161, note 6).

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C*est au nom de Tusage que Robert Estienne, dans sa préface, critiquait Jacques Dubois et Taccusait d'avoir « meslé des mots de Picardie dont il estoit' ». Et c'est au nom de Tusage que dans les Hypomneses^ Henri Estienne a pris à partie quatre de ses contemporains qui avaient écrit des grammaires françaises. Il n'a pas voulu les nommer; mais il s'est contenté d'indiquer les pages de leurs traités où se trouvent les erreurs qu'il a redressées ^. On savait jusqu'à présent les noms de trois de ces grammairiens : Jean Pillot, natif du Barrois, dont l'ouvrage^, Gallicœ linguœ institution parut en 1550; Estienne s'est reporté à l'édition augmentée de 1561^. — Jean Gamier, qui avait expressément adressé son « Institutio gallicœ linguœ » à des princes allemands ; Estienne nous renvoie à l'édition originale de 1558^. Notons en passant que Garnier recommande la lecture comme un moyen de se perfectionner dans la langue : par exemple les traductions du Nouveau Testament, et l'histoire de Commynes^. — Gérard Du Vivier : Estienne cite lui-même le titre de l'ouvrage qu'il critique : (c les fondamens de la langue française » composé aussi « en faveur des AUemans », Cologne, ISTi"^.

Nous avons eu quelque peine à découvrir le quatrième grammairien, qui n'est autre que Antoine Gauchie^. Il est curieux de constater que H. Estienne s'est, en 1582, imiquement reporté à la l'* édition de la grammaire française de Gauchie, parue en 1570, et qu'il n'a tenu aucun compte, qu'il a même vraisemblablement ignoré

1. V. Préface de la Gramm. françoise de Robert, 1557. Cf. l'averiissement au lecteur de la traduction latine de 1558 et la préface des Hyp. V. plus loin la conclusion de notre étude.

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