INTRODUCTION XXI
en plus rares pendant lesquelles Amiel n’y a rien consigné :
« Journal négligé, journal ennuyeux, car il ne con- « signe plus que quelques faits grossiers et point ou « peu d’impressions; il garde la matière et perd l’es- « prit des journées écoulées. Au lieu d’un bouquet, je « n’ai plus qu’un herbier, les fleurs elles-mêmes y « sont aplaties, sans parfum et sans fraîcheur. Or « une fleur sèche n’est plus vraie, est un mensonge. « Un journal arriéré n’est plus un journal, et sa « fidélité même peut tromper. Un témoin qui ne « dit pas toute la vérité est un faux témoin comme « celui qui l’altère et plus que celui qui la tait. Donc « écrire tous les jours, ou ne revenir qu'avec scru- « pules sur les jours oubliés. » (Journal intime, 22 avril 1851).
A partir de l’automne 1852, il n’y aura plus de journées blanches, sauf quelques exceptions très espacées. Et c’est alors aussi que se fixe ce type de rédaction, presqu’uniforme dans les périodes de calme physique et moral, d’après lequel Amiel inscrit sous la date du jour une énumération des lectures faites, des lettres écrites et des visites reçues; et puis développe, en paragraphes longs ou courts, d’abord l’analyse et la critique des articles et ouvrages lus, ensuite le commentaire de ses rencontres, de ses conversations ou de ses expériences de la journée.
D'un jour à l’autre, d’une année à l’autre, le nombre des pages peut varier beaucoup. Sur la couverture
du 144° cahier, qui se termine avec l’année 1876, Amiel inscrit cette observation : « 14.000 pages en « vingt-cinq ans, donnent 482 pages par an, et une et « troisdixièmes de page parjourpendant 10.580jours « consécutifs. » En fait, son humeur mobile ne s’astreint à aucun calcul. « Ai-je assez griffonné aujour- « d’hui (11 pages) : à ce compte-là, cela ferait « 3.700 pages en une année, autant que dans les dix « années de 1848 à 1858. — Supposez quatre pages « par jour, d’un ouvrage durable; en trois mois, ce « serait un volume. Mettons neuf mois pour le pré- « parer et le méditer : cela ferait encore un volume « par an. » (Journal intime, 7 avril 1866).
Les années seront donc fort inégales : la moyenne pour les dix premières est de 293 pages; pour les dix suivantes, de 528 pages; pour les dix suivantes de 635 pages. Les trois années les plus chargées sont 1870 (813 pages), 1871 (841 pages), et 1880 (809 pages).
En tête du deuxième volume de cette édition, on trouvera le fac-similé de la couverture d’un des cahiers du Journal, le quatre-vingt-dix-septième. J'aurais pu reproduire celle du deuxième cahier (1848) qui porte l'inscription suivante, curieux programme, d’ailleurs bien confus encore et rédigé dans le style de l'étudiant berlinois, de l’œuvre qu’il vient d'entreprendre : « Observatoire général. Revue de « l’ensemble, de la marche de mon développement. « Quartier général des opérations. Coup d’œil sur « l'harmonie ou la dissonance intérieure, sur les