‹ Henri IV, 1553-1610Chapitre 1 sur 30 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Lorsque, au lendemaindenosmalheurs, j'ai cherché dans le passé des raisons de me consoler du présent et d'espérer en l'avenir, c'est avec un irrésistible attrait et la prédilection d'une sorte de pressentiment que mes yeux se sont reposés sur le règne d'Henri IV.

Il est impossible de n'être point frappé des analogies et des coïncidences qui existent entre cette période de notre histoire et le temps présent. Nous remarquons aux deux époques 1590-1870, à la distance de trois siècles, la même chute de dynastie, les mêmes désastres de guerre civile et étrangère, la même révolte de Paris, les mêmes luttes de partis, les mêmes incerlitudes des politiques, les mêmes angoisses des honnêtes^ poursuivant la réalisation de leur patriotique idéal de pacifica-

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tion et de stabilité à travei's les épreuves de ces jours critiques où il n'est pas moins difficile de discerner son devoir que de l'accomplir.

Ces tristes ressemblances seraient faites pour décourager, si l'espérance ne trouvait son compte à ce merveilleux retom^ de la fortune, à cette victoire si longtemps disputée et d'autant plus complète qui couronnèrent enfin les efforts d'un roi héroïque, lui permirent de reconquérir son peuple, de chasser l'étranger et de rendre à la France la plus glorieuse et la plus féconde paix.

C'est là le double tableau dont les leçons m'ont paru convenir le mieux au moment où nous sommes, qui m'a semblé le plus digne d'être offert aux jeunes esprits auxquels je me plais à consacrer mes veilles d'historien, à cette France nouvelle dont la mission est de nous rendre, dans ce qu'elle a d'éternellement beau et d'éternellement grand, l'ancienne France.

C'est à cette jeune génération qui grandit, je l'espère, pour la consolation et pour l'honneur de la patrie mutilée, que je dédie ce livre, où j'ai encadré, dans le tableau fidèle des crimes et des malheurs de la Ligue, l'image, aussi ressemblante que possible, du plus brave, du plus aimable du plus populaire,

PRÉFACE. vu

de nos rois, de celui qui rétablit sur les bases nouvelles de l'unité politique et de la tolérance religieuse, la monarchie, la nation, la société si profondément ébranlées.

Rien ne manque à cette histoire privilégiée d'un prince exceptionnel, de ce qui fait le charme et renseignement des récits du passé. Les vicissitudes inouïes de cette existence si longtemps militante avant d'être victorieuse, si longtemps aventureuse avant de devenir héroïque, font passer tour à lour le lecteur par les plus salutaires émotions du roman et du drame. Ce drame, ce roman, sont de main de maître, puisque c'est Dieu qui en est l'auteur. Aussi sont-ils d'une moralité égale à leur éloquence. On sort meilleur du spectacle de ces efforts généreux d'un prince dont les grandes qualités furent unies à certains défauts , qui mêla plus d'une faute à ses vertus, auquel enfin rien de ce qui est humain ne demeura étranger, pour triompher de tant d'ennemis et se vaincre lui-même. On sort plus patriote du spectacle de la nation livrée aux mêmes luttes que son roi, et triomphant comme lui, avec lui, non sans avoir payé un cruel tribut de larmes et de sang à la chimère des discordes civiles, aux maux de l'invasion étrangère.

L'écueil d^une pareille histoire était moins dans les excès de la critique que dans ceux, également dange-

Mil PRÉFACK.

reux, de Tadmiration. Sa perfection serait d^être complètement juste, dans le double sens de ce noble mol, et de ne dépasser en rien l'exacte proportion, Tinllexible mesure. J'affirme avoir essayé d'atteindre à cet équilibre, à cette harmonie sans me flatter d'y avoir toujours réussi, d'avoir toujours échappé à l'entraînement des événements, àl'irrésistiblefascination de cette joviale, martiale, cordiale figure du Béarnais.

Je me suis toujours, du moins, fait une loi de peser les témoignages de façon à choisir la meilleure version des faits susceptibles de controverse, et de soumettre scrupuleusement mon opinion à celle de ces maîtres de la critique historique contemporaine dont on peut dire que l'avis mérite de devenir l'arrêt de la postérité.

J'ai constamment puisé aux sources authentiques, contemporaines, mais non sans en vérifier, assainir, épurer le flot parfois troublé ou corrompu, avant d'inviter le public à y boire la vérité.

V Histoire universelle de de Thou, V Histoire et les Mémoires d' Agrippa d'Aubigné, les Œconomies de Sully, le BeciieildeslettresmissivescVHennIV nV oui fourni les matériaux de première main. Les ouvrages de MM. de Chateaubriand, Guizot,Villemain, Mignet, de Carné, Sainte- Beuve, Legouvé, Poirson, Perrens, E. Yung, Mercier de

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