‹ Henri IV et l'EgliseChapitre 1 sur 54 · Henri IV et l'Eglise · texte numérisé non relu

Henri IV et l'Eglise

Encore Henri IV. Est-ce donc qu'après tant de remarquables travaux il y aurait, sinon quelque chose de complètement inconnu à révéler, du moins des horizons ù élargir dans cette mémorable existence, des traits à ajouter à cette grande figure? Est-ce que la gloire militaire du Béarnais ne brille pas de tout son éclat? Estce que la bonté du grand roi n'a pas été célébrée sur tous les tons? Est-ce que tout n'a pas été dit sur ce règne, depuis les difficultés du commencement jusqu'à la prospérité de la fin, sur ce gouvernement, son action au dedans et son influence au dehors, sur le prompt relèvement de la France grâce à l'intégrité, au zèle, à la prévoyance des diverses administrations, enfin sur riiabileté et la persévérance d'une diplomatie qui faisait retrouver à l'antique royaume sa place en Europe, la lui préparait même plus prépondérante que jamais? Oui, ces divers sujets ont été traités et bien traités, ces questions multiples vaillamment abordées et scrupuleusement résolues. Aussi, n'est-ce pas de ce côté que nous tournons nos regards, que nous dirigeons notre étude : à Dieu ne plaise que nous entreprenions jamais de faire un travail qîii a été parfaitement fait!

Mais peut-on tenir le même langage sous le rapport

VI AYANT-I'ROPOS

religieux? Rien n'a-t-il été négligé, oublié ou acceplé avec une confiance aveugle? Rien n'est-il demeuré dans l'ombre?

Cette parole : Paris vaul bien une messe ^ parole qu'on iitlribue sans preuve au Béarnais et qui, si elle a jamais été prononcée, l'aurait été par un autre que lui (1), ne cesse d'être répétée avec croyance par les uns, et par les autres avec des réserves qui sont plutôt en faveur de l'assertion commune; car, a-t-on soin d'ajouter, dans le cas ou Henri IV n'aurait pas formulé la fameuse proposition, il était bien capable de le faire, puisque, à n'en pas douter, elle n'était que l'expression de sa pensée. Puis, l'on fait partager, sous tous les rapports, au

(Il L'emplit dnn< r/iistoire, par .M. Edouard Fournier, Paris ISfiT. Voici commont s'exprime ce t^pirituel auteur, à la page 240 :

>' La cowonne vaut bien une tnesse. D'autres disent : Paris vaut hien une messe.

■> Peu m'importe; sous Tuiic et. l'autre forme, c'est à mon sen?. un

mot très-imprudent. Si Henri IV en eut la pensée lorsqu'il prit l;i ' résolution d'al.jurer pour en tinir avec les difficultés qui lui bar- « raient le chemin du trône et l'entrée dans sa bonne ville, il fut ' certes trop adroit pour le dire. Rétablis.^ez-le tel qu'il est, ce mot. • rendez-le surtout à qui il appartient réellement, et il va devenir loui « à coup d'une grande justesse, d'une incontestable vraisemblance. »

A qui donc appartiendrait-il? M. Edouard Fournier croit en avoir trouvé le véritable auteur dans un ouvrage satyrique de l'époque juiblié pour la première fois par petits cahiers et sous des titres divers »'n l*J?"2, et qu'il a réédité lui-même en IS.")?) sons le titre général el postérieurement consacré de Caijmlt dr l'uccouchée. Renvoyant donc ■uix pages \'il et 173 de cet ouvrage, il continue en ces termes :

« C'est une des babillardes des Caquets de Vaccouchée qui va nou^ 1 édifier à ce sujet et faire ainsi leçon à l'histoire, sa commère : Il est cray, dit-elle, la liare sent Imijoui s le fdf/ot; et comme dii^oil un jour le duc de Bosin/ au /eu Roy Henry Ir (irand, '/ne Dieu absolve, lorsqu'il luy demnndoit j-nurquoi il lùilloit jtas n In 7tirsse aussi bien que luy : Sirt . Sire, l'i rinrnnne vaut bien une nir^ic.

AVANT-l>R0POS Vil

spirituol Béarnais, les sentiments, les idées, les appréciations de son ami et conseiller, le célèbre Sully, qui lui disait un jour au sujet du royaume : « Vous ne « parviendrez jamais à l'entière possession et paisible « jouissance d'icelui que par deux seuls expédients et « moyens : par le premier desquels, qui est la force et « les armes, il vous faudra user de fortes résolutions, « sévérités, rig-ueurs et violences, qui sont toutes procé- « dures entièrement contraires à votre humeur et incli- « nation, et vous faudra passer par une milliasse de « difficultés, fatigues, peines, ennuis, périls et travaux, <( avoir continuellement le c... sur la selle, le balecret « sur le dos, le casque en la tète, le pistolet au poing et « l'épée en la main... Au lieu que par l'autre voie « qui est de vous accommoder, touchant la religion, à « la volonté du plus grand nombre de vos sujets, vous « ne rencontrerez pas tant d'ennuis, peines et difficultés (i en ce monde. » Mais la conscience! Mais le salut! La conscience ne se trouvait nullement engagée et le salut nullement risqué ; car, c'est toujours Sully qui a la parole, je '< tiens pour infaillible qu'en quelque sorte <( de religion dont les hommes fassent profession exté- « rieure, s'ils meurent en l'observation du Décalogue, « créance au Symbole, aiment Dieu de tout leur cœur, « ont charité envers leurs prochains, espèrent en la « miséricorde de Dieu et d'obtenir salut par le nom, le '< mérite et la justice de Jésus-Christ, ils ne peuvent M faillir d'être sauvés, pour ce que dès lors ne sont-ils « plus d'aucune religion erronée, mais de celle qui est « la plus agréable à Dieu (\). » Ainsi la religion, pourvu

(1) Mémoires de Sully, chap. xxxvjh.

YIÎI AVANT-PROPOS

qu'elle fût chrétienne, était en théorie chose facultative et pouvait être en pratique un moyen. Que les calculs politiques du conseiller méritassent l'approbation du maître, nous le voulons bien, puisqu'ils avaient la vérité pour base. Mais qu'au sujet des relig^ions chrétiennes l'indifférence de l'un fût l'indifférence de l'autre, que celui-ci devînt esprit fort comme celui-là, voilà ce qui ne nous semble aucunement prouvé; voilà, au contraire, ce qui, à nos yeux, est une fausseté historique. Que, dans la conversion de Henri IV, les intérêts politiques aient pris place parmi les motifs déterminants, nous n'en disconvenons pas; mais ces motifs à eux seuls, n'auraient pas suffi, car, il l'a déclaré luimême, il neilt pas voulu pour quatre royaumes tels que le sien se départir de la religion à laquelle il avait été nourri (1).

Déjà, relativement à cette grande page de notre histoire nationale, de savants et nobles efforts ont été faits pour combler de regrettables lacunes, pour répandre la lumière sur des points obscurs.

En premier lieu, nous avons à mentionner un auteur qui a voulu garder l'anonyme, mais qu'on sait être l'abbé Vergani (2). C'était en 1814. Le roi vaillant et bon reconquérait sa popularité d'autrefois. Un jour, l'abbé Vergani — c'est lui-même qui nous l'apprend — s'entretenait avec un « vieillard respectable » du

(1) Procès-vcrbnl de la cérémonie de Valjuration de Henri IV. Ce procèS' verbal se lit dans le ms 137, fol. 3, du Fotids Drienne et a été impriiBé avec quelques inexactitudes, surtout par rapport aux noms propres, dans les Annales de Toulouse, par île la Faille, tom. II. Preuves, p. 89. ^

(2) Barbier : Dictionnaire desouMratjts anonymes et psexidonymeî .

SilII^PinL BB liHEiS

Page 1