‹ Henri PerreyveChapitre 22 sur 47 · DE M. L'ABBÉ · texte numérisé non relu

DE M. L'ABBÉ

L'abbé Perreyve est revenu précipitamment de Pau, où il était allé passer l'hiver, k dimanche 9 avril, jour des Rameaux. Sa famille et ses amis, trompés depuis plusieurs mois par les lettres rassurantes et pleines d'illusions qu'il leur écrivait, furent atterrés de l'état dans lequel ils le revirent. Dès le premier moment, leurs alarmes furent extrêmes et les médecins ne les calmèrent pas. La maladie dont il était atteint depuis plusieurs années avait fait des progrès rapides.

L'abbé Perreyve ne voyait pas son état et croyait à une indisposition passagère; aussi

q88 HENRI PERREYVE

trompait-il les ennuis de la maladie par des projets d'avenir. Il prétendait reprendre son cours à la Sorbonne dans le deuxième semestre qui allait commencer; et, dans tous le3 cas, il songeait au discours de rentrée de la Faculté de théologie qu'il devait prononcer; il choisissait son sujet et esquissait son plan. En vain autour de lui on essayait de l'alarmer, aûn de lui épargner l'imprudence d'une sortie, d'une trop longue conversation ou d'un travail de tète prolongé.

Cependant il fallut bien reconnaître au bout de quelques semaines que le mal ne cédait pas aux efforts de la science. On emmena l'abbé Perreyve à la campagne. Avant départir, il voulut faire ses Pâques, que l'impossibilité de rester à jeun la nuit lui avait fait retarder jusque-là. Il espérait être assez fort pour accomplir ce grand devoir en disant luimême la sainte messe le dimanche du Bon Pasteur, et n'osant monter à l'autel sans être assisté, il m'avait écrit la veille pour me prévenir. Au dernier moment, ses forces le trahirent, et il dut se borner à se confesser. Nous restâmes longtemps ensemble, et il fut con-

venu qu'il communierait le lendemain. En effet, le lundi, premier jour de mai, il vint, pouvant à peine se soutenir avec l'appui de mon bras, faire ses Pâques à ma messe, dans la petite chapelle des Pères de Sion, voisine de sa demeure. Il partit ensuite pour Epinay, où, après un mieux peu sensible et qui d'ailleurs fut de courte durée, on dut se convaincre que les remèdes étaient impuissants et que tout espoir était perdu.

Ces tristes nouvelles ne tardèrent pas à se répandre, et une touchante reconnaissance inspira aux tidèles sur plusieurs points de Paris la pensée d'unir leurs prières pour obtenir la conservation, de cette jeune vie, qui leur était chère. Nous ne saurions trop, en écrivant ces lignes, leur exprimer, ainsi qu'aux communautés religieuses du diocèse qui s'associèrent à cefélan spontané, la profonde gratitude de la famille de M. Perreyve et la nôtre.

À partir de ce moment, l'abbé Perreyve comprit qu'il s'était trompé sur le caractère de sa maladie; qu'elle était beaucoup pks grave qu'il ne l'avait cru d'abord, et l'idée de la mort se présenta pour la première fois à

6on esprit. Elle ne l'épouvanta pas un instant. Il disait alors à celui qui a été avec moi son plus ancien et son plus intime ami1 : a Pen- « dant toute cette semaine, j'ai pensé à la mort, « et je l'ai acceptée sans amertume et sans « effroi; oui, tout ce temps j'ai entendu en « moi le responswn mortis. Je suis bien recon- « naissant des prières qu'on fait pour moi, « mais je ne demande pas la vie, il m'est « impossible de prier à cette intention.

« Si je devais vivre, cependant, je crois, « j'espère que je serais meilleur. Mais peut- « être que cela même est une illusion. Je suis « un pauvre malade perdu à qui tout semble « facile et qui accepte tout aisément pourvu « qu'on le rappelle à la vie. »

Une seule chose l'attristait parfois dans la perspective de la mort, c'était, comme l'éprouvent toutes les âmes pures à l'approche de la Sainteté divine, le sentiment de son indignité et le souvenir de ses péchés. Il fallait relever son courage et le rassurer en lui parlant de la miséricorde de Dieu, et alors il ajoutait

* Le R. P. Charles Perraud, de l'Oratoire.

volontiers : « En effet, moi qui prêche tant « aux autres la miséricorde de Dieu, je dois « m'y confier. »

C'était une peine sensible pour lui de ne pas pouvoir l'aire la sainte communion aussi souvent qu'il l'eût désiré : il ne s'en consolait qu'en disant : « Les missionnaires sont eux- « mômes obligés parfois de passer de longs « temps sans communier... et puis on sent « aussi Dieu par la privation. » Les forces diminuaient de jour en jour, il ne pouvait presque plus sortir dans le parc de la maison qu'il habitait; il passait de longues heures seul dans sa chambre, se livrant tout entier, ce qui était assez nouveau pour sa nature expansive, aux attraits de la solitude, et disant comme le P. de Ravignan : « Jamais je ne « m'ennuie, le temps ne me parait pas long, « je pense et je prie l. »

Mais cette solitude qu'il défendait doucement contre la tendresse de ceux qui l'entouraient et contre l'empressement de ses plus nobles relations, elle lui était, comme sa vie,

» Maladie et mort du P, de Ravignan, par le P. de Ponlevoy.

2Q2 HENRI rERREYVE

moins chère que les intérêts divins auxquellait consacré. Un jour, on vit arriver à Épi-

nay un élève de l'École militaire de Saint-Cyr; i! venait frapper à celle porte qui s'ouvrait si tellement; pour lui, elle fut aussitôt ouverte. Celait une âme! une âme qu'avait sans doute touchée autrefois à Sainlc-Barbe la parole de ce prêtre; le pauvre malade mit tendrement à son service le peu de forces qui lui restaient.

Ce fut le dernier acte de ministère sacerdotal que put accomplir l'abbé Perreyve, et il nous donne un droit de plus de dire de notre ami ce que M. le comte de Monlalembert a dit du P. Lacordaire : « Cette belle âme a eu cela de commun avec Dieu, qu'elle a surtout aimé nos âmes. » Domine, qui amas animas nos- K

Le jeudi 25 mai, fête de l'Ascension, à l'issue d'une neuvaine qui se terminait ce jourlà, on proposa au malade, avec les plus vives Instances et d'une manière inattendue, de se soumettre à un traitement nouveau et spécial ;

1 Sap. ix, 2;.

LES DERMERS JOURS 2QJ

il hésita beaucoup et, après s'y être enfin décidé, dit à son ami, le P. Charles Perru «. Je me suis demandé, comme je ic fais krèa « souvent, ce qu'aurait fait le P. Lacordai: e à « ma place; il me semble qu'il aurait vu là « une indication de la Providence. »

Il revint, peu de jours après, s'installer à Paris, afin d'être plus facilement sous la main du médecin; mais les efforts de la science devaient être ce qu'ils avaient été jusque-là, impuissants à triompher d'un mal trop ancien et trop profond pour pouvoir être conjuré, et dont les ravages étaient de jour en jour plus sensibles.

Au bout de quinze jours environ, le mercredi 14 juin, l'abbé Perreyve éprouva le matin, sans en avoir conscience, une syncope qui effraya extrêmement sa sœur; elle m'envoya chercher, me confia ses alarmes et me pria d'aller à Epinay conférer de son état avec ses parents.

Mrae Perreyve, retenue près de son mari, dont la santé réclamait impérieusement sa présence, n'eut, dans l'extrême douleur où la plongeait l'expression de nos vives inquié-

2g4 HENRI PERREYVE

tiules, que la consolation dépenser qu'aucune grâces de Dieu ne manquerait à son bienaimé ûls. Je revins à Paris avec la mission l'avertir notre cher malade. Quelque forte que soit une àme, c'est une tâche rude et douloureuse que de la mettre solennellement en présence de la mort; mais j'étais résolu à faire mon devoir de prêtre et d'ami : j'entrai près de l'abbé Perreyve. C'était dans un moment où il se trouvait extrêmement faible; aussi me dit-il en me voyant : « Mon ami, « seulement quelques minutes aujourd'hui. » Quelques minutes! c'était bien peu pour lui dire une vérité si grave : je ranimai cependant mon courage, et je commençai par constater avec insistance les progrès du mal depuis plus de deux semaines. A chacune de mes paroles alarmantes, il trouvait une réponse calme, mais qui témoignait d'une confiance que je ne pouvais pas partager. Je priai Dieu intérieurement de venir à mon aide : il m'envoya ce secours par le malade lui-même, qui, s'aïtendrissant tout à coup, me dit, sans aucune liaison avec ses réponses précédentes : « Ah! une des choses qui me coûtent le plus

LES DERNIERS JOURS 2f)5

« en m'en allant, c'est de te laisser si seul « dans la vie. *> Je pleurai arec lui, mais en ayant la force d'ajouter : « Mon cher ami, « puisque, pour la première fois, tu me parles « si nettement de la possibilité de ta mort, « permets-moi de t'avouer que nous av « aujourd'hui les plus vives inquiétudes. » Il me regarda et me dit simplement : « Tu a crois? — Oui, c'est notre impression à tous; « car lu as eu une syncope effrayante ce « matin. — Ah! lu m'élonnes, je tel avoue; je « me croyais mal. mais pas si près de la mort- « c'est très bien, tant mieux, alors il faut me « donner le Saint- Viatique et l'Extrème-One « tion. — C'est ma pensée; à qui veux-tu que « je demande pour toi ce service? — Mais à « toi-même, reprit-il, seulement il faut pré- « venir Charles, afin qu'il soit présent à ce a grand acte de ma vie. — Il est là. dis-je, qui « attend l'issue de notre conversation. — Ah! « fit-il encore avec un mouvement d'étonnées ment; alors, tout de suite; puis il ajouta : a — Mon pauvre ami, comme je ti .ie;

« ce que tu viens de l'aire n'est pas le moindre « service que lu m'aies rendu dans ta vie; je

2C)6 HENRI PERREYYE

« comprends ce que tu as dû souffrir; merci ' » Alors il fit entrer le P. Charles Perraud et ks tint longtemps embrassé.

J'allai chercher les saints Sacrements à Saint-Sulpice, sa paroisse, la paroisse de notre enfance, de notre première communion, celle où jeunes gens nous avions prié et pleuré ensemble, où nous avions demandé à Dieu d'affermir notre foi et de protéger notre vertu, où si souvent nous avions apporté nos serments de fidélité à Jésus-Christ, et qui enfin nous avait vus tous deux recevoir la consécration sacerdotale. Toute notre vie de chrétiens était là, et déjà l'un de nous allait y chercher pour l'autre le secours divin des dernières heures.

Lorsque je revins, je trouvai mon ami levé, dans un fauteuil, il avait voulu témoigner ainsi de son respect pour cette visite suprême du Dieu qu'il allait recevoir.

Il fit sortir tout le monde, se confessa de nouveau, pardonna comme le divin Maître avait pardonné sur la croix, et récita avec moi le Magnificat. Sa sœur et le P. Charles Perraud revinrent près de lui; l'une absorbée

daîi; les larmes de sa tendresse et de sa piété, l'autre à genoux, soutenant sous le regard de notre ami le livre où il avait exprimé le désir de suivre les cérémonies et les prières de l'Extrême-Onction, afin d'y répondre luimême. Je commençai l'administration des derniers sacrements, lui laissant pour unique préparation , savourer à loisir le magnifique langage que l'Eglise tient à ses enfants lorsqu'ils touchent aux portes de l'éternité. Avant de lui donner le Saint- Viatique, je l'invitai à faire , comme il est d'usage pour les prêtres, sa profession de foi par la récitation du Credo; il le prononça d'une voix ferme et avec un recueillement profond; puis il fit signe qu'il voulaitparler.il dit :

« Je demande pardon à mes parents, dont « je regrette tendrement l'absence en ce mo- « ment, des torts que j'ai eus envers eux et <( du chagrin que j'ai pu leur causer.

« Je demande pardon à mes amis des fautes « qu'ils m'ont vu commettre; je les remercie « de leur constante affection et je leur de- « mande de prier longtemps pour moi après « ma mort. Qu'ils ne se disent pas, comme on « dit trop souvent et trop promptement : Il

« est au ciel; qu'ils prient et beaucoup pour moi, je les en conjure.

« Et vous aussi, mon domestique Théodore, je vous demande pardon des scandales que « j'ai pu vous donner. Vous m'avez vu de près, c'est une mauvaise manière de voir les a hommes; je me recommande à vos prières. » Nous récitâmes ensuite le Te Dciim, léchant de l'action de grâces pour la vie du temps avant la réception du pain de la vie éternelle. Sans doute en ce moment toutes les bénédictions privilégiées que Dieu avait versées sut lui durent se représenter comme un doux souvenir à l'esprit de notre ami. Il pensa au bienfait de l'éducation chrétienne qu'il avait reçue, — à la tendresse de ses parents, — à cette sœur, ange tuléiaire de sa vie, si uniquement aimée, — à ces compagnons de son enfance et de sa jeunesse, auxquels il avait tour à tour demandé et prêté l'appui que se donnent les cœurs unis en Jésus-Christ, — à cette grande amitié du P. Lacordaire, qui, à lheure terrible de l'effervescence des pasas, était venue, avant qu'il en eût senti le besoin, lui apporter le secours décisif du

géme et de la vertu, — à toutes ces affections illustres qui avaient suivi celle-là comme pour lui faire cortège, et qui étaient entrées pour une noble part dans la joie, dans l'autorité, dans l'honneur de cette jeune vie; — enfin à cette renommée naissante qui pouvait faire présager pour lui la gloire d'être un jour un grand et utile serviteur des âmes, de la patrie et de l'Église.

Oui, j'en suis assuré, toutes les grâces que Dieu lui avait prodiguées ne le trouvèrent pas sans reconnaissance; car ce fut avec un ac« cent pénétrant de foi et d'amour qu'il acheva le cantique sacré, disant, avant d'accepter la sainte Hostie : In te, Domine, speravi, non conjundar in œternumK

Lorsqu'il eut reçu le corps du Sauveur, son visage resplendit d'un éclat céleste pendant son action de grâces, qu'il termina en me disant : « Tu ne saurais croire dans « quelles joies intérieures je suis, depuis « que tu nias appris que j'allais mou* « rir. »

1 Seigneur, j'ai espéré en vous, mon espérance ne sera pas vaine.

3(X) HETsRI PERREÏVB

J'informai le soir même l'Archevêque de Paris de fetat de notre cher malade. MgrDa:boy en fut vivement ému, et me dit que sa première sortie serait le lendemain pour l'abbé Perreyve. Pour recevoir la visite de son évoque, l'abbé Perreyve voulut, par respect, se revêtir du costume ecclésiastique dans toute sa rigueur. Dès qu'il l'aperçut, sans compter avec sa faiblesse extrême, il se précipita du lit sur lequel il était étendu, à ses genoux, en réclamant sa bénédiction, avant que le prélat pot s'opposer à cet acte d.' pieuse vénération. Notre ami voulut rester seul avec Mgr Darboy, qui l'entretint longtemps. Ce fut seulement plus tard que j'appris combien il avait été touché et reconnaissant des bontés de Sa Grandeur.

Les jours qui suivirent, il reçut la visite du R. P. Pététot, supérieur de l'Oratoire, qui avait présidé à sa première éducation sacerdotale ; du R. P. Gratry, dont il avait été le si feivc iple; de Mgr l'Évoque de Sura,

doyen de la Faculté de théologie, qui, devant nous, lui donna les plus pénétrants téinoi* gna^es de sa tendre affection.

Pendant le cours de cette dernière maladie, M. le comte de Monlakmbert, le prince de Broglie, M. Augustin Gochin, Mgr Baquet, M. l'abbé hagarde, vicaire général, M. le Curé de Saint-Sulpice, le général Zarnoyski, M. Auguste Nicolas et cent aulres n'avaient cessé de lui prodiguer l'expression la plus vive de leur sympathique intérêt.

L'abbé Pcrreyve voulut aussi faire ses adieux à quelques-uns de ses vieux amis : il écrivit à un de ses anciens camarades de collège, le priant de venir le voir, mais l'avertissant comme en se jouant, qu'il le trouverait « entre la vie et la mort ».

II demanda le docteur Charles Ozanam, dont les soins habiles et affectueux l'avaient si souvent depuis quinze ans disputé à la mort, et se recommanda au souvenir de son affection et à ses prières. M. Charles Ozanam, voyant bien que les secours de la science étaient impuissants pour sauver son ami, lui parla, avec la fol si vive de sa famille, de guérisons miraculeuses qui avaient eu lieu, l'armée précédente, à la chasse de saint Vincent de Paul, de celle entre autres de la nièce

de M. le général Caminade, et lui conseilla de se faire transporter près des reliques de cet illustre patron du clergé. L'abbé Perreyve accepta cette idée sans enthousiasme, mais avec une pieuse confiance, et me pria daller demander les autorisations nécessaires à M. le Supérieur général des Lazaristes, qui me les accorda avec un très cordial empressement. La mort alla plus vite que les supplications que nous devions porter à Dieu, et devança la fin d'une neuvaine que Mgr l'Évêque d'Orléans commença luimême en célébrant la messe le lundi 19 à l'autel de saint Vincent de Paul.

Un autre vieil ami, le P. Adolphe Perraud, de l'Oratoire, fut aussi réclamé par le pauvre mourant, qui lui dit : « Cher ami, j'ai voulu « te voir pour te faire mes adieux. — Noua « ne cesserons point, n'est-ce pas, de tra « vailler ensemble à la cause de Dieu et de « l'Église? — Je devrais être dans un grand « trouble à cause de mes péchés, et néan- « moins je me sens dans une paix profonde. « — Avant de me quitter, donne-moi ta bé« a nédiction. — Volontiers, lui répondit le

LES DERNIERS JOURS 3o3

ce Père, mais à la condition que tu me don- « neras la tienne. » Et ces deux prêtres se séparèrent pourne se revoir que dans l'éternité, se bénissant l'un l'autre et baisant réciproquement leurs mains consacrées par l'onction sacerdotale et par le sang de Jésus-Christ.

Le samedi 17 juin, trois jours après l'Extrême-Onction, l'abbé Perreyve tomba dans un mutisme qui m'inquiéta pour l'état de son âme. Je craignais que l'élan généreux du premier moment ne fût brisé, et que l'amertume d'une mort certaine ne l'envahit malgré lui. Sans doute, dans ces dernières semaines, nous l'avions vu aimer extrêmement le silence et passer des heures entières seul dans sa chambre, en témoignant le désir de ne pas être dérangé. Je me souvenais également d'avoir vu le P. Lacordaire, dans le dernier mois de sa vie, ne permettant que difficilement l'accès de sa cellule et se passionnant en quelque sorte pour le calme, par le désir d'une union plus facile et plus grande avec Dieu. Je pensais que le disciple pouvait bien éprouver le même goût divin que le maître. Cependant je redoutais l'épreuve du trouble,

maxwL rEKREYVB

le la rt

l'interrogeai. « Non, me dit-il, Dieu me

« la grâce de me maintenir dans le

c< état de résignation absolue à sa volonté*

« J'ai bien eu quelque déception et quelq: e « tristesse à ne pas mourir après que tu « m'as en averti, et de temps en temps j'ai 'a « crainte de perdre la patience si cet état de « langueur se prolonge beaucoup; mais an <( fond je m'abandonne complètement. — « C'est maintenant que je bénis Dieu de « m'avoir fait une religion simple qui va dite rectement à Jésus-Christ et qui se résume s en ce seul mot de son agonie : Fiat. — « D'ailleurs, quand mon coeur devient « un peu aride, je repasse en mon esprit « les grandes idées platoniciennes sur la « Beauté éternelle, et ainsi la philosophie oc me soutient à son tour et me ramène à la « piété. »

Le dimanche iS juin, jour où Ton célébrait la solennité de la Fête-Dieu, et qu'il passait ordinairement tout entier à Saint-Sulpice, j'allai le voir dans l'après-midi. Il était levé, dans son fauteuil, mais extrêmement faible;

LES DERNIERS JOURS 3o5

H ne tarda pas à vouloir s'étendre sur son lit, et ainsi installé, il me demanda de lui lire un passage de la sainte Écriture, que pend son séjour à Rome il aimait à méditer souvent au pied de la croix du Colisce. C'était le Ville- chapitre de l'Épitre aux Romains. Peu temps auparavant, sans formuler autrement sa peine, il m'avait révélé quelque tourment intérieur en priant ainsi devant moi : Domine, adauge nobis /idem. Sans doute, c'était pour apaiser cette anxiété dame qu'il voulut entendre de la bouche de saint Paul les espérances immortelles de ceux qui ont donné leur foi à Jésus-Christ.

Je transcris ici une grande partie de ce chapitre : en le Usant après nous, chacun soupçonnera facilement quels sentiments les paroles sacrées devaient éveiller dans l'âme de ces deux amis, dont l'un attendait la mort et dont l'autre parlait de l'éternité.

i. Nihil «rgo nnnc ciam- i. Il n'y a pas d, con >amlation.s est lis qui sunt in nation pour ceux nui sont fcrtota Jesu, qui non secun- enJésus-C/irîsl, qui ne no*. lom carnem ambulant. chent pas en suiLt les* inl

clinations de la chair.

Page 1