‹ Henri quatreieme et RichelieuChapitre 5 sur 43 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

(iuerro de Satoie. SlariaRB. — itiOl .

Entre l'événement de Newporl el le manifeste, eu un mois, Sully, avec une activité et une énergie incroyable, avait transporté de Paris à Lyon l'énorme matériel qu'il préparait depuis un an. L'artillerie étant placée dans la main qui tenait déjà les finances, il y eut une formidable unité d'action. Sully agit en dictateur; il suspendit les payements par toute la France, tourna tout l'argent à la guerre. Il destitua en une fois tous les nobles fainéants du corps de l'artillerie et leur substitua des hommes capables. La France eut toujours le génie de

cette arme, dès qu'on l'a laissée agir. 11 suffît de rappeler ce qu'on a dit dans cette histoire et de Jeanne d'Arc et de Jean Bureau, de Genouillac â Marignan, enfin des premiers essais d'artillerie volante dans les combats d'Arqués.

Le Savoyard se trouva pris au dépourvu. Avec tout son esprit, il n'avait pas prévu trois choses : d'abord celle rapidité; il croyait que l'on traînerait jusqu'à l'hiver, où ses neiges l'auraient défendu. Ensuite il ne devinait pas que la guerre serait poussée entièrement par l'artillerie, qui abrégerait à coups de foudre. Troisièmement, il pensait que Biron pourrait trahir. Cette destitution de tant de vieux officiers paralysa entièrement sa mauvaise volonté. Il commanda; mais entouré, surveillé par les hommes de Sully, il ne put que marcher droit, et le malheureux fut contraint d'aller de victoire en victoire.

Le lendemain du manifeste, le corps de Biron entra dans la Bresse, celui de Lesdiguières en Savoie. En vain Biron donna avis au gouverneur de Bourg-on-Brcsse de ses prochaines attaques, ses officiers l'entraînèrent, firent sauter les portes, emportèrent la place avant le temps indiqué.

Ceci le 13 août, deux jours après la déclaralion. Le 17, Lesdiguières, non moins ra-

— 69 — ftooi) pi e, enleva la forte place de Montuiélian, qui couvrait toute la Savoie; la citadelle tint seule, mais il l'assiégea, la serra. Le roi arrivait, et le 20 il fut devant Chambéry, la capitale du pays, qu 1 se rendit sur-le-champ. L'épouvante était extrême d'une telle rapidité, mais non moins l'admiration pour l'humanité du roi, qui disait qu'il ne faisait la guerre qu'au duc, point aux habitants. Voilà une guerre toute nouvelle, la première guerre d'hommes. Avant, après Henri IV ( surtout dans celle de Trente ans), ce sont guerres de bêles féroces, bien pis, des guerres de soldais traîtres, qui se ménagent entre eux pour manger à leur aise Je pauvre habitant désarmé.

Le duc avait dit : \« Il faudra quarante ans. » Il fallut quarante jours, sinon pour terminer la guerre, au moins pour la décider.

Ses petits forts de Savoie, sur des pics, sur des passes étroites, semblaient imprenables. Et il y avait près du roi plus d'un personnage douteux qui espérait qu'on échouerait. Mais Sully était là en personne, cl autour de lui la terreur de son pénétrant regard. Quels furent les instruments habiles qu'il employa, les hommes de génie obscurs qui vainquirent ces difficultés et menèrent si bien l'intrépide financier dans celte guerre inconnue des Alpes? On nu

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le sait. Ce qui est sûr, c'est qu'en un moment on perça la longue vallée jusqu'au mont. Cenis. Et, un pas de plus, on descendait en Piémont.

Le roi avait passé en Bresse, pour voir de plus près opérer Biron. Celui-ci était furieux d'avoir si bien réussi, au poinl que, devant un fort, il voulut faire tuer le roi, et avertit les assiégés pour qu'on le tirât. Il n'était guère moins en colère contre le duc de Savoie, qui était encore à Turin, attendant que Biron trahît et qu'on lui ouvrît Marseille, qu'on lui promettait. Il avait tout perdu do ce côté des Alpes, moins la citadelle de Monlmélian, que Sully tenait dans un cercle de foudroyantes batteries, et qu'il allait bientôt raser, s'il ne la prenait. Biron fit dire au Savoyard que, s'il ne passait les monts, il était déshonoré, et qu'on ne pourrait plus rien pour lui. Donc il passa, mais à sa honle, le roi l'approchant et le provoquant, sans le faire bouger.

La dot de la Florentine n'avait pas peu contrihué à rendre ces succès possibles. Le malheur, c'est qu'après la dot il fallait recevoir la lille. Le roi y songeait si peu, qu'il envoya à Henriette les premiers drapeaux pris sur la Savoie (septembre). Il voulait la consoler. Par-dessus le parjure du roi et la perte de ses espérances, elle avait eu un grand- malheur. Le tonnerre

tomba dans sa chambre, eL elle accoucha, mais d'un enfant mort. Elle se lit pourtant porter jusqu'à Lyon, jusqu'à Chambéry, où était Henri. Il y vit l'état misérable de tristesse et de désespoir où cette fille, si jeune encore, vendue des siens, trahie par lui, était tombée; la pauvre rieuse ne faisait plus que pleurer. Il était tendre, son cœur se souleva tout entier pour elle et contre lui-môme. Il voulut du moins la tromper, la calmer. Il lui dit que, s'il ne pouvait se tirer de son mariage politique, il lui ferait épouser un prince du sang, le duc de Nevcrs.

Le 19 octobre, il apprit que son mariage avait été célébré à Florence (Lettres du roi, V. 325), et fit ordonner aux villes de tout préparer pour l'arrivée de la reine. Hais, ce même jour, le 1!) (Lettres du cardinal d'Ossal, IV, 280), il accorda à Henriette une lettre de créance pour un agent spécial, qu'il envoyait à Rome avec des pièces capables d'invalider le mariage toscan et d'établir que le roi n'avait pu canoniquement s'engager avec la Florentine, étant engagé avec la Française.

L'agent de l'étrange négociation lui-même était fort étrange. C'était un homme de rien, nommé Travail, un prolestant qui avait fait la guerre, s'était converti, comme le roi, et s'était fait capucin. On l'appelait le père Hi luire. Il avait beau-

coup d'audace, de langue (el plus que de cervelle). 11 était bien auprès du roi, qui aimait les convertis, et s'amusait des hardiesses cyniques el bouffonnes de ce capucin. C'était un second Roqiieluure. De son droit de Mendiant et de vanu-pieds, il se faisait l'ami du roi, le tutoyait : « Mon bon roi, tu dois faire ceci, tu dois faite cela... Toi, marquise de Verneuil, ceci, cela n'est pas bien, » etc.

Travail était fort protégé par le jeune cardinal Sourdis, le parent de Gabrielle, et sans doute il était entré chez le roi, dès le temps de Gabrielle, par cette porte du mariage français. Il restait fidèle à cette cause, mais alors pour Henriette. Le roi lui donna une lettre de créance pour le cardinal d'Ossat, qui devait le mener au pape. Cela calma Henriette, qui rentra en France. C'est ce que voulait le roi. 11 garda le capucin, qui ne partit pas encore.

Cependant Marie de Médicis, après de prodigieuses fêtes qu'on fit à Florence, s'embarqua avec sa tante et sa sœur, duchesses de Toscane et de Mantoue, sur la galère grand-ducale tout incrustée de pierreries.* Les Médicis (on le voit à leur chapelle) eurent toujours ce luxe inepte des pierres qui se passent d'arl. Sa tante, Chrisline de Lorraine, ravie d'être débarrassée, la remit aux Lorrains, aux Guises. Elle venait avec

trois flottes, de Toscane, du pape et de Malte, dix-sept galères, et elle n'amenait pas moins de sept mille hommes. Si l'avènement d'Henri IV fut une invasion de Gascons (comme dit le baron de Fenesle), l'avènement de Marie de Médicisfutune invasion d'Italiens.

Elle alla de Marseille à Aix et à Avignon, avec une petite armée de deux mille chevaux, se reposa en terre papale. Les Jésuites y avaient fait faire d'immenses préparatifs de réception pour elle et le roi, qui ne put venir : théâtres, arcs de triomphe, partout des emblèmes et devises. Selon le goût de ces pères {si fins et si sots, admirables aux choses puériles), tout était basé sur le nombre sept. Le roi avait sept fois sept ans. Il était le neuf fois septième roi de France depuis Pharamond. Il avait vaincu à Arques, en septembre, le 21 , le trois fois septième jour ; à Ivry, en mars, au jour deux fois sept, et son armée y était divisée en sept escadrons, etc., etc. Cela parut si joli, que le P. Valadier, pour eh garder la mémoire, en fit un livre, que la reine voulut elle-même offrir au roi.

L'esprit de celle princesse éclata dès Avignon. Le P. Suarès, qui parlait au nom du clergé, lui ayant dit galamment qu'on lui souhaitait d'avoir un enfant avant l'année révolue, « cette princesse, hors d'elle-même, en témoigna une envie égale

(îcni) — 7* —

an désir des peuplée, et demanda celle grâce à

Dieu.» (De Thou.)

Comme elle était fort dévote, elle avait fait, en partant, demander au pape d'entrer en tout monastère. Pour les monastères de femmes, le pape l'accorda sans difficulté, mais refusa pour ceux d'hommes, «à moins, dit-il en riant fort, que le roi ne le permette. » (D'Ossat.)

Elle dut attendre huit jours à Lyon, le roi s'arrêtant encore en Savoie. Enfin, le 9 décembre, il se présenta aux portes assez lard. Elles étaient fermées, et on l'y fil attendre une heure par une gelée fort rude. Grand réfrigérant à ce peu d'amour qu'il avait pu apporter.

Ce premier refroidissement ne fut pas le seul. Le second cl le plus fort, ce fnl la princesse elle-même, tout autre que son portrait, qui datait de dix années. 11 vil une femme grande, grosse, avec des yeux ronds et fixes, l'air triste et dur, Espagnole dé mise, Autrichienne d'aspect, de taille et de poids. Elle ne savait pas le français, s'clanl toujours abstenue de celle langue d'hérétiques. En venant, sur le vaisseau, on lui avait mis en main un mauvais roman français, Clarinde, imilé du Tasse, et elle en disait quelques mots.

Ce qui nedul pas être non plus extrêmement

— 75 — (leui) agréable ;tu roi, c'est qu'elle n'arrivais seule, mais avec armes el bagages Je veux dire, avec la cour complète de cavaliers servants ou de sigisbées, que toute dame italienne, selon la nouvelle mode qui fleurit tellement en ce siècle, devait avoir autour d'elle.

Le premier, l'ancien, l'officiel, l'accepte, le patenté, était son cousin, Virgiuio Orsini, duc de Hracciano. C'était lui qui avait, à table, le soin de lui donner à laver, et d'offrir le bassin, la serviette, à ses blanches mains. Le second, Paolo Orsini, moins avancé et moins posé, n'en était que plus en faveur peut-être. Enfin, pour charmer le roi, un jeune homme de la ligure la plus séduisante, il signore de Concini, était auprès de sa femme. A eux trois, Virginio, Paolo et Concini, ils faisaient une histoire muette de ce cœur de vingl-sepl ans, représentaient son passé, son présente! son avenir.

Le roi n'en fut pas moins galant. Il arrivait botté, armé, el, s'il brillait peu, devant ces beaux Italiens, avec sa taille mesquine el sa barbe grise, il était beau de sa conquête, delà foudre dont il venait de renverser la Savoie. Pou sensible à tout cela, la princesse s'en tint aux termes d'une parfaite obéissance, se jela à genoux, se dit sa servante pour accomplir ses volontés. Le roi dit- gaiement, en soldat, qu'il était venu

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