Ministers'Accounts, 29-30 H. VIII
ligieux dans le court intervalle où le glaive de la destruction fut suspendu sur leurs têtes. Leurs cœurs semblent glacés par l'incertitude du sort qui les attend, leurs actes sont paralysés par la politique impérieuse de Crumwell, et les sources mêmes de la vie religieuse paraissent taries, par le fait des injonctions imaginées dans le dessein bien arrêté de rendre le cloîtrQ insupportable et de contraindre à la révolte ou à la soumission.
Richard Hobbes était abbé de Woburn depuis de nombreuses années, et il avait, ainsi que ses moines, obéi aux exigences royales et prêté le serment de « suprématie ». Il est vrai qu'ils agirent de la sorte contre le gré de leur conviction intime, et que leur conscience leur reprochait la faiblesse qu'ils avaient montrée en ne défendant pas leurs croyances et la seule vérité. Dom Ralph, le sous-prieur, confessa plu& tard ses scrupules et implora le pardon d'Henri pour cette erreur et « pour avoir faussement jugé M. More et l'évêque de Rochester, dont il avait longtemps considéré la mort comme méritoire, et avec lesquels il eût désiré périr ». Enfin, il déclara que c'était l'abbé lui-même qui, « par conseil et par menaces », l'avait persuadé de prêter le serment de suprématie. Un autre membre de la communauté, dom Laurence, le sacristain, affirma que, quand il jura, la foule qui se pressait autour de la Bible l'avait empêché de parvenir jusqu'au livre et de le toucher : il regardait donc sa conscience comme libre, bien qu'il eût signé « la carte de profession religieuse » (1).
Dès le début de 1536, on mit diverses rumeurs en
l.«Calendar»,X, 1239.
circulation sur le sort probable de l'abbaye. On disait que « celle-là et d'autres encore tomberaient avant le Jour des Rois » (1), mais ce ne fut qu'au printemps de l'année 1538 que furent prises les premières mesures de rigueur. La catastrophe finale fut hâtée par les délations malveillantes de moines mécontents qui, comme dans quantité d'autres monastères anglais à cette date, espionnaient, pour le compte de Crumwell, les faits et gestes de leur supérieur et de leurs frères.
Le 12 mai, l'abbé Hobbes et plusieurs de ses moines furent interrogés dans la Tour. Le sous-prieur et quelques autres déclarèrent qu'à l'époque de l'exécution des Chartreux, l'abbé les avait assemblés et leur avait adressé ces paroles : « Mes frères, c'est un temps de péril que celui-ci. Il n'y a point eu de semblable fléau depuis la passion du Christ. Vous savez comment les hommes de bien sont mis à mort. Mes frères, cela est certainement la peine de nos offenses. Vous avez lu dans l'Écriture que, tant que les enfants d'Israël gardèrent les commandements de Dieu, leurs ennemis n'eurent aucun pouvoir sur eux et Dieu exerça sa vengeance sur leurs ennemis. Mais dès qu'ils violèrent les commandements de Dieu, ils furent aussitôt subjugués, et ainsi sommes-nous. C'est pourquoi repentons-nous de nos offenses et Dieu punira certainement nos ennemis^ je veux dire ces hérétiques qui font ainsi périr tant d'hommes de bien. Hélas ! c'est pitié que tant de sang chrétien soit versé I Donc, mes chers frères chrétiens, pour l'amour de Dieu, que chacun de vous prie avec dévotion et récite en entier le psaume : Deus venerunt gentes^ avec le verset :