HENRI VIII. — II
VOUS connaîtrez mon opinion. » Il alla donc en sa chambre, où il me manda en secret, et il me dit : « Monseigneur n'a-t-il point envie que je lui livre ma maison? » « Non, mylord, répliquai-je, mais il peut arriver que, pour des motifs sérieux, il tienne à vous voir abandonner votre maison entre les mains du roi. » Il repartit : « Notre maison serait détruite, et ainsi tout le pays serait perdu, comme il l'est aux environs de Muchelney. » « Non, mylord, dis-je, mon Maître et Seigneur viendra demeurer ici, et je pense qu'il suppliera Sa Majesté le roi de lui permettre de conserver ici une partie de votre ordre, ainsi que cela s'est fait à Saint-Mary's Altar. » Voilà ce que je dis, pour rassurer un peu l'abbé. « Et puis, reprit-il, que me donnerait-on? » « Mylord, dis-je, j'ose répondre que, si vous vous laissez conseiller par Monseigneur, il vous procurera une centaine de marcs et obtiendra pour vous quelque prébende de l'évêque de Sarum, où vous pourrez porter une aumusse grise; et tous vos frères seront pourvus, et ils auront tels postes et bénéfices qui leur conviendront. » « Eh bien, dit l'abbé, et il agita la main, si j'avais voulu accepter une centaine de marcs, il y a longtemps qu'on m'eût fermé la bouche ; mais j'aimerais mieux jeûnerpendant trois jours, au pain et à l'eau, plutôt que de recevoir si peu. » « Mylord, dis-je, je ne parle que du moins. Vous trouverez Monseigneur beaucoup mieux disposé quand vous causerez avec lui. » « Enfin, répéta-t-il encore, si je savais ce qu'il en sortira, je me mettrais vite en règle. » Sur quoi, il s'assit^ mangea du pain et du beurre et me fit manger avec lui. » Le curé raconte ensuite que l'abbé écrivit une lettre au chancelier, et qu'ayant été voir le dépensier, il eut
occasion de s'entretenir avec la communauté, qu'il trouva prête à suivre le conseil d'Audeley et à céder le monastère suivant l'ordre du roi (1).
L'abbaye d'Athelney était endettée depuis longtemps. Crumwell avait exigé qu'elle prît l'engagement de verser au roi 200 marcs. « En changeant souvent les supérieurs, comme le déclarait Robert Hamlin le dernier abbé^, le roi avait tiré de cette pauvre maison de nombreuses sommes d'argent » ; aussi Hamlin ne comptait guère pouvoir liquider ses dettes avant sept années, bien qu'il se nourrît « de pain et d'eau deux jours par semaine » (2).
Le monastère fut cédé à Henri YIII, le 8 février 1539, par l'abbé et six religieux, qui tous furent pensionné? pour prix de leur docilité (3). Les effets de la maison furent vendus 80 livres : sur cette sommeAudeley, qui soupirait si fort après la renonciation de l'abbé, paya 20 livres la propriété des bâtiments (4).
Audeley intervint encore ailleurs. Il dit lui-même qu'il manda l'abbé d'Osyth « avant la dissolution » et le pressa « de livrer sa maison suivant le bon plaisir de Sa Majesté, et d'exhorter ses religieux à se soumettre aussi. Sur mon conseil et mes instances, ils se soumirent en humbles sujets sans plainte ni murmure — en quoi j'espère que je n'ai point mal servi, pour ma part, Sa Majesté le roi ». Il demande ensuite à