Rôles du Trésor, I, m, 4 d
poids, se montait en espèces à plus de 85.000 livres, soit près d'un million de livres de sterlingnotremonnaie(j). Des accessoires du culte ainsi dérobés par Henri aux vêtements sacerdotaux, la transition est naturelle. D'anciens inventaires nous montrent que les sacristies des monastères renfermaient quantité de chapes, de chasubles et d'autres ornements d'autel en étoffes rehaussées d'or et d'argent et richement brodées à l'aiguille, de brocarts et de tissus apportés d'Orient, qui seraient aujourd'hui regardés comme des œuvres d'art inestimables. Nombre d'objets durent être détruits au cours du pillage effréné qui accompagna l'œuvre des commissaires royaux à l'époque de la Suppression. Le métal artistement ouvragé des châsses et des reliquaires, dont la valeur tenait plus à leur travail exquis qu'au prix de la matière, n'était plus, une fois arraché par les instruments des spoliateurs, qu'une masse
1. Dans l'Appendice qui est à la fin de ce volume, on trouvera des détails complets sur la quantité d'argenterie soustraite et sur ce qu'elle devint. Une bonne partie en fut employée à « restaurer des images en or», entre autres une statue de Notre-Dame. Il ne fut pas remis moins de 46.636 livres 1 shilling 1 penny 1/4 « en main propre au roi» (« Monastic Treasures », p. 92). 810 livres furent absorbées par les frais de bureau et de perception : sur cette somme, 70 livres furent dépensées pour le transport de l'argenterie, « par bateaux et par voitures, à, Westminster et à Grcenwich ». Pour montrer avec quel sans-gèae les accessoires du culte étaient jetés au creuset, nous citerons quelques articles d'un compte relatif à « certaines pièces d'orfèvrerie fondues par ordre du Conseil de Sa Majesté », le l^i" juillet 1557 (sous le règne d'Edouard VI). On y voit figurer : « de l'or provenant du dépouillement de trois livres d'offices, d'une mitre et de deux gants » ; « un verre enchâssé dans de l'or provenant de trois livres » ; « deux chandeliers, deux burettes, deux calices » ; « un vaisseau ?i encens, de nacre et d'argent » ; « l'argent d'un béryl » ; « trois mitres, deux croix en or et une arche » ; « une bague en or, dite pontificale, ornée d'un aigle ayant un petit rubis sur la poitrine » ; « la plaque d'or d'un ostensoir» ; «trois bâtons de croix, tous trois dorés » ; « quatre bagues d'argent dites pontificales, dont deux ornées de pierreries et une autre d'une perle ». Il est dit, en outre, que les pierres précieuses arrachées aux mitres, aux anneaux, etc., sont encore^ en réserve. (Record Office — Cour des Comptes — Liasse 1553, rôle I.)
bonne à jeter au creuset. De même, il arriva trop souvent que les trésors du métier et de la broderie furent traités, au désespoir de ceux qui savaient les estimer et voulaient les garder, comme de vulgaires objets de rebut. On s'en servait généralement pour emprunter quelque argent en vue de défrayer les commissaires ou de payer les gages des serviteurs. « L'argent qu'il nous faut pour expédier les moines et leur domestique,» écrit de l'abbaye de Bisham l'infatigable D'"Layton, « nous le tirerons des chapes pourries et des cloches», et il ajoute qu'on a déjà « vendu les vieux ornements dans la salle du chapitre » (1), Si l'on consulte la comptabilité des enchères de ce genre, on verra que la vente des ornements sacrés ne rapportait qu'une poignée de shillings, et souvent de pence (2).
De nombreuses étoffes, celles surtout qui étaient tissues d'or et d'argent, ou bien ornées de perles, étaient mises de côté pour le compte du roi. Ainsi, une garniture composée « d'un drap d'or, avec ornements de velours bleu » et de trois frontonsd'autel provenant de l'abbaye de Beaulièu, plus un « drap d'argent rehaussé de fleurs-de-lis et d'anges », enlevé à Canons Ashby (3) échappèrent aux ventes à la criée (4) et furent envoyés