‹ Henri VIII et les monastères anglaisChapitre 232 sur 288 · Ellis, « Orig. Letters », IIIe série, p · texte numérisé non relu

Ellis, « Orig. Letters », IIIe série, p

La preuve fut faite qu'étant venu à l'église, il s'était appuyé sur l'épaule d'un certain Roger Cromps et avait dit : « Notre-Dame, on vous a dépouillée. J'ai vu le jour où l'on déshabillait à la potence des hommes aussi innocents que ceux qui vous ont dépouillée. » Puis il entra en la chapelle et s'agenouilla, récitant son Pater et son Ave, et il embrassa l'image et se tourna vers le peuple et dit : « Quoiqu'on ait pris à Notre -Dame sa robe et ses joyaux, il n'est pas plus mauvais, si l'on souffre, de prier devant son image qu'il ne l'était auparavant. » Les dépositions ne nous permettent de suivre l'histoire de cet homme hardi et turbulent, qui avoua les faits mis à sa charge, que jusqu'au jour de son emprisonnement (1).

Jamais on n'avait vu, en Angleterre, une parole ou un signe de désapprobation à l'adresse d'un ministre passer pour une trahison envers la patrie. Et pourtant il suffisait qu'une personne prononçât une parole irritée ou se permît une plaisanterie à l'égard de Crumwell ou de ses mesures arbitraires, pour être l'objet d'une enquête sérieuse et s'exposer à un grave péril. Pour une offense de cette nature, un prêtre du comté de Hereford fut arrêté et jeté en prison par les magistrats de Ludlow. Puis ces derniers se mirent en devoir de saccager sa maison pour y chercher des preuves accusatrices: mais, après avoir fouillé vainement jusqu'à ses papiers, ils résolurent de demander de nouvelles instructions àCrumwell. Entre temps, ils eurent le bonheur de découvrir un sac qui contenait les économies de l'infortuné prêtre : 76 livres 16 schellings. Ils songèrent dès lors à rémunérer leurs propres ser-

1. Corr. de Grumwell, XL VI, n° 19. L'offerte fut commise la veille delà fête de l'Assomption, 1537. L'interrogatoire eut lieu le 19 août.

vices pour la besogne accomplie. Ils prirent 20 livres (environ 240 de notre monnaie) et partagèrent une somme de même importance entre l'officier ministériel qui avait dressé l'inventaire des biens de l'ecclésiastique et l'heureux messager qui avait porté au maître l'annonce de leurs nobles exploits. Le fait de se partager la petite fortune de leur victime nous prouve qu'ils escomptaient le sort qui la frapperait.

11 est impossible de parcourir les documents relatifs à cette période de la suprématie de Crumwell sans voir du premier coup qu'on n'affichait même pas le souci d'un semblant de justice et d'impartialité, qu'on laissait languir les prisonniers, sans les jamais mettre en jugement, dans les gêoles du pays, où ils succombaient aux épidémies, — mort que l'on qualifiait noblement, sur les registres de l'état civil, de « visite de la divine Providence ». Les longues listes de ceux qui, à chaque nouvelle session des tribunaux, étaient mis en demeure de trouver quelqu'un qui se portât caution de leur bonne conduite, ou qui étaient condamnés pour s'être rassemblés avec l'intention de créer une émeute, témoignent assez des efforts tentés en vue d'étouffer les dernières velléités de résistance au despotisme de Crumwell et de ses créatures.

« Sous Henri VIII, dit le doyen Hook, les persécutions prirent naissance dans l'avarice ou dans le désir de maintenir la paix, que le roi et ses ministres poussaient cependant le peuple à troubler par leur soif de pillage (1). » La conduite de Crumwell fut injuste et peu scrupuleuse au cours de ces persécutions : les notes, écrites de sa main, qu'il a laissées le dé-

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