Lingard, « History », VI, p
Les Franciscains Observantins possédaient six monastères en Angleterre. Aucun des six n'était plus renommé pour sa discipline et sa régularité que celui de Greenwich. En 1513, Henri VIII lui-môme avait plus d'une fois écrit en faveur de ces moines au pape Léon X. 11 déclare qu'il ressent à leur égard l'affection la plus profonde et la plus dévouée. 11 admire tant la sainteté de leur vie, qu'il trouve impossible de les louer comme ils le méritent. Ils offrent l'idéal de la charité, de la pauvreté, de la sincérité chrétiennes. Leur existence est consacrée aux jeûnes, à la prière, aux veilles, et ils se soumettent « à de dures pénitences jour et nuit » pour ramener les pécheurs à Dieu (1). Le couvent avait été érigé par Henri YI1 à Greenwich, près de la Cour, et la reine Catherine avait choisi pour confesseur l'un des religieux, l'intrépide et saint frère Forest (2).
Dès le premier instant, les Observantins prirent en masse le parti de l'infortunée reine, et s'élevèrent contre l'injustice et l'illégalité du prétendu divorce. En cela, ils ne firent qu'interpréter les sentiments du peuple sur cette question. Ainsi, lorsque le Dr George Brown (3), prieur des frères de Saint-Augustin, à Londres, dans un sermon prêché à Pâques, en 1533, proclama Anne Boleyn reine d'Angleterre et demanda pour elle les prières de tous, les fidèles se levèrent en masse et quittèrent l'église. Les esprits étaient surex-
1. Ellis, « Original Letters », 3e série, I, p. 165. — Henri VIII à Léon X, 12 mars 1513. — British Muséum, « Vatican Transcripts », tome XXXVII, f. 17.
2. On dit que la reine Catherine, quand la Cour était à Greenwich, se levait toujours à minuit pour assister aux matines des frères. — « Collect, Anglo-Min. », p. 216.
3. On suppose que le Dr George Browne, frère de Tordre des Auguslins, unit Henri et Anne lors du mariage secret qui eut lieu probablement le 25 janvier 1533. — Cf. Gairdner, Préface, tome VI, p. 21.
:ités au point, raconte Chapuys à son maître, que le ord maire reçut l'ordre d'éviter à l'avenir toute maniestation populaire de ce genre. On commanda pérempoirement aux corporations de la cité de garder sur la question du divorce un silence absolu, et d'empêcher es apprentis de murmurer contre l'élévation au trône de la maîtresse du roi (1).
Il fut plus difficile d'imposer silence aux frères Observant ins de Greenwich. « Ils soutinrent avec grande énergie, écrit Sanders, et dans les discussions publiques et dans leurs sermons, que le mariage du roi avec Catherine était légitime et valide. » Et cependant, ici encore, parmi la foule des justes, il n'en manquait pas pour suivre le courant. Ici, comme dans tant de maisons religieuses à cette époque, Cruinwell trouva un espion pour le renseigner sur les dispositions et les intentions des religieux cloîtrés. Dans le cas présent, ce fut un frère lai, Richard Lyst, plus tard récompensé de ses services par une place à Cambridge (2), qui devint l'agent de Crumwell et l'avisa des faits et gestes de ses frères en religion. Au début de février 1533, il écrit à son protecteur qu'il trouve la discipline de son monastère beaucoup trop rigoureuse. Les religieux sont corrigés et « punis à propos de rien », et nombre de leurs Pères se montrent fort jarrités contre le roi. Les plus éminents de ceux-ci sont les Pères Peto, Elstow et Forest. Le frère Forest, Selon lui, est le plus blâmable de tous, car le roi lui a\ail toujours lémoigné une bienveillance spéciale La veille même (lundi .') février), Henri s'était entretenu avec lui en particulier pendant plus d'une demi-heure