SCÈNE X
MADAME MARÉCHAL, entrant par la gauche ; après avoir regardé au carreau de la loge, ello va s’asseoir sur la banquette. — PAUL entre un pou après et vient s’asseoir de côté auprès d’elle.
PAUL
Laissez-moi là... Je ne vous touche pas... N’ayez pas peur... Je ne vous dirai rien, si vous voulez... Tout à l’heure... ce que je vous ai dit... il ne faut pas m’en vouloir... Je ne savais pas... J’ai eu tort. Je vous demande pardon... Tardonnez-moi, voulez- vous? Je vous ai dit : Tu... Mon Dieu!... est-ce que je savais? Oh! vous ne vous figurez pas ce que c’est, ce que ça coûte pour parler!... On a la bouche sèche... Je cherchais quelque chose, je ne trouvais rien... Vous avez bien vu que j’étais pâle... On se dit : Je lui parlerai tout à l’heure... et puis un mot vous vient... on s’arrache le cœur et la voix pour le dire... Et on est malheureux „ après ! Je ne voulais pas vous paraître enfant... je voulais faire l’homme... Vous ne me croyez pas?.. ; Oh!
c’est bien vrai, pourtant, je vous jure!... Et puis toutes les femmes ici, moi. je croyais... Oh ! ce n’est pas vrai, je vois bien. . . et il y en a, je suis maintenant bien sûr qu’il y en a qui viennent ici pour la première fois... (Silence do madame Maréchal.) Ah ! ne me répondez pas, ça m’est égal ! Je veux le croire... et je le crois! Votre bras tremblait sous le mien tout à l’heure... Ne dites pas non, je l’ai senti... et vous étiez toute effrayée... Oh! c’est que cela fait peur d’abord, n’ est-ce pas? Ce bruit, ces cris, tout ce monde... c’est une joie qui vous glace... Et puis la chaleur, les lumières, les masques, la musique, cet air du bal... il vous monte comme un étourdissement de tout cela... On n’y voit plus, on ne sait plus, on n’est plus le même... et je vous parle, madame!... moi, je vous parle!... Mon Dieu! nous serions dans le monde, j’aurais fait un tour de valse avec vous, vous me laisseriez m’asseoir à côté de vous, sur la même banquette... et j’aurais touché votre taille, pourtant; j’aurais eu votre main dans la mienne ! Cela serait tout simple... Je vous ferais les compliments qu’on fait à une femme, je ne vous manquerais pas de respect pour ça; je vous dirais : Vous êtes belle...
MADAME MARÉCÏIAL.
Laissons le monde, monsieur. Nous n’y sommes pas. Parlez, si cela vous fait plaisir : je n’écoute pas... Tenez ! vraiment vous feriez bien mieux de vous adresser à toutes ces femmes qui sont là. . .