SCÈNE Y
MADAME MARÉCHAL, assise et lisant; M. MARÉCHAL.
M. MARÉCHAL, allant à la table, auprès de madame Maréchal.
N’êtes-vous pas heureuse, aussi, vous, madame ? je ne dis pas autant que moi... mais un peu... assez pour sourire à ma joie... Ohî ne vous étonnez pas de tout l’amour que j’ai pour cette enfant... (il désigne la porte par la. quelle Henriette est sortie.) Je lui dois tant! A mesure qu’elle a grandi, chaque jour, elle m’a apporté un peu du cœur de sa mère.. . C’est en l’embrassant que nous nous sommes
rapprochés ! (Il prend lentement la main de sa femme, et la baise.) Oh !
je vous disais bien dans les commencements de notre mariage : Ayez confiance, laissez faire le temps, et vous
verrez qu’un jour l'affection viendra... Je la ferai venir à la fin, moi, je vous en réponds.
(Il s'assied sur le canapé, à côté d'elle.)
MADAME MARECHAL
Oui, mon ami. Si jamais un mari a mérité d’être aimé...
M. MARÉCHAL
Vous êtes contente de moi, Louise? tout à fait contente de moi? Dans votre salon, vous me trouvez comme tout le monde, n’est-ce pas, comme tout le monde? L’ouvrier, soyez franche, dites-moitout... mais est-ce que vous pouvez me blesser, vous? l’ouvrier, vous ne le retrouvez plus, bien sûr? Voyez -vous ces deux sourcils-là, vous n’imaginez pas tout ce qu’ils m’ont fait souffrir, quand ils sc fronçaient à, un mot qui m’échappait, à un geste que je faisais. .. à. une violence... Car je sais, j’avais de vraies violences de peuple... Oh ! non, c’est vrai, vous ne me disiez rien : vous me regardiez seulement : vous ne m’aimiez pas assez pour me dire ces choses-là... J’ai eu du mal tout de même à me faire une peau d’homme du monde; c’est dur à tailler dans du vieux!... Mais je m’étais juré que vous ne me regarderiez plus avec ces yeux-là, que vous laisseriez vos sourcils tranquilles, et que je ferais à la fin un mari comme un autre... qui ne vous rendrait pas trop malheureuse. .. Me suis-je tenu parole, Louise?
Mon ami... (Elle lui prend la main.) Tenez! je suis heureuse. . .