ACTE III
PAliL.
Oh! je vous aimais bien pourtant! Je vous aimais bien!... Dans votre voix, dans votre sourire, dans vos yeux, si vous saviez tout ce qu’il y avait pour moi ! Quelquefois, quand vous ne faisiez que me regarder, j’étais heureux... heureux à sentir dans mes yeux des larmes me venir du fond de ma joie!... J’étais si jeune!...
Taisez-vous! Oh! taisez-vous!
(Elle remonte la scène, le dos tourné à Paul.)
PAUL
Je n’ai pas eu ma mère, moi, figurez-vous... Et toutes les douceurs de la femme, c’était vous pour moi ! Non, vous n’imaginez pas : vous étiez dans mes pensées comme il y a du bleu dans le ciel !... Quand je vous ai vue au bal, la première fois, vous rappelez-vous? Oh! je vous ai aimée tout de suite ! Il me semblait que ma vie vous espérait... Vous? Mais je ne voyais que vous... Vous étiez ce que je croyais, ce que je priais !
MADAME MARÉCHAL, debout, la dos tourné, las mains appuyées sur la table.
Oh ! je voudrais des injures, pour souffrir moins!
PAUL
Ün tnot de vous, je le portais sur moi comme une médaille... Tenez, je me disais votre petit nom souvent tout seul pour me mettre mon bonheur sur les lèvres* et l’écouter retomber de ma bouche sur mon cœur !
MADAME MARÉCHAL
Mon Dieu! vous ne comprenez donc pas?... (Se retournant.) Ma fille t’aime ! Ah ! voilà !
(Elle se tord les mains.)
Henriette ? Moi ?
(Il se lève.)
MADAME MARÉCHAL
Oui, Henriette!
PAUL
Qui a pu?
MADAME MARÉCHAL
Je le sais.... (Elle court à la porte et met le verrou. — Elle le prend par le bras et le force à s'asseoir sur une chaise à côté d’elle.)
Et Dieu me donnera bien une minute pour vous dire cela !.... Écoutez : c’est quelque chose de bien mal et qui coûte, allez! de tromper son mari... un homme à qui on doit tout... qui croit en vous, qui a confiance, qui vous estime... qui vous estime !... Mettre tous les jours le mensonge, la trahison, de la boue dans son ménage ! Oui, c’est odieux... Et vous ne savez pas les remords qui déchirent une femme quand il lui reste encore l’honnêteté d’en avoir !... Ah ! vous m’avez vue assez souffrir ! J’ai eu avec vous bien des larmes... Tout mon bonheur les essuyait mal! Eh bien! tout cela... la honte, le cha-