ACTE I
PAUL
Monsieur!...
LE MONSIEUR
Attends donc, je n'ai pas fini de séduire madame... Comment, vous voulez aller de ce côté-là, dans les corridors? Mais l'inconvenance y pousse en plein vent, jeune imprudente! (>[ad.ame Maréchal s'assied sur la banquette, en lui tournant le dos. — Paul reste de1)out devant elle.) Il y a des gens qui y disent des choses qui corrompraient un singe et qui feraient défleurir un lys sur sa tige! Je vous dois aide et protection, je ne vous lâche pas... Et puis, si tu savais tout ce que j'ai à te dire!... Je te parlerais bien en vers... mais ça t'embêterait... Oh! dismoi que nos âmes se comprennent!... Qu'est-ce que tu veux? je suis poétique : je lis tous les soirs des feuilletons pour m'endormir... Et toi aussi, tu dois être poétique : je parie que tu habites la rue Papillon, et que tu donnes tous les matins de la mie de pain aux oiseaux, sur le toit en face!... Tiens! nous irons bien loin... plus loin que la ligne des omnibus!... dans un endroit vierge et béni, embaumé de brises d'amour et de parfums de matelotes... à Asnières! Et là nous serons heureux comme des gens qui n'ont pas d'enfants et qui pèchent à la ligne... Viens-tu?
PAUL
Monsieur!...
LE MONSIEUR
Mais, monsieur, votre dame me manque! Je la trouve plus que froide à mon égard . . . (IMadame Maréchal a repris le bras de Paul et va vers le fond de la scène, que lui barre encore le monsieur passant et repassant derrière une colonne.) J'en suis fâché pour elle... Comment! je m'échigne à lui faire luire des horizons! je lui parle comme un livre! je forge des métaphores liardies à son usage... Je lui offre de la bisque et des idylles... Je lui confie mes plus
secrètes mélancolies... et elle reste avec moi comme la bourse d'un ami : on ne peut rien en tirer...
PAUL, s'avaiiçnnt vers le monsieur en quittant le bras de madame Maréclial.
Mais, monsieur...
LE MONSIEUR
Jeune homme, je paille à madame... Espèce de femme du monde, A'a! Mais tu dois être vieille comme les rues de Versailles! Je crois bien que tu te caches!.,. Voyons un peu...
(Il va pour soulever la barbe de son masque.)
MADAME MARÉCHAL, la tête tournée vers le corridor de gauche.
Ah ! mon mari !
(Elle s'échappe et disparaît à gaucVie: Paul arrête le bras du monsieur.).