‹ Henriette MaréchalChapitre 32 sur 95 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

Mais... rien, mère.

MADAME MARECHAL

Que je t'aime plus, dis? (Elle l'embrasse. — Henriette s'assied. Madame Maréchal lui prend les mains.) Mets-toi là, tout près, que je te sente... Cher ange! tiens, je suis si habituée à toi, que, quand tu n'es pas là, c'est une drôle de chose, il me semble que j'ai froid!... Et quand on pense que j'ai désiré un garçon! Je ne t'aurais pas... C'est moi qui ne changerais pas à présent, par exemple!

Mère !

MADAME MARÉCHAL

Tu aimes si bien quand tu aimes!... Tiens! quelquefois, quand j'y pense, tu me fais peur avec ces tendret;ses que tu as... Chère fille! c'est que c'est terrible, les natures comme la tienne... Tu n'es que cœur, affection, sensibilité... Tu vaux mieux que la vie : te le pardonner a-t-elle?... (Elle se lève. Henriette la suit.) Tu aS VU ton père ce matin?

Non, maman. Je crois qu'il est allé à Paris.

mada:me maréchal.

Au fait, ce monsieur, tu sais... je pense qu'il va pouvoir s'en aller... Il va nous débarrasser... Enfin on sera chez soi. Ça devait te manquer, ton piano.

(Elle se dirige vers la talile, et va pour prendre son métier de tnpissei-ie.)

Ail!... il va déjà si bien... assez bien pour s'en aller? J'en suis bien contente.

MADAME MAKÉCHAL.

Mais voilà quinze jours...

HENRIETTE, avec une expression de peur. S'il était mort ici 1

MADAME MARÉCHAL

Voyons! voyons! c'est fini, je te dis... (I':ile lui prend les mains, et lui fait nne petite caresse sur la joue.) Mais sais-tu que tu es bien belle ce matin? Comment, j'ai donc une grande fille comme ça? c'est à moi, ça? (Lui prenant les

mains, et la tenant sons son regard, au bout de ses bras.) Ah ! chérie, tu ne sais pas ce que c'est que d'embrasser sa jeunesse sur le front de vos seize ans... de vous regarder comme je te regarde là... de vous manger des yeux... et de se dire : Voilà ma beauté, ma grâce, mon orgueil, ma vie! Ce n'est plus moi maintenant, c'est elle !

(Elle se jette dans les bras de sa fille.) PIENRIETTE, dans un baiser.

Ma bonne petite mère !

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