SCÈNE I
MADAME MARÉCHAL, seule, assise sur un fouteuil, prés de la lablc à ouvrage. Elle regarde la pendule.
Il est maintenant en wagon... Je croyais qu'il ne partirait jamais... Il m'a dit : Comme tu m'embrasses! J'ai eu peur qu'il ne me regardât... Parti ! j'ai besoin de me répéter cela... C'est qu'il faut si peu de chose! On a beau tout combiner, tout arranger, penser à tout... un accident, un rien, une de ces bêtises qui arrivent, mon Dieu! il ne faut que cela!... Huit heures!... Oh! ces aiguilles, quand on les regarde, elles n'ont pas l'air de marcher..". Voyons! faisons quelque chose... (Elle prend
une bnnde de tapisserie, essaye do travailler, et la laisse retomber.)
Ah ! c'est tuant, cette vie-là, de toujours lutter, de toujours veiller, d'avoir toujours besoin de toutes ses forcées et de toute sa volonté, d'être là toujours aux écoutes... avoir peur du regard d'un domestique... de
y8 HENRIETTE MARECHAL
t<es rêves, la nuit! Il y a des moments, il me semble, où je deviens stupide... J'ai des clioses qui se brisent dans ma tête... Encore quatre heures!... Oh! il sera exact... (Elle se lève et s'assied à droite sur la chaise, h côté du guéridon, i Qu'est-ce que peut faire Henriette? Les autres fois, elle est moins longtemps, quand elle va jusqu'au chemin de fer avec son père... Je dirai que je suis fatiguée, je ferai servir le thé de bonne lieure... Je voudrais être un peu seule avant qu'il ne vint, pour que toutes mes pensées l'attendent!...