‹ Henriette MaréchalChapitre 77 sur 95 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

MADAiME MARÉCIIAlf., PAUL, entrant en sautant par le Lalcou de la fenêtre ouverte.

MADAME MARÉCHAL, se levant avec un cri.

Ah!... Vous n'avez donc i)as vu votre frère?

PAUL

Voici les vôtres... (Il lui tend un paquet de lettres. ^ Mon

frère? Si... vous voyez, je l'ai vu... Il m'a dit... Tenez, je ne sais pas trop... que votre position dans le monde... votre considération... C'est bien cela, n'est-ce pas?01i! j'ai compris. . . (Il tombe assis sur une chaise à droite.) Cela finit donc, l'amour, Louise?

MADAME MARÉCHAL

Je vous expliquerai... Plus tard... Mon mari est ici... il est là...

PAUL

Ali ! votre mari!

MADAME jrARÉCHAL.

Je serais perdue !

PAUL

Eh bien, quand nous nous iierdrion^?

MADAME MARÉCHAL

On lui a parlé d'escalades... de voleurs... Il a des pistolets...

PAUL

Oh! je vous aimais l)ien pourtant! .le vous aimais

114 HENRIETTE 3IARÉCHAL

l)ieii!... Dans votre Toix, dans votre sourire, dans vos yeux, si vous saviez tout ce qu'il x avait pour moi ! Quelquefois, quand vous ne faisiez que me regarder, j'étais heureux... heureux à sentir dans mes jeux des larmes me venir du fond de majoie!... J'étais si jeune!...

MADAME MARÉCHAL

Taisez-vous! Oh! taisez-vous!

. (Elle remonte la scène, le dos tournii à Paul.)

Je n'ai pas eu ma mère, moi, figurez-vous... Et toutes les douceurs de la femme, c'était vous pour moi! Non, vous n'imaginez pas : vous étiez dans mes pensées comme il j a du bleu dans le ciel!... Quand je vous ai vue au bal, la première fois, vous rappelez-vous? Oh! je vous ai aimée tout de suite ! Il me semblait que ma vie vous espérait... Vous? Mais je ne voyais que vous... Vous étiez ce que je croyais, ce que je priais!

MADAME MARÉCHAL, debout, le dos tourné, les mains appuyées sur la table.

Oh! je voudrais des injures, pour souffrir moins!

PAUL

Un mot de vous, je le portais sur moi comme une médaille... Tenez, je me disais votre petit nom souvent tout seul, pour me mettre mon bonheur sur les lèvres, et l'écouter retomber de ma l)ouehe sur mon cœur !

MADAME MARÉCHAL

Mon Dieu ! vous ne comprenez donc pas?... (Se retournant. Ma fille t'aime! Ah! voilà! •

(Elle se tord les mains.)

ACTR m 115

PAUL

Henriette! Moi?

(Il so lève.

MADAME MARKCHAL.

Oui, Henriette!

PAUL

Qui a pu...?

MADAME MARÉCHAL

Je le sais... (Elleconrt àlapovteetmetle verrou. — Revenant ;i Paul, elle le prend par le bras et le foire à s'asseoir sur une chaise iicùté d'elle.) Et Dieu me donnera bien une minute pour vous dire cela!... Ecoutez : c'est quelque chose de bien mal et qui coûte, allez ! de tromper son mari... un homme à qui on doit tout... qui croit en vous, qui a confiance, qui vous estime... qui vous estime!... mettre tous les jours le mensonge, la trahison, de la boue dans son ménage! Oui, c'est odieux... Et vous ne savez pas les remords qui déchirent une femme quand il lui reste encore l'honnêteté d'en avoir!... Ah! vous m'avez vue assez souffrir! J'ai eu avec vous bien des larmes... tout mon bonheur les essuyait mal! Eh bien ! tout cela... la honte, le chagrin, cequime rongeait, les dégoûts de moi-même, la peur de ce qui pouvait arriver, le monde et tous ses yeux, j'aurais tout supporté, tout bravé. ,,

PAUL

Louise !

MADAME MARÉCHAL. (Elle lui quitte les mains.)

Mais quand on m'a dit que ma fille vous aimait... mon Henriette! Maisles mères, n'est-ce pas? c'est pou» donner le bonheur <à leurs filles... elles ne sont faites que pour cela!... et je lui volais le sien. ..je lui volais le sien pour toujours !... Oli ! alors, je me suis détestée...

]lfi HENRIETTE MARÉCHAL

j'ai eu horreur de moi... je me suis pris le cœur ù deux mains, et j'en ai si bien arraché mon amour, que vous n'y êtes plus !.... Non, vous n'y êtes plus !

(Elle lui repousse les mains et se cache la figure.)

Et moi, je vous dis que vous m'aimez toujours !

MADAME MARÉCHAL. (KHe se lève.)

Non, je ne veux pas!... je ne veux plus!... Partez! Oh! vous partirez!..,. Laissez-moi, tenez ! je vous en supplie, laissez-moi 1 Faut-il que je vous parle à genoux ? (Elle toiiilie il genoux.) Vous voyez bien que c'est moi qui vous demande grâce... Non... il ne faut plus m'aimer...

PAUL

Je vous aime !

MADAME MARÉCHAL. (Elle se relève lentement.)

Et puis moi... je vais avoir fini d'être belle, moi, ce ne sera pas long... Un jour, vous m'auriez quittée

PAUL

Jamais !

MADAME MARÉCHAL

Si, si... vous auriez vu !... Voyons, partez !

PAUL

Je vous aime !

MADAME MARÉCHAL

Vous ne pouvez pas pourtant me demander de faire mourir ma fille 1 Vous ne pouvez pas !... C'est mon enfant, Paul!... je vous dis que c'est mon enfant ! 0:110 lui saisit le bras.) Oh ! VOUS allez partir !

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