‹ Henry ArnauldChapitre 139 sur 267 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Octobre-novembre 1671.

Contrastes dans la conduite de l'évêque.

Nous avons vu dans le récit du synode de Saumur que le nombre des curés ruraux fidèles à leur évêque était encore grand; cependant, Antoine Arnauld voulut, lorsque la paix de Clément IX lui eut rendu toute liberté d'action, payer de sa personne et essayer par une action immédiate d'avancer en Anjou les affaires des ses partisans, en même temps que d'apprécier de visu ce clergé angevin, dont il était artificiellement l'un des membres depuis sa signature du Formulaire.

Tout le petit monde janséniste et anti janséniste d'Anjou, que nous avons essayé de décrire, fut mis dans un grand émoi lorsque la nouvelle se répandit, dans le courant de 1671, qu'Antoine Arnauld allait arriver à Angers^. Il partit de Paris en septembre dans le carrosse de M™® An-

I. Les principales sources pour l'histoire de ce voyage sont la Relation de la retraite de M. Arnauld dans les Pays-Bas en i6jg (Mons, Migeot fils, 1733, in-12), [par Guelphe, qui accompagnait Arnauld dans ce voyage], p. 65-67; ^^ ^^^ d'Arnauld, éd. in-80, t. II, p. 3o-35, dont l'auteur, Larrière, a eu connaissance d'une « relation manuscrite de ce voyage »; J. Grandet, t. I, p. 127-131 : Grandet place par une inexplicable erreur ce voyage en 1672. Toutes les autres sources donnent bien 1671. On connaît une lettre d'Antoine Arnauld datée d'Angers le 25 octobre 1671 (Œuvres ^ t. I, p. 693).

gran^, avec cette dame, sa fille, Nicole et le fidèle Guelphe-. Le duc de Liancourt, absent du château de Durtal^, ne manqua pas de prévenir son sénéchal d'envoyer au-devant d'Antoine Arnauld avant qu'il arrivât à La Flèche^. Dans cette ville, la compagnie dîna chez le lieutenant général et Arnauld alla incognito visiter le collège des Jésuites, qui témoignèrent ensuite leur déplaisir de n'avoir pas connu la présence du docteur, auquel ils auraient certainement « donné collation chez eux^ » ! Continuant sa route, Arnauld séjourna ensuite trois jours à Durtal, où il fut traité « très magnifiquement » par le sénéchal du duc; il avança ensuite jusqu'au Verger chez le prince de Guémené, où il trouva Henry, qui avait été jusque-là*^ à sa rencontre et qui l'amena à Angers".

Antoine et M™® Angran logèrent, suivant Grandet, à la Visitation. On devine que la ville entière se pressa chez lui soit par conviction, soit par curiosité. L'affluence fut si grande qu'Arnauld disait même à Nicole « qu'il s'en-

1. Voir une bonne notice de Sainte-Beuve sur cette amie d'Antoine Arnauld {Port-Royal, t. IV, p. 586-591).

2. C'est le « petit amy » d' Arnauld que l'on trouve, à partir de cette date, cité dans tant de lettres d'Antoine. Voir, en particulier, le t. II, p. 661, des Œuvres d'Arnauld; une lettre du 2 juin 1692 d'Antoine à Racine {Œuvres de Racine, éd. des Grands Écrivains, t. VII, p. 41), etc.

3. Durtal, ch.-l. de cant., arr. de Raugé. Feydeau, sous le coup d'une lettre de cachet, pensait à se retirer à Durtal sur l'otfre du duc (ms. fr. 18622, fol. i33).

Page 1