NOZIÈRE
. . .Ses dons, qui sont ceux d'un maître : don de créer une qualité particulière d'intérêt et d'angoisse; don de créer autour du spectateur, comme la musique ou la poésie, une atmosphère différente; don de pénétrer et de révéler le fond des cœurs, de faire toucher, à travers des cas ou des êtres d'exception, la réalité et la généralité de la vie.
Léon Blum.
... Un observateur d'âme clairvoyant, rigoureux, véridique et en même temps un poète rare, un évocateur de beaux symboles, uh créateur d'atmosphères, pour tout dire un grand artiste.
Pierre Valdagme.
Et voici^ en d'autres allées du jardin innombrable, les arbres aux fleurs fétides et aux acres fruits :
La convention, le mensonge et la barbarie se nomment Henr/ Bataille.
André du Prksnoy.
La répulsion que je n'ai cessé de professer pour le génie lyrique el dramatique de M. Bataille. . .
Le voici éteint (1), ce soleil dont la lumière trouble ravit tant de sensibilités faussées par la mauvaise littérature et contribua à dévoyer l'ait dramatique.
Henry Bataille, polisson de lettres. . .
Maurice Boissard.
Aux derniers pas dans le jardin — la tête grisée par ces parfums contradictoires — que penser et que faire?... Retenir, simplement^ vers Vœuwre intégrale^ et tenter d^ériger la figure craie d^Henry Bataille., de préciser le personnel apport à la sensibilité moderne et à révolution dramatique de celui qui ne mérita :
Ni cet excès d'honneur ni cette indignité.
Hors de toute passion — ni lié par V amitié, ni aveuglé par le préjugé — nous allons feuilleter, de Vadolescente Chambre Blanche aux drames d'hier, ces pages touffues. Nous les considérerons comme appartenant déjà à Vhistoire et — sans souci d'écrire soit un panégyrique quelque peu inconsidéré, soit un réquisitoire lourd d'arrières-pensées extra-littéraires — nous chercherons, en toute sérénité critique, à reconstituer un milieu, à commenter une évolution, à synthétiser une œuvre — bref, à offrir un « document » de bonne foi. Mais en conciliant, comme il convient, cette rigueur avec Vémotion dont on ne doit se départir, sous peine de trahison, pour commenter un authentique Poète.
(1) Après le Phalène.
(2) Natorellemeot : cela oe saurait être sigDé qae X.
Les pages qui suivent étaient depuis longtemps pensées^ et ces quelques lignes d' avant-propos nettement arrêtées^ lorsque^ par un caprice du Destin^ la mort inattendue et prématurée d^ Henry Bataille leur vient conférer une douloureuse actualité.
Cest encore un hommage que de ne point consentir à abolir Vimpartiale ampleur d'une étude critique pour la ravaler à de banales et éphémères paroles prononcées sur une tombe. Ces pages conserveront donc le dessein qui leur fut antérieurement assigné. Mais, au seuil d'une telle étude, avant de retourner aux sphères sereines de Vhistoire littéraire, déposons, en funèbre hommage, les roses pourpres de notre émotion et de notre ferveur.
Mars 1922.
L'Aube ardente
De la Chambre Blanche au Beau Voyage (1895-1904)
Regarder c'est être peintre. Souffrir c'est être poète. De l'union de la plastique et de l'âme, on peut faire naître le plus bel art vivant intégral : le Théâtre.
Rien, souvent, de plus capricieux que le dessin des carrières dramatiques. Après Maurice Donnay et François de Curel — partis tous deux de l'École centrale pour venir s'asseoir sous la coupole, le premier par le chemin du Chat-Noir^ l'autre par les méditations solitaires du château de Coin-sur-Seille ou les chasses de la forêt de Vigy — Henry Bataille l'affirma, qui brusquement déserta les ateliers de l'École des Beaux- Arts pour le plateau du Théâtre de l'Œuvre et commença à l'Académie Julian l'éblouissante aventure qui l'installa à la Comédie Française.
Pour ne point faillir à la tâche stricte de l'historien de lettres, il sied de parcourir l'orbe de cette destinée dès son origine : Nîmes, où M. Léopold de Bataille était magistrat lorsque naquit son fils Henry le 4 avril 1872.
A quatre ans, Henry Bataille quittait la noble ville
lumineuse pour Paris, le père étant nommé conseiller à la Cour d'Appel. Plus tard,ce furent les études à Henri IV, à Janson, puis à Versailles, coupées de vacances qui rendaient l'enfant durant quelques mois à la terre ancestrale d'Aude, « Océan de désolation, solitude de pierre et de feu, sécheresse à goût de cendres (1) », aux âpres Corbières, et lui permettaient le pieux pèlerinage vers
. . . tout ce qui fut la famille de Bataille et de Batailler, Balmet, Mestre-Huc, Darnis, et Martin d'Auch; et qui repose dans différents cimetières compris entre les terres de Narbonne, Moux et Lagrasse, au pied de l'Aric poudreux où montent les bergers... (2),
Des aptitudes fort nettes pour la peinture le firent, dès 1890, n'ayant pas même achevé sa « philosophie », entrer à l'Académie Julian, puis aux Beaux-Arts.
Peintre — et il devait conserver une vivante tendresse pour ses pinceaux auxquels il se plut toujours à demander délassement et oubli — il se sentait attiré par le portrait plus que par le paysage. En 1901, Tètes et Pensées^ album de vingt-deux lithographies fixant les traits de notoires contemporains, devait affirmer la sensible virtuosité de l'artiste s'attachant à « peindre des visages de pensée ».
Ce ne sont en vérité, écrivait-il, que bouts de croquis, souvenirs d'une visite ou d'une conversation; mais il me plairait que ces études insignifiantes donnassent au littérateur l'envie d'apprendre le métier de la peinture...
La pensée, un littérateur seul en pourrait distinguer les méandres, les finesses, les particularités, la fluidité éparse en un individu, le pli d'habi-
(1| François-Paol Alibert.
(2) Dédicace du Beau Voyage.
tude qu*elle imprime à la chair, l'endroit où elle se mélange à l'âme, arec tout l'être caché, ses peurs, ses angoisses, la lutte secrète, plus ou moins visible, contre la mort ou contre la vérité. . ., tout l'être humain, enfin, avec c-e que sa pensée propre lui donne ou de spiritualité ou de poids, avec ia vie qui l'accompagne, la vie d'apparence et la petite vie profonde de son destin.
De cursifs commentaires, soulignant la « spiritualité » de ces études^ confirmaient, par delà le dessinateur, le subtil et pénétrant écrivain qui, depuis la quinzième année, confiait à des cahiers intimes les courts poèmes de la Chambre Blanche.
Mais à la parution de Tètes et Pensées^ le peintre déjà avait laissé le pas au poète et quatre pièces déjà avaient révélé le dramaturge.
Un été, le jeune homme, pour avoir écouté un paysan chanter dans la forêt bretonne du Huelgoat, s'était pris à crayonner fiévreusement sur ses genoux les pages de la Lépreuse. Mais « il ne se doutait certes pas à ce moment qu'il devait par la suite donner des rejetons à cette songerie passagère » et la légende dialoguée avait rejoint dans le calme oubli les poèmes adolescents.
Il avait fallu un événement nouveau et fortuit pour faire définitivement obliquer la destinée de Bataille, pourtant classé deux fois premier dans les concours préparatoires au prix de Rome. M. Denys Amiel l'a conté en lignes définitives :
« Au hasard d'une conversation avec un ami et une dame du monde, on parla de la réalisation possible d'une féerie à Londres. Le projet grandit et il fut décidé qu'Henry Bataille y apporterait une partie artistique.
« C'est ainsi qu'il écrivit en collaboration avec Robert d'Humières la Belle au Bois dormant, féerie lyrique en trois actes qui fut représentée à
l'Œuvre en 1894. Son sujet brodé, il s'occupa, avec un soin tout spécial de sa mise en scène qui fut du reste splendidement présentée (Rochegrosse ava't brossé les décors) ; il se familiarise ainsi pour la première fois avec le
côté matériel du théâtre Voici quel était le sujet de la féerie : la belle
qui se réveille au bout de mille ans est restée l'amoureuse de son rêve enchanté, elle ne reconnaît plus le prince charmant de la réalité, elle essaye vainement de vivre une féerie moderne et garde, impuissante à la chasser, l'obsession merveilleuse de son rêve. Quand le prince s'aperçoit de cette trahison mentale et millénaire impossible à dissiper, il demande aux puissances déclinantes de la vie de rendormir son amante Tout cela
rappelait un peu le Shakespeare de Rêoer et Dormir. Mais toute la jeune et jalouse littérature s'était donné rendez-vous pour écraser, sans la connaître, l'œuvre de celui qu'elle prenait pour un amateur, sans se douter qu'il devait être l'illustre continuateur de ses idées les plus chères, et la pièce effectivement s'effondra au milieu des vociférations et des projectiles en une séance demeurée mémorable; la presse lui porta le dernier coup en pronostiquant le néant littéraire le plus complet de son auteur.»
Henry Bataille, désabusé — et on le serait à moins — allait retourner à ses pinceaux, lorsque Marcel Schwob prit connaissance des vers intimes griffonnés depuis une dizaine d'années. Et Schwob, séduit, écrivit une délicieuse préface pour le « petit livre tout blanc, tout tremblant, tout balbutiant ». Parmi ces paroles murmurées et minaudées :
Oiseau bleu, couleur du temps,
Me reconnais-tu? fais-moi signe !
La nuit nous donne des airs sanglotants,
Et la lune te fait blanc comme les cygnes. . . ;
parmi ces « poèmes étendus dans des lits frais bordés où ils sommeillent à demi, rêvant de pastilles, de princesses, de nattes blondes et de tartines à miel »; parmi ces « phrases emmaillottées », il discernait et saluait les effusions d'une sensibilité nouvelle, où l'on entend « les vagissements d'une douleur qui vient à peine de naître
et la rumeur d'un peuple de tristesses encore liées dans les limbes », toute frémissante de l'éveil d'une âme d'enfant précocement tendre et de l'impondérable poésie des choses inanimées, des saisons qui glissent et des bêtes muettes :
C'est l'automne : elle s'est assise et dort de froid Sur la chaise de paille au fond de la cuisine, . . L'automne chante dans les sarments morts des vignes. . . .
C'est le moment où les cadavres introuvés, Les blancs noyés, flottant, songeurs, entre deux ondes. Saisis euy-mêmes aux premiers froids soulevés, Descendent s'abriter dans lés vases profondes
Ces années 1894-95, que signifiaient-elles en notre évolution poétique? — Sans doute Edmond Rostand, célèbre dès 1890 avec ses Musardises^ connaissait l'éclatant succès des Romanesques et semblait vouloir conférer une triple auréole de jeunesse, de grâce et de séduction au romantisme déchu. Mais si le profane s'y pouvait abuser — comme les avertis eux-mêmes l'allaient faire bientôt en saluant en Cyrano une aurore alors que ce n'était qu'une sublime fulguration parmi un crépuscule— nous savons à présent qu'il n'y avait là qu'illusion, que le romantisme et le naturalisme, qui n'est, considéré d'un certain angle, que son dérivé, portaient dès longtemps en eux le germe d'anéantissement, et que dans la chapelle symboliste se déroulaient les liturgies hermétiques magnifiées d'hymnes rares. On abandonnait précisément à Rostand, génial attardé, la tare des succès populaires et des applaudissements enthousiastes et l'on trouvait délectable de célébrer, en communautés
d'initiés, les offices de Verlaine, sacré demi-dieu par la misère présente et la mort prochaine, de Mallarmé et de Moréas.
Précisons ces généralités de quelques dates — armature peut-être fastidieuse mais nécessaire de tout commentaire critique. De 1893, le florilège mallarméen de Vers et Prose ; Moréas fait succéder Eriphyle au Pèlerin passionné; Vanier édite les Poésies complètes de Laforgue, mort depuis sept ans, où l'on retrouve Vlmitation de Notre-Dame la Lune et le Concile féerique ; et Henri de Régnier prélude aux Jeux rustiques et divins. Voici encore Mseterlinck qui, après Pelléas, ce sommet, publie deux ans plus tard, en 1894, les trois petits drames : Alladine et Palomides, Intérieur et la Mort de Tintagiles ; et encore Gustave Kahn, Verhœren et Francis Vielé-Griffîn; et Samain, pour qui dix années d'obscur effort aboutissent au Jardin de V Infante. Auprès de ces chefs, de ces vétérans ou de ces aînés, voici les premières armes d'une génération nouvelle, prédestinée à une proche libération, mais qui du moins commence par se prosterner dans la chapelle et portera, malgré ses évasions, le sceau de la sensibilité mystérieuse et mélancolique d'une époque à son tour abolie — sans laquelle pourtant l'avenir de ces jours héroïques n'aurait pu être ce qu'il fut et demeurer tel qu'il nous est légué: les Sonatines d^ Automne de Camille Mauclair (1894), les Pleureuses d'Henri Barbusse, les Eçeils de Maurice Magre (1895), et les premières plaquettes de Frnnr'i'- Jammes et de Paul Fort.
Arrêtons ce tableau chronologique, trop long déjà pour incomplet qu'il soit. Tel, il suffit à remémorer
l'atmosphère des débuts d'Henry Bataille, jeune recrue de Tune des dernières classes de la mêlée symboliste, à justifier l'allégresse de Marcel Schwob et la renommée naissante du poète : ces petits chants aux rythmes souples et enveloppants, auréolés d'un indéfinissable charme d'imprécision, qui suggèrent et évoquent beaucoup plus qu'ils ne disent et peignent, c'était un moment de la sensibilité française.
Au reste, que l'on ne s'y trompe point : la mince et précieuse plaquette était moins étrange, moins contournée que laissait entendre la présentation de Marcel Schwob qui ne dédaignait point se donner de sibyllines allures. Un enfant avait souffert d'être « déraciné », de n'avoir été, à l'âge où les impressions neuves et toujours vives façonnent une sensibilité encore vierge et s'enregistrent au livre inexorable et énigmatique du subconscient, ni réellement parisien, ni franchement provincial, mais ballotté de la ville au terroir, soumis à la « poésie de si poignants arrachements, à la beauté de ses sensations aussitôt brisées qu'à peine éprouvées (1) »; un adolescent avait souffert de douleurs cruelles, diverses, inavouées :
Que le mystère soit sur elles, à jamais. . . ;
et la Chambre Blanche, c'était la confession voilée de ces déchirements, le départ vers le voyage tragique de la vie, l'adieu — déjà — à tout un passé :
Mon enfance, adieu mon enfance. — Je vais vivre.
(l) Deoys Amiel.
Nous nous retrouverons après l'affreux voyage, Quand nous aurons fermé nos âmes et nos livres.
Et les blanches années et les belles images
Peut-être que nous n'aurons plus rien à nous dire l
Ainsi au seuil d'une œuvre exceptionnellement féconde, ces quelques poèmes érigent déjà le double caractère de Bataille : un sensible qui ne sut point dépouiller les parures étranges d'un art quelque peu artificiel, un sincère animé d'un culte passionné pour la vérité humaine mais dont l'expression côtoya le f active assez. souvent pour faire mettre en doute cette sincérité. On lui a fait grief d'une apparente incohérence : apologiste de l'instinct et des survivances primitives, il est en même temps l'artiste le plus raffiné et le plus civilisé. Il était nécessaire de préciser quelque peu les débuts de Bataille pour expliquer cette dualité et retrouver les raisons de deux tendances, d'ailleurs non incompatibles, à la fois dans ses origines sentimentales et dans sa formation littéraire : un sensible, presque maladif, jeté trop tôt, et sans l'antidote d'un intransigeant humanisme, dans une mêlée luxuriante, et peut être malsaine, qui fit de lui a le dernier des esthètes ».
L'accueil réservé à la Chambre Blanche décida. Henry Bataille, brouillé avec le théâtre par la Belle au Bois dormant, à laisser représenter la Lépreuse le 4 mai 1896. Ce n'était d'ailleurs qu'une représentation « à côté » au bénéfice de la comédienne Louise France qui incarna la vieille Tili.
La fable venait du gwerz de Huelgoat : Aliette, lépreuse, fille de la lépreuse Tili, aime Ervoanik et est aimée de lui; elle avoue cet amour à la vieille; alors la féroce Tili, qui hait les hommes en marge desquels elle vit, révèle à Aliette qu'Ervoanik fut Famant de Fantik; et par vengeance Aliette fait boire Ervoanik à son verre; à son tour il sera processionnellement conduit à la léproserie.
Tentative de transport au théâtre d'un tragique primordial. « Tout, écrivit Bataille, est venu de l'âme primordiale; tout ce que nous sommes, tous nos petits gestes innombrables sont la répercussion du geste rare et beau de l'âme primitive. »
Or, il arriva que cette humble légende, drapée d'une écriture si naïve et si artiste à la fois, trouva écho dans les sensibilités contemporaines. Un poète venait de naître à la scène : assez envoûté encore par l'ésotérisme de chapelle pour obtenir l'enthousiaste absolution de ceux aux yeux de qui le théâtre semblait hors de la littérature, et, en même temps, ayant piqué assez de détails précis dans ce tableau de rêve, y ayant inclus assez d'émouvante vérité, pour se concilier d'éminentes sympathies. Et Jules Lemaitre entonna le los du Poète nouveau qui venait de trouver sa voie définitive :
t Tout cela qui n'est ni tout à fait pensée, ni tout à fait songe, traduit dans une forme qui n'est ni tout à fait prose, ni tout à fait vers, ni tout à fait discours, ni tout à fait chanson. . . voilà ,si je puis dire, les mousselines de vague tristesse et de vague douceur dont je me suis laissé bénévolement envelopper et comme ensevelir par le conte lointain de M. Henry Bataille.
« Ce temps-ci est admirable. Voilà que du premier coup, M. Henry Bataille, qui est, je crois, un très jeune homme, vient de faire un poème plus naïf que les naïves ballades anonymes, avec des personnages à passions
intactes, à sautes d'idées ingénument lyriques... et dont toutes les pensées naissent directement de leurs sensations; avec des trouvailles de mots candides et saisissantes, des images courtes et quelquefois bizarres, bref, tout ce que comporte la poésie primitive, populaire et spontanée. Et voilà qu'il balbutie des choses douces et tragiques, simples et éternelles, comme s'il était un inconnu chanteur de la Bretagne la plus légendaire et du plus reculé moyen âge. C'est prodigieux (1) ! »
Ton Sang, tragédie contemporaine, suivit de près la tragédie légendaire, avec laquelle elle offre un parallélisme d'inspiration souligné par Bataille lors de la publication des deux pièces :
« On retrouvera dans Ton sang les mêmes forces naturelles en présence, modifiées selon le long travail des âges; et prises uniquement à ce point de vue de confrontation entre elles, ces deux pièces parlent aussi des sens différents de la vie dans le Temps, du vieux mystère éternel de la Vie et de la Mort, de l'Amour et de la Haine. »
A relire aujourd'hui Ton Sang, et à le comparer avec les pièces de la dernière manière de Bataille, on éprouve un petit frisson d'étonnement émerveillé devant cette écriture si « artiste », quintessenciée, originale et hardie, qui évidemment n'aurait pu s'imposer au grand public, mais qui, en sa splendeur un peu déhquescente et périmée, conserve un indéniable charme non dépourvu de mystère. C'est un drame où les passions primitives se jouent parmi le cadre de frémissantes modernités : une usine haletante dont la symphonie mécanique obsède un pauvre être débile tourné vers le rêve et haï par son frère pour qui seule compte l'action, un port dont l'atmosphère d'eau polluée de fumées lourdes s'harmonise avec les désirs incertains d'une aouce aveugle
(1) Impressions de Tkéâire, tome 10.