CHAPITRE DOUZIÈME. — MORT
ces connues ou dévinées, d’une tristesse indicible. A cet âge, si loin du pays et des siens, sur un lit d'hôpital, sans qu un seul membre de sa famille religieuse fût présent pour lui fermer les yeux! Et à tous le souvenir revenait de saint François-Xavier, expirant seul et délaissé sur le rivage de Sancian...
Aussi bien, n'était-ce pas un émule de Xavier qui venait d'être repris à la chère mission d'Afrique? Que d’espérances fauchées par cette mort! Quel dons précieux ensevelis à tout jamais! Quand le ciel nous rendrait-il un apôtre doué comme celui-là pour attirer les pauvres noirs du Kwango, par le charme vainqueur de la divine charité? Non! avant d’avoir entendu ces plaintes et connu d’où elles venaient, nous n'imaginions pas qu un jeune homme frappé dès le début de sa carrière, au milieu d’une armée en marche, pût laisser un tel vide dans les rangs qu'il n’a suivis qu'un jour.
Longue et triste serait l’énumération de ces marques de regret. Mais à quoi bon reproduire ici des paroles dont le prix est, à nos yeux, dans les noms qui les ont sisnées? Si l’un de ces éloges pouvait les résumer tous, ce seraient, malgré la discrétion de la forme, quelques lignes écrites par le supérieur de la mission. N'est-ce pas de là que devait venir le mot qui donne le secret de cette vie et la mesure de ce deuil? «. Le Frère Beck était un missionnaire comme il nous en faut: un homme de sacrifice... Daigne le Seigneur nous en envoyer un grand nombre, de la trempe du regretté Frère Beck. »
Des souvenirs et des regrets de tous, cette simple histoire s’est trouvée faite. A peine nous en a-t-il coûté le soin de réunir ces témoignages, tant la pensée en est concordante. Et vraiment, qui avait pu approcher cette grande âme sans éprouver le rayonnement de sa généreuse et attachante vertu? Jamais nature d'élite ne se révéla plus tôt, ne fut mieux elle-même et ne le resta plus constamment, avec un éclat plus soutenu. plus transparent et plus limpide. Les proches d’Henry et les maîtres qui l’ont élevé, parlent comme les témoins de ses derniers jours ; les souvenirs de ses camarades de collège complètent ceux de ses frères en religion. Aux observateurs les plus différents, il inspire la même nuance d’étonnement, d'affection et de respect: plus vibrante, plus enthousiaste chez les compagnons d'âge, l’admiration n’est pas moins émue et rend le même son chez les hommes arrivés à la pleine maturité du jugement et de l'expérience. S'il est une variété à ces louanges unanimes, elle est toute dans les faits qui les appuient. Parfois les faits manquent ou sont insignifiants, et l'éloge reste précis et caractéristique. Quel témoignage prouverait mieux que la perfection d'Henry avait cet éclat inimitable et profond, qui vient du dedans et n’emprunte rien aux situations où ii brille?
Puissent ces quelques pages conserver un reîlet de cette pure lumière. Leur auteur les a écrites dans cet espoir, et par reconnaissance pour les exemples qu'il a reçus de son frère très aimé. Que de fois, au
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