CHAPITRE III
Où , du temps de Thomas , troisième vicomte , je le précédois comme
page d'Isabelle.
Elu temps de Thomas, troisième vicomte de Castlewood, dans un petit cottage du village d'Ealing, près de Londres, habitoit un vieux réfugié françois , du nom de Pastoureau , un de ces huguenots que la persécution du roi de France avoit fait passer dans ce pays. Avec ce vieillard vivoit un petit garçon appelé Henry Thomas. Il se souvenoit d'avoir demeuré dans un autre endroit, peu de temps auparavant, près de Londres aussi, au milieu de métiers à tisser et de rouets à filer, et de gens qui chantoient des psaumes et qui alloient à l'église , et de toute une colonie de François.
D avoit là une chère^ chère amie, qui mourut, et qu'il appeloit sa tante. Elle lui rendoit de temps en temps visite dans ses rêves, et sa figure, quoique assez commune, lui étoit mille fois plus chère que celle de Mme Pastoureau, la nouvelle femme de ion papa Pastoureau , oui vint vivre avec lui quand sa tante fnt partie. Et là, à SpitUenelds , comme on appeloit cet endroit, vivoit l'oncle George, qui étoit tisserand aussi, mais qui avoit coutume de dire à Harry qu'il étoit un petit gentilhomme, et que son père étoit capitaine, et sa mère un ange.
Quand il parloit ainsi, bon papa avoit coutume de lever les yeux de dessus le métier où il brodoit de belles fleurs de soie, et de dire : « Un ange. . . 1 Elle appartient à la femme rouge de Babylone » Bon papa parloit toujours de la femme rouge. Il avoit une petite chambre où il étoit toujours à prêcher et à chanter des hymnes par son grand vieux nez. Le petit Harry n'aimoit pas le prêche ; il préféroit les jolies histoires que lui contoit sa tante. La femme de bon papa ne lui contoifc jamais de jolies histoires : elle se querella avec l'oncle George , et il s'en alla.
Après cela, le bon papa de Harry et sa femme et deux enfants à elle qu'elle avoit amenés , vinrent demeurer à Ealing. La nouvelle femme donnoit à ses enfants tout ce qu'il y avoit de meilleur, et à Harry souvent le fouet , sans qu'il sût pourquoi. Indépendamment des coups, il recevoit délie des injures qu'il vaut
sont pardonnées depuis longtemps ; mais elles jetèrent sur la jeunesse de cet enfant une teinte de mélancolie qui certainement