‹ Henry VIII et l'opéra françaisChapitre 3 sur 4 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Je n'ai pas entrepris d'écrire ces pages avec l'intention préméditée de découvrir dans Henry VIII de Saint-Saëns ce que personne n'y a vu, ni de démontrer une vérité qui peut apparaître sans qu'il soit besoin de noircir des montagnes de papier, savoir : que l'œuvre est une des plus remarquables qu'ait produit l'école française. Je me suis attaché seulement à définir les qualités spéciales qui distinguent, entre toutes les autres, la pnrtition d'un dos compositeurs les plus

estimés do la jeune écolo, ci j'ai cru qu'il était bon de dire nettement où se place la démarcation entre l'opéra traditionnel et le drame lyrique moderne. L'essentiel est d'avoir pu constater que Saint-Saëns avait cherché à introduire des procédés nouveaux dans l'ancien style de l'opéra, sans rompre avec la coupe conventionnelle, il est vrai, mais en se débarrassant des entraves toutes les fois qu'elles gênaient son inspiration ou qu'elles compromettaient le mouvement dramatique et la vérité de l'expression.

Si discrète que soit l'innovation, elle existe, et cela me suffit pour voir ici un pas en avant et applaudir au succès éclatant de cette première tentative, de quelque part que soient venus les applaudissements. Les grandes batailles artistiques sont rares et j'ignore si nos compositeurs auraient l'audace d'en affronter telles que celles qui se sont engagées autour de Gluck, de Berlioz et do Wagner. J'ai pensé que Saint-Saëns avait été des audacieux, et je me suis hcàté de lui crier : « Courage et confiance ! » Si je me suis trompé, s'il n'était pas de ceux-là, si ce n'est pas lui qui apportera l'œuvre d'art attendue, consolons-nous : elle viendra et les temps sont proches.

20 mars 1^83.

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