ACTE II, SCENE VIL
EUGÈNE
Moi , je veux consacrer la mienne à cultiver les arts. Ce matin je disais que la gloire tient lieu de tout aux artistes...; cependant, il est d'autres sentimens auxquels un jeune homme se trouve entraîné... : eh bien , j'aurai la force de les repousser.
PAULINE
Je vous approuve beaucoup , monsieur Eugène ; vous m'inspirez encore plus d'estime. Mes jeunes compagnes me félicitent d'épouser un homme riche ; elles disent que monsieur Daubonne est un peu vieux pour moi î c'est possible , mais je ne veux considérer que sa bonté..., que ses vertus...
EUGÈNE
Ses bienfaits seront toujours présens à ma mémoire.
PAULINE
Et j'éprouverai une sorte de bonheur qui ne sera pas seulement de la résignation.
EUGÈNE
Et moi , si j'étais assez favorisé du ciel pour rencontrer une femme qui vous ressemblât...; mais qu'ai-je dit , Mademoiselle ? je vous parle de moi , de mes projets.. . ; ah! vous et moi. . . nous ne devons penser qu'à mon tuteur..., qu'à notre généreux ami.
PAULINE
Vous avez raison , monsieur Eugène , ayons du courage... , et ne prolongeons pas cet entretien : il m'a fait plaisir pourtant, puisqu'il m'a prouvé la délicatesse de vos sentimens, et tout l'empire que vous avez sur vous-même. Elle sort.
EUGENE , seul.
Il faut que je me désespère de ce qui devrait m'enchanter!... être aimé de Pauline... , la chérir, l'ado-
/fi HERITAGE ET MARIAGE,
rer... , voilà le plus grand malheur qui pût m'arriver. ( Tandis qu'il s' achemine vers le jardin, Dubourg sort avec précaution. )