‹ Hermann et DorothéeChapitre 111 sur 138 · FAU«T · texte numérisé non relu

FAU«T

longtemps que tu n'es allé à la messe, à confesse. Crois-tu en Dieu?

Ma bien-aimés, qui oserait affirmer qu'il y a un Dieu? Interroge les prêtres et les sages. Leur réponse semblera une raillerie de la demande que tu leur auras faite.

MARGUERITE

Ainsi, tu n'y crois pas?

N'interprète pas mal mes paroles, aimable enfant. Qui osera dire : je crois, si la foi est dans les paroles ? qui osera dire ; je ne crois pas, s'il écoute la voix de son cœur? Celui qui contient et soutient tout, contient et soutient toi, moi et lui-même. Il com"be la voûte des cieux ; il affermit la terre sous nos pas : il ordonne aux étoiles de suivre paisiblement leur cours. Quand mes yeux se fixent sur les tiens, ta beauté enflamme mes sens, ton cœur attire le mien. Un mystère éternel, visible ou invisible, se répand autour de toi. Adorons cet éternel mystère, et quand un sentiment de tendresse et de bonheur aura rempli ton âme, prononce des mots au ha. sard, je n en ai point à te prescrire. Qu'im* porte que tu dises : Bonheur! cœur! amoiirS Dieu ! le sentiment est tout, le mot est vain, et ces mots ne sont que bruit et fumée, qui nous cachent l'éclatante clarté des cieux !

HARGUERITE.

Cela me paraît bon et beau : c'est à peu près ce que nous dit le prêtre, à quelques termes préSt

PADST 131

Dans tous les lieux éclairés par le soleil, ces sentiments animent tous les cœurs ; chacun les exprime en son langage ; pourquoi D'aurais-je pas le mien ?

MARGDERITE.

On croirait d'abord qu'on peut le trouyer assez raisonnable ; cependant il reste encore quelque cliose de louciie : au fond, tu n'es pas chrétien.

FAUST

Chère enfant !

MARGUERITE

Ce qui me fait aussi de la peine, c'est de te voir toujours dans une compagnie...

FACST.

Comment donc?

MARGUERITE, vîvement.

Cet homme qui est toujours avec toi... je le hais du plus profond de mon cœur; jamais, dans toute ma vie. rien ne m'a plus blessé que l'odieux visage de cet homme.

FAUST

Chère ange, ne le crains pas.

Sa présence me remue le sang: je suis bienveillante pour tout le monde; mais je n'éprouve pas, je crois, moins d'horreur à voir cet homme que de plaisir à te regarder. Je le tiens pour un misérable coquin: Dieu me pardonne si je lui fais injure!

139 FAUST

FAUST

Il faut qu'il y ait des êtres de cette eapêce-Hu

MARGUERITE

Je ne voudrais pas vivre avec son pareil ! Quand il entre dans la maison, c'est toujours avec un sourire mauvais^ un air Mche ; on foit qu'il ne prend Intérêt à rien : il porte écrit sur son iront qu'il n'aimera jamais personne. Tu sais comme je suis heureuse aans t«3 bras, quelle douce chaleur m'anime î Eh bien, sa présence me glace.

FAUST, à part.

Pressentiments de l'innocence !

HARGUERITE.

Voilà l'effet que cet homme produit sur moi ! Quand U s'approche de nous, il me semble que je ne t'aime plus; je ne pourrais prier en sa présence, et cela me rone-e le cœur. N'éprouves-tu pas la même chose-, Henri?

FAUST

Ce sont les effets de l'antipathie.

JJARGUERITE.

D est temps de nous séparer.

Quoi ! ne pourrai-je jamais reposer doucement une heure sur ton sein, appuyer ton cœur sur mon cœur, et mêler mon ane à 1a tienne?

MARGUERin:.

Ah ! si je couchais seule à la maison.... jff pourrais bien cette nuit ne pas fermer la

porte au verrou ; mais ma mère a le sommeil léçer ; et .si elle nous surprenait, j'en mourrais sur la place.

FAUST

Sois sans inquiétude, mon angfe; prends ceflacon, verse trois gouttes dans le verre ds ta mère : ces trois gouttes la plongeront aisément dans un profond sommeil.

MARGUERITE

Que ne ferais-je pas pour te plaire ? Mais tu es bien siii^ que cela ne peut être nuisible à ma mère ?

FAUST

Te le conseillerais-je sans cela, ma bien^ aimée î

■ARGUERITE.

Quand je te vois, cher amije ne puis résister à ta volonté ; j'ai déjà tant fait pour toi, |ue je n'ai presque plus rien à faire.

(Elle sort.)

MÉPHisTOPH^LÈs. (/l entre.) L'innocente brebis est-elle partie t

FADSV.

Ta nous espionnais encore ?

MÉPHISTOPUéLÈS.

Oh! j'ai entendu de reste. Monsieur le docteur a été catéchisé : j'espère que cela lui réussira ; les femmes sont intéressées à ce que les hommes soient dévots et se traînent dans les vieilles ornières. S'il est habitué au joug, pensent-elles, nous saurons bien leur faire porter le nôtre.

140 FACST

Le monstre ne peut comprendre cette âme tendre et fidèle; attacliee à une religion hors de laquelle elle n'espère pas de salut, elle se tourmente pieusement de la pensée que l'homme qu'elle aime puisse être réprouvé pour l'éternité.

MÉPHISTOPHÉLÈS

Voyez cet amoureux libertin et romanesque ! Une jeune fille le mène par le bout du ûez.

FACST.

Vil composé de boue et de flamme !

Au reste, elle se connaît fort bien en physionomies. En ma présence, elle est troublée sans savoir pourquoi ; elle soupçonne quelque chose de mystérieux en ma personne.

Elle sent bien que je suis un génie; peutêtre même ose-t-elle croire que je suis le diable... Et cette nuit...

FAUST

Eh bien, que veux tu dire?

MÉPHISTOPHÉLÈS

Cette nuit, j'aurai ma revanche.

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