‹ Hermann et DorothéeChapitre 115 sur 138 · LE PEUPLE · texte numérisé non relu

LE PEUPLE

Eu voilà déjà un de mort !

MARTHE, sortant de sa maison.

Les meurtriers se sont-ils enfuis?

HARGCERiTE, soTtatit de sa maison.

Qui est tombé là, baigné dans son sang T

LE PECPLE.

Le flls de ta mère.

MARGUERITE

Dieu tout-puissant, quel malheur !

Je meurs, cela est bientôt dit, et cela est bientôt fait. Femmes, qu'avez-vous à jpleurer et à hurler ainsi ? Approchez- voua et ecoutezmoi. {On se presse autoyr de lui.) Vôîs-tu bien, ma petite Marguerite, tu es encore jeune, tu n'as cas grande expérience pour te conduire, profite de mes bons avis • et puisque tu veux être \me catin, tâche de bien savoir ton métier.

MARGUERITE

Mon frère, pourquoi me parles-tu ainsi ? 0 mon Dieu !

Ne plaisante pas avec le nom de Dieu dans cette affaire ; ce qui est fait est fait, et ce qui doit être sera. Tu as commencé par te livrer en cachette à un homme, bientôt tu en auras plus d'un, puis une douzaine, puis enfin la ville entière. Quand la Honte vint au monde, on espéra cacher sa naissance, on la portait pendant la nuit, on l'enveloppait d'un TOile, on aurait voulu l'étouffer ; mais bientôt

ÏACST 149

elle prit des forces, elle se montrait nue au soleil : elle n'en était pas plus belle ; mais piUS ses traits étaient hideux, plus elle cherchait la lumière. Je vois déjà le temps où tous les îiounètes gens de la ville se détourneront de toi, vile prostituée, comme d'un cadavre infect ; le cœur te manquera quand ils te regarderont seulement entre les deuxyeux. Tu ne te placeras plus au haut de l'église ; tu ne porteras plus la chaîne d'or, tu ne te pavaneras plus a la danse parée de fines dentelles; tu te cacheras dans de sales hôpitaux, parmi les mendiants et les infirmes, et quand Dieu pourrait te pardonner, tu n'en serais pas moins maudite sur la terre !

Occupez-vous du salut de votre âme^ au lieu de vous charger de nouveaux pèches !

Et toi, infâme entremetteuse, si je pouvais seulement tomber sur ta carcasse, je croirais m'assurer amplement le pardon de tous mes péchés.

MA»iGCER!TE.

Mon frère! 0 supplice d enferl

Pourquoi pleures-tu à présent? C'est qu^nd tu as perdu ton honneur que tu m'as donné le coup mortel; je m'endors du dernier sommeil, et vais paraître devant Dieu comme un soldat et conmie un orave.

(Il meurt.)

150 FADST

Page 1