LETTRE LXXVII
Le M décembr»*
, « n faut que je parte ; je te remercie, Guillaume, ton amitié t'a fort à propos fait trouver le mot. Oui, tu as raison.il vaut mieux que je parte. La proposition que tu me fais de retourner vers vous n'est pas tout à fait de mon goût; du moins, ferais-je volontiers un détour, surtout à cause de la gelée continuelle, et du beau chemin que nous pouvons espérer. Je suis charmé que tu veuilles bien venir me chercher ; accorde-moi encore quinze jours, et attends une seconde lettre. Il ne faut pas cueillir le fruit avant qu'il soit mûr, et quinze jours de plus ou de moins font beaucoup. Quant à ma mère, dis-lui qu'elle prie pour son fils, et que je lui demande pardon de tous les chagrins que je lui ai causés. C'était ma destinée de faire le tourment des personnes dont je devais faire la joie. Adieu, mou cher ami. Que le ciel répande sur toi toutes ses bénédictions! Adieu! »
Ce même jour, qui était le dimanche avant Noël, Werther alla voir Lolotte sur le soir. -ît
il la trouva seule. Elle était occupée à mettre en ordre quelques jouets qu'elle destinait à ses frères et sœurs pour présent de Noël. Il parla du plaisir qu'auraient lesenfants,et des temps oii l'ouverture inattendue de la porte (1) et l'apparition subite de l'arbre, orné de cierges, de sucreries et de pommes, causaient des transports joyeux. « Vous aurez aussi votre présent, lui dit Lolotte en cachant son embarras sous un aimable sourire; vous aurez, si vous êtes sage, une bougie roulée et encore quelque chose. — Qu'entendez- vous par être sage? s'écria-t-il, comment dois-je l'être, comment puis-je l'être, ma chère Lolotte? — C'est, dit-elle, jeudi soir la veille de Noël ; les enfants viendront, ainsi que mon père, et chacun aura un cadeau. Vous viendrez aussi
mais pas plus tôt. • Werther fut vivement frappé, « .Te vous en prie, cont-inua-t-elle, il le faut; je vous en prie au nom de mon repos... cela 'ne peut pas durer ainsi!» Il détourna les yeux, parcourant la chambre à grands pas en murmurant entre ses dents : « Cela ne peut po,s durer ainsi 1 • Lolotte, voyant l'état affreux où ces mots l'avaient plongé, tâcha, mais en vain, par mille questions différentes, de faire diversion à ses idées. « Non, Lolotte, s'écria-t-il, ie ne vous reverrai plus! — Pourquoi cela, Werther? Vous pouvez nous
(1) C'est Tusafre en Allemagne d'enfermer, la veille de Noël un aihre charfré de petits cierges, de bonhon'i' eti- dans une fausse armoire, quon ouvre a Vin' /ànt où l'on s'y attend le moins, pour donner aux fnfanis le plaisir de la surprise. (Note du traduC' Uur.}
revoir, vous le devez même ; modérez-vous seulement. Oh! pourquoi faut-il' que vous so?ez ne avec cette passion excessive et indomï table qm vous attache invinciblement à tout ce dont vous êtes une fois frappé! De ffràce contmua-t-elle en lui prenant la main, Ldel rez-vous. Quellt variété de plaisirs ne vous
talents? boyez homme, défaites-vous de celunebte attachemsat pour une pauvre femme qai ne peut que vous plaindre. . Il grinça des dents en la regardant d'un air sombre, ifue retenait ba mam. . Un moment de san--froid lui dit-elle, Werther! Ne sentez-vous pis que vous vous trompez, que vous vous perdez volontairement? Pourquoi m'aimer, moi? Werther»
moi ! qui appartiens à un autre! C'est justement cela! Je crains, je crains que ce ne soit cette mipossibihte de me posséder, qui donne tant d'attrait à vos désirs. . Il retira sa S de celle de Lolotte, en la regardant d'im aS morne. . Sage! dit-il, très sage! Albert aurait-il par hasard fait cette remarque ^ Elle est profonde, très profonde !- Chacun peut la faire, repondit-elle. Eh quoi ! n'y aurait-il pas au monde une fem^me libre et di^ne de remplir les désirs de votre cœur? Prene' cela sur vous, cherchez-la, et je vous jure" que vous la trouverez. Depuis longtemps un voyage peut et doit vous distraire. Jeredoare pour vous et pour nous, le cercle étroit danJ lequel vous vous êtes renfermé. Faites un efîort sur vous-même : cherchez, trouvez un objet digne de toute votre tendresse- puis revenez ici , goûter avec nous les déljcf<s
d'uiie amitié parfaite. - On P0^™\^^ imprimer cela, dit-il avec un sourire amer^ Dour Viustruction des pédagogues. Chère Lolotte, laissez-moi encore un peu de trauquillité, et tout ira bien.- Accordez-moi sea- Snent une chose, Werther I c'est de ne poiut ve^ avant la veille de Noël. • U aUait repoudre loi-sque Albert entra. Ils se souhaitèrent le bonsoir avec un froid de glace, et se muent à marcher l'un à côté de l'autre d'un air eiu- >-arras«é Werther commença un discours qui ne signifiait rien et qu'il termina bientôt. Albert de son côté, demanda compte a sa femme des quelques commissions dont il l'avait chargée; et ne les trouvant pas encore faites, il lui lâcha quelques mots assez piquants, qui atteignirent Werther au cœur. I voulait se retirer, Q n'en eut pas la force; U hésita ainsi jusqu'à huit heures, et pendant tout ce teiups-là leur tristesse et la imiuvaise humeur ou ils étaient l'un contre 1 autre, s aigrirent de plus en plus; enfin, on dressa la table, alors Werther prit sa canne et son chapeau, et Albert, en le reconduisant, lui cemanda d'un ton assez sec s'il ne voulait pas rester à souper. ,^ , , .. j„„
Il retourna chez lui, pnt b lumière des mains de son domestique, monta seul dans Ha chambre. On l'entendit pleurer, geimr, se varier à lui-même avec emportement, pms marcher quelque temps à grandis pas. Il se jeta tout habillé sur son lit, ou le trouva son domestique, qui prit sur lui d'entrer sur les onze heures, pour lui demander s il ne voulait pas qu'il l'ii tirât ses bottes. U se laïasa laire
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et lui défendit d'eatrer dans la chambre avant qu'il ne l'appelât.
Le iundi matin 21 décembre, il écrivit la lettre suivante, qu'on trouva après sa mort, toute cachetée, sur son bureau ei qu'on remit à Lolotte, selon l'ordre où les circonstances semblent indiquer qu'elle a été écrite.
Je vais l'insérer ici par fragments :
• C'est une chose résolue, Lolotte, je veux mourir, je te l'écris de sang-froid, sans être transporté d'une fureur romanesque, le matin du jour où je te verrai pour la dernière fois. A l'instant où tu liras ceci, ô la plus chérie des femmes, une froide tombe couvrira les restes inanimés du malheureux qui ne connaît point pour ses derniers moments de plus grande volupté que de s'entretenir avec toi. Quelle nuit affreuse I Mais non... quelle nuit bienfaisante j'ai passée ! C'est cette nuit qui m'a affermi dans ma résolution : je veux mourir. Lorsque je m'arrachai hier d'auprès de toi, comme mon cœur était serré ! comme je me sentis saisi d'un froid mortel dans l'idée des tristes moments que je passe auprès de toi sans espérance! J'eus à peine assez de force pour arriver jusqu'à ma chambre , hors de moi, je me jetai à genoux; grand Dieu, tu m'accordas pour dernière consolation les larmes les plus amères; mille idées, mille projets furieux s'entri.:-hoquèrentdans mon âme troublée et aboutirent enfin à cette seule et dernière pensée : je veux mourir. Je me couchai ; et ce matin, dans tout le calme du réveil, je trouvai encore dans mon cœur cette résolu-
tion fterme et inébranlable : je veux mourir !... Ce n'est point désespoir, c'est parce que j'ai la certitude que j'ai épuisé la, coupe de mes malheurs, que leur terme est arrivé, etque j9 me sacrifie pour toi. Oui, Lolotte, pourquoi te le cacherais-je? Il faut que l'un de nous trois périsse, et ce sera moi. 0 ma chère amie, dans ce cœur envahi par la fureur, s'est g-lissée l'affreuse idée de tuer ton époux !... toi!... moi!... H faut donc que je parte... Lorsque, sur le soir d'un beau jour d'été, tu frraviras la montap-ne, pense à moi alors et souviens-toi combien dé fois je parcourus cette vallée ; lève les yeux vers le cimetière qui renferme ma tombe, et vois, aux derniers rayons du soleil, comme le vent du soir fait ondoyer l'herbe haute qui la couvre.... J'étais calme en commençant ma lettre, et maintenant ces imag-es m'affectent avec tant de force, que je pleure comme un eufajj^i^if ^
Vers les dix heures, Werther appela son domestique et lui dit, en s'habillant, qu'il allait faire un voyage de quelques jours, qu'il n'avait qu'à nefoyer ses habits et préparer ses paquets. Il lui ordonna aussi de rassembler ses comptes, d'aller chercher quelques livres qu'il avait prêtés et de payer deux mois d'avance à quelques pauvres à qui il avait cou-
tume de faire l'anmône toutes les semaine». Il se fit apporter à raa):ger dans sa chambre*, et, après qu'il eut dîné, i) monta à cheval pour aller voir le bailli, qu'il ne trouva pas chez lui. Il se promena dans le jardin d'un air pensif; il semblait qu'il voulût rassembler en foule tous les souvenirs capables d'augmenter sa tristesse.
Les enfants ne le laissèrent pas longtemps en repos. Ils coururent à lui en sautant et lui dirent que quand demain, et un autre demain, et puis encore un jour seraient passés, ils __ recevraient de Lolotte leur présent de Koël, et là-dessus ils lui racontèrent toute.'? les merveilles que leur promettait leur >eun3 imagination. « Demain , s'écria-t-il, et encoro demain, et puis encore un jour! » Il les embrassa tous tendrement et allait les quitter, lorsque le plus jeune voulut lui dire encore quelque chose à l'oreille. Il lui dit en con.ldeuce nue ses grands frères avaient écrit de teaux compliments de nouvel an, bien grands, bien grands ; qu'il y en avait un pour le papa, un pour Albert et Lolotte, et un aussi pour M. Werther; qu'ils voulaient les présenter de ton matin le premJti jouj de l'an.
Ce dernier coup le tw^rassa. Il leur donna à tous quelque chose, monta à cheval, les chargea de faire ses compliments à leur père, et partit les larmes aux yeux.
Vers les cinq heures, il rentra chez lui, recommanda à sou dome.-tique d'avoir soin 6n feu, de l'entretenir jusqu'à la nuit, de mettre au tond du colîVe ses hvrcs et son linge, et de serrer ses habits. Alors il écrivit, selon
toute apparence, le fragment suivant de sa dernière lettre à Lolotte :
« Tu ne m'attends pas ; tu ciois que je t'obéirai et que je ne te reverrai que la veille de Noël. 0 LÔlottti, aujourd'hui ou jamais! La veille de Noël, tu tiendras ce papier dans ta main, tu trembleras et tu le mouilleras de tes larmes, je le veux, il le faut! Oiil que je suis content d'avoir pris mon parti I •
A six heures et demie, il se rendit chez Albert, et trouva Lolotte seule, qui fut très émue en le voyant paraître. Tout en causant avec son mari, elle lui avait dit que Werther ne viendrait point avant la veille de Noël. Làdessus, il avait sur-le-champ fait seller \3on cheval, avait pris congé d'elle en lui disant' qu'il allait chez un intendant du voisinage avec lequel il avait une affaire à terminer, et il était parti malgré le mauvais temps. Lolotte savait qu'il avait diliéré depuis longtemps cette affaire, parce qu'elle devait le retenir une nnit absent; elle ne comprit que trop bien le motit de ce délai, et son cœur se serra. Elle réfléchissait dans sa solitude; &a pensée plongeait dans le passé ; elle se rendait justice sur ses sentiments, sa conduite et sa tendresse pour son époux, qui, au lieu du bonheur qu'il lui avait prorais, commençait à faire le malheur de sa vie. Elle pensait ensuite à Werther; eue le blâmait sans pouvoir le haïr. Uu
penchant secret r ivait attacbée à lui depuis I« commencement de leur connaissance et S« un s, ong temps, après avoir passé par tan? de situations différentes, l'iraDres-^iSn I -î
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qïlne'ente'nSl'w "^ ''' ^^° émotif -loïï dire quelle n'y était pas, et S'é4it nS
votre parole!, s'écria-t^^urdabo^d Sa?é^ ponse fut qu'il n'avait rien promL .Pour' notre repos coirmun, vous auriez^û m'acœr der ce que je vous avais demandé.. En lui disant cela, elle avait résolu en elle-même de faire prier quelques-mies de ses aiiSSde la vemrvoir, pour qu'elles fussent témofns de son entretien avec Werther, dans Se a ue celui-ci, obligé de les recondmre! abréLrïi? sa visite. Il lui rapportait quelque iS eïe
p"nif,.'^r'"'^' î'""'"^^' e^Je tâchait d1 sou tenir la conversation sur un ton Général iut qu'à l'arrivée de ses amies , lorsque la servante revmt et lui dit qu'eUes s'excusaient toS tZl' ï'^î '^ '" ^"'^"« a^ait "ne visite im! portante de parents, et l'autre sur ce qu'eUe ne se souciait pas de s'habiller et de sortir
Ce contre-temps rendit Lolotte rêveuse pendant quelques minutes, mais bientôt le sentiment de son innocence lui inspira une noble confiance Elle brava les soupçons d'Albert, et
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forte de la pureté de sa conscience, elle n'appela point la servante, comme elle l'avait d'abord projeté ; mais, après avoir joué quelques menuets sur son clavecin pour se remettre de son trouble, elle vint tranquillement se placer sur le sopha auprès de Werther. « N'avez-vous rien à lire? lui dit- elle. — Rien. — J'ai là dans un tiroir votre traddction de quelques chants d'Ossian ; je ne l'ai point encore lue, parce que j'attendais toujours d'en entendre la lecture de votre bouche ; mais depuis quelque temps vous n'êtes bon à rien. » Il sourit, alla chercher le manuscrit et frissonna en y portant la main. Ses yeux se remplirent de larmes lorsqu'il ouvrit le cahier ; il se rassit et commença à lire. Après avoir lu quelques fragments, î\''erther parvint à l'endroit touchant où Armin déplore la perte de sa fille bien-aimée :
• Seul, sur la roche que mouillaient les vagues, j'entendis les plaintes de ma fille ; ses gémissements étaient perçants, et son père ne pouvait la délivrer. Toute la nuit je restai sur le rivage; je la voyais, aux faibles raj'ons de la lune; toute la nuit j'entendis ses cris douloureux. Le vent sifflait, la pluie battait avec violence la montagne ; avant que la lumière parût, sa voix s'affaiblit, et elle expira, ainsi :\n'expire le vent du son parmi les plantes de» rochers. Courbée sous U douleur, ma fille mourut, et laissa Armin seul. J'ai perdu ma force dans les combats. J'ai perdu l'orgueil d'avoir la plus belle des filles.
» Quand les tempêtes tonnent sur les mon-
tagnes, quand l'aquilon sjulôvo les ofjts, assis sur le rivage retentissant, je contemple le rochei fatal. Souvent, au déclin de la lune, j'entrevois les ombres de mes enfants qui s'embrassent et me regardent tristement. »
Un torrent de larmes qui coula des yeux de Lolotte et qui soulagea son cœur oppressé, interrompit la lecture de Werther ; il jeta son papier, prit la main de Lolotte et l'inonda de ses pleurs. Lolotte s'appuyait sur l'autre bras et se couvrait les yeux de son mouchoir ; leur agitation à l'un et à l'autre était effrayante. Ils sentaient leur propre misère dans la deS' tinée de ces héros. Us la sentaient ensemble, et leurs larmes se confondaient. Les lèvres et les yeux de Werther, collés sur le bras de Lolotte, l'embrasaient de leur ardeur ; elle frémissait, elle voulut s'éloigner, et l'excès de sa douleur, le tendre intérêt qu'elle prenait à cette situation pesaient sur elle de tout leur poids. Elle respira quelques moments pour essayer de se remettre, et en sanglotant pria Werther de continuer ; elle le pria d'une voix célesxe ; il tremblait ; il semblait que son cœur voulût éclater; il ramassa le cahier et lut d'une voix entrecoupée :
« Pourquoi me réveiller, souffle du printemps ? tu me caresses et tu me dis : « Je » suis chargé de la rosée du ciel ; mais le » temps approche où je dois me flétrir ; l'orage • qui doit abattre mes feuilles est proche. De- » main viendra le voyageur; il viendra, celui » qui m'a vu dans ma ber^uté ; son œil me
» cherchera partout dans la campague, et il » ne me trouvera plus... »
Le malheureux se sentit accablé de toute la force de ces paroles; dans son désespoir, il se précipita aux pieds de Lolotte il lui prit les mains qu'il pressa contre ses jeux, contre son front ; il sembla à Lolotte qu'il lui passait dans l'âme un pressentiment du projet affreux qu'il avait formé. Ses sens se troublèrent, elle lui serra les mains, les pressa contre son sein; elle se pencha vers lui avec attendrissement, et leurs joues brûlantes se touchèrent. Le inonde entier disparut à leurs yeux ; il la prit dans ses bras, la serra contre son cœur et couvrit ses lèvres tremblantes et balbutiantes de baisers furieux. • Werther I » criat-elle d'une voix étouffée et en se détournant, "Werther! » Et d'une main faible elle tâchait de l'écarter de son sein. « Werther I » lui dit-elle enfin du ton ferme et décidé de la vertu. Il ne put y résister. Il la laissa glisser de ses bras et Lorsûe lui, se prosterna devant elle. Lolotte se le ta, et, dans un trouble douloureux, la voix tremblante, d'un accent mêlé d'amour et de colère : « C'est la dernière fois, lui dit-elle, Werther I vous ne me reverrez plus. » Puis, jetant sur l'infortuné un dernier regard plein d'aniour, elle courut dans sa chambre et en barricada la porte. Werther luiterdit les bi-as et n'eut pas la hardiesse de la retenir. Il étaii étendu par terre, la tête sur le sopha, et il resta ainsi plus d'une demiheure, jusqu'à ce qu'un bruit qu'il entendit le rappela i.iai-mêu^e. C'était la.servante qui yq-
— lis —
nait mettre le couvert. Il se promena à grands pas dans la chambre, et lorsqu'il se retrouva seul, il s'approcha de la porte du cabinet et dit à voix basse : « Lolotte I Lolotte I encore un mot, un mot seulement, un adieu I... » D garda le silence; il attendit.... Il supplia... puis attendit encore ; alors il s'arracha de cette porte en criant : • Adieu, Lolotte 1 adieu pour jamais 1 »
n courut à la porte de la ville. Les gardes, qui étaient accoutumés à le voir, le laissèrent passer sans lui rien dire. La nuit était sombre. Il tombait de la neige fondue. Il rentra vers les onze heures du soir. Le domestique remarqua bien qu'il n'avait point son chapeau ; mais il n'osa point l'en faire apercevoir; il le déshabilla; tout était mouillé. On a retrouvé ensuite son chapeau sur une pointe de rocher situé sur le penchant de la montagne et qui commande la vallée; et il est inconcevable qu'il ait pu, par une nuit obscure et humide, y grimper impunément.
Il se coucha et dormit longtemps. Le lendemain matin son domestique, qu'il appela, le trouva à écrire, lorsqu'il lui apporta son café. 11 ajoutait ce qui suit à sa lettre à Lolotte :
« Pour la dernière fois donc, pour la dernière fois je rouvre mes yeux ; ah ! ils ne verront plus le soleil ; un bi-ouillard triste et opaque les couvre. Sois donc en deuil, ô Nature; ton fils, *:on ami, ton bien-aimé s'approche de sa fin. Lolotte, c'est vn sentiment unique, et rien ne ressemble cependant plus à un songe, que de se dire : Ce iour est le dernier. Le
dernier I Lolotte, je n'ai aucune idée de ce mot, le dernier ! Aujourd'hui, je suis debout,
j'ai toute ma force Et demain, couché,
étendu, endormi sur la terre!... Qu'est ce que mourir? Vois-tu, nous rêvons quand nous parlons de la mort. J'ai vu mourir plusieurs personnes; mais l'humanité est si bornée, qu'elle n'a point d'idée nette du commencement et de la fin de son existence. Maintenant je suis encore tout à moi.... non, non... à toi I à toi ! ô la plus adorée des femmes ; et dans une minute.... séparés.... désunis.... peutêtre à jamais.... Non! Lolotte, non. Comment puis-je être anéanti? Comment peux -tu être anéantie? Nous existons, oui!.... Être anéantis!.... Qu'est-ce que cela? C'est encore un mot! un vain son qui ne va pas jusqu'à mon coeur.... Mort, Lolotte ! Renfermé dans une fosse si froide, si étroite, si obscure !... J'eus une amie qui était tout pour moi dans l'exubérance de ma jeunesse; elle mom'ut, je suivis le convoi et me tins auprès de la fosse. Quand ils descendirent le cercueil ! quand j'entendis le grincement des cordes qui descendaient et remontaient ! quand la première pelletée de terre, tombant par mottes sur cette bière funeste, rendit un bruit sourd, puis plus sourd et plus sourd encore, jusqu'à ce qu'enfin tout fût couvert!.... je tombai auprès de la fosse... saisi, profondément troublé, déchiré jusqu'aux entrailles ; mais je ne savais ni ce qui m'arrivait, ni ce qui devait m'arriver.... Mourir! tombeau! Je n'entends point ces mots-là.
• Oh! pardonne-moi! pardonne-moi! Hiert
• - 150 — Ail l celte minute aurait dû être la dernière de ma vie. 0 ange ! ce fu+ pour la première fois, oui pour la première fois que ce sentiment d'une joie sans bornes pénétra tout entier et sans aucun mélange de doute, dans mon âme : ello m'aime ! elle m'aime ! Mes lèvres brûlent encore de ce l'eu sacré qu'y portèrent tes lévi-es ardentes; un torrent de délices inonde mon cœur. Pardonne-moi t Pardonne-moi !
» Ah! je le savais que j'étais aimé! Tes premiers regards, ces regards pleins d'âme, ton premier serrement de main, me l'avaient appris; et cependant lorsque jeté quittais ou que je voyais Albert à tes côtés, je retombais dans mes doutes rongeurs.
» Te souvient-il de ces fleurs que tu me donnas dans cette fatale assemblée où tu ne pus ni me parler, ni me tendre la main? Hélas ! je restai la moitié de la nuit à genoux devant ces fleurs, et elles furent pour moi le sceau de ton amour. Mais bêlas ! ces impressions se sont efl'acées, comme on voit insensiblement s'effacer dans le cœur du chrétien le sentiment de la grâce de son Dieu, que le ciel lui offrit avec profusion sous des signes sacrés et manifestes.
• Tout passe; mais une éternité même ne saurait éteindre la flamme que je cueillis hier sur tes lèvres, la flamme que je sens en moi. Elle m'aime! ce bras a étreint sou corps! Ces lèvres ont tremblé sur ses lèvres! Cette bouche a balbutié sur la sienne! Elle est à moi! Tu es à moi! Oui, Lolotte, pour jamais!
» Qu'importe qu'Albert soit ton mavi? Mari !...
- loi -
Ce n'est que pour le monde. Et ce n'est que dana ce monde qu'il y a crime à t'airaer, à souhaiter de pouvoir t'arracher de ses bras? C'est un crime? Soitt Eh bien, je m'eiL punis : je l'ai savouré, ce crime, dans le transport de la plus enivrante volupté ; j'ai sucé le baume de la vie, et versé la force dans mon cœuf , de ce moment, tu es à moi, à moi, oui, Lolotte, à moi! Je pars devant. Je vais rejoindre mon père, ton père; je porterai mes douleurs au pied de son trône, et il me consolera jusqu'à ton arrivée; alors je volerai à ta rencontre, je te saisirai et je resterai uni à toi en présence de l'Eternel, dans des baisers sans fin.
» Je ne rfive point, je ne suis point dans le délire! L'approche du tombeau est pour moi une nouvelle lumière. Nous serons, nous nous reverrons î Nous verrons ta mère ! je la verrai jela trouverai, hélas! et j'oserai lui dévoiler moâ cœur ta mère, ta parfaite image. »
Vers les onze heures, Werther demanda k son domestique si Albert était de retour. Il lui répondit que oui ; qu'il avait vu passer son cheval. Là-dessus, Werther le charg-ea de lui porter ce billet ouvert :
«• Faites moi le plaisir de me prêter vos pistolets pour un voyage que je médite. Adieu. Portez-vous bien. »
La pauvre Lolotte avait passé la nuit dans l'agitation et le trouble. Sor. sang bouiUonnait dans ses veines, des sentiments douloureux déchiraient son cœur. Malgré ses efforts, le feu des baisers de Werther s'était glissé dans son sein; et en même temps l'image des jours de sa paisible innocence se retraçait à elle avec de nouveaux charmes ; 11 lui semblait voir d'avance les regards de son mari, elle l'entendait l'interroger d'un ton demitriste et demi-ironique au moment où il apprendrait la visite de "Werther. Elle n'avait jamais dissimulé, jamais menti, et pour la première fois elle s'y voyait inévitablement contrainte; la répugnance, l'embarras qu'elle éprouvait aggravaient encore sa faute à ses yeux, et cependant elle ne pouvait ni haïr celui qui en était l'auteur, ni même se promettre de ne le plus revoir. Elle pleura jusque vers le matin; alors elle tomba de fatigue dans un faible assoupissement. A peine s'était-elîe éveillée et habillée, que son mari revint. Pour la première fois, sa présence lui parut insupportable; elle tremblait qu'il ne découvrît, dans ses yeux et à son air, qu'elle avait veillé et pleuré toute la nuit, cette crainte augmentait encore son trouble. Elle l'embrassa avec une vivacité qui décelait plutôt son agitation et ses remords qu'une véritable joie. Albert s'en aperçut, et, après avoir décacheté quelques lettres, il lui demanda sèchement s'il n'y avait rien de nouveau, et s'il n'était venu personne en son absence. « Werther, lui répondit-elle en hésitant, est venu hier et a passé une heure icL— Il prend bien son temnsv » dit Albert; puis il se retira
dans son cabinet. Lolotte était restée seule un quart-d'heure. La présence d'un époux qu'elle aimait et qu'elle respectait avait fait sur son cœur unt: impression nouveUe. Elle se rappelait toute sa bonté, la noblesse de sou caractère, son attachement pour elle, et elle se reprochait de l'en avoir si mal récompensé. Une voix secrète lui (lisait de le suivre. Elle prit son ouvrage, tîomme cela lui était arrivé plusieurs fois, entra dans son cabinet, et lui demanda s'il avait besoin de quelque chose. Il lui répondit : non ! et se plaça à son bureau pour écrire. Elle s'assit, et se mit à tricoter. Ils passèrent ainsi une heure ensemble ; et comme Albert se levait de temps en temps pour aller et venir, répondant à peine à ce que Lolotte pouvait lui dire, et se remettant à son bureau, elle tomba dans une tristesse d'autant plus amére, qu'elle tâchait de la cacher et de dévorer ses larmes.
L'apparition du domestique de Werther vint mettre le comble au trouble de Lolotte. Il présenta le billet a Albert, qui, se tournant froidement vers sa femme, lui dit : « Donnelui les pistolets... Je lui souhaite un bon voyage, » dit-il au valet. Ces mots furent pour Lolotte comme un coup de foudre. Elle se leva en chancelant, s'approcha lentement de la muraille, et prit en tremblant les pistolets. Elle en essuyait la poussière, hésitait à les donner, et aurait différé pms longtemps, si un coup d'oeil d'Albert ne l'eût obligée d'en finir. Il ajouta d'un ton expressif : « Qu'attendezvous? » Elle remit donc l'arme funeste au domestique, sans avoir la force de proférer ua
seul mot; et dès qu'il fut sorti, elle replia soc ouTrage et se retira dans sa chambre, accablée d'une poig-nante douleur. Son coeur luf. présageait les plus affreux malheurs. Tantôt elle était sur le point de se jeter aux pieda de son mari, de lui découvrir tout ce qui s'était passé le soir précédent, sa faute et ses pressentiments. Bientôt après elle ne voyait plus que l'inutilité d'une pareille démarche, et que surtout elle ne pourrait engager Albert à aller chez "Werther. On mit le couvert, et une voisine, priée par Lolotte de rester à dîner, rendit le repas supportable; on se contraignit, on causa, on conta et on finit par s'étourdir. Le domestique arriva chez Werther avec les pistolets. Il les prit avec transport , lorsqu'il apprit que c'était Lolotte qui les avait donnés. D se fit apporter du pain et du vin, envoya dîner son valet, et se mit à écrire :
« Ils ont passé par tes mains , tu en as ôté la poussière, je les baise mille fois, tu les as touchés. Ah ! le ciel approuve et favorise ma résolution ! Et toi , Lolotte , tu me fournis l'instrument de la mort ; et c'était de tes mains que je voulais la recevoir. Oh! j'ai interrogé mon domestique, tu as tremblé en les lui présentant ; tu ne m'as pas fait dire adieu! Malheur.' malheur à moi I... Point d'adieu !.., La minute qui m'unit poiu" jamais à toi m'£urait-elle fermé ton cœur? 0 Lolotte, c'est une 'impression qu'un siècle de siècles ne pourra effacer ! Et je le sens, tu ne sam-ais haïr celui qui brûle aiasi oour toi. »
on
^^pres dîner, Il oroonna au domestique d'achever les paquets; il déchira divers papiers, sortit et mit encore quelques petites affaires en ordre II revint à la maison, sortit ensuite de la ville , et alla , malgré la pluie , dans le jardm du Comte, puis plus loin dans la campagne. Il revint à la tombée de la nuit et se mit à écrire :
• Guillaume , j'ai vu , pour la dernière fois les montagnes, les forets et le ciel. Adieu' chère mère I pardonne-moi. Console-la Guillaume. Que Dieu vous bénisse ! Toutes mes afiaires sont en ordre. Adieu 1 Nous nous verrons, nous nous reverrona plus heureux. »
. Je t'ai mal payé de retour, Albert, mais tu me le pardonnes. J'ai troublé la paix de ton ménage; j'ai porté la défiance parmi vous Adieu, je vais mettre fin à tout cela. Ohl nuis-é ma mort vous rendre la pai-xl Albert' Albert! rends cet ange heureux, et que la béaédiction du ciel descende sur tôil .
n flt encore le soir plusieurs recherclu-^ dans ses papiers, en déchira beaucoup quV. jeta dans le poêle, cacheta quelques piouets adresses a Guillaume : ils^ontenaienï de petits mémoires, quelques pensées détachées, que J'ai vues en partie. A dix heures S! ^IV"" ^^«""^'^î-dre qu'on mît du bois au poêle, et s être fait apporter une bouteiu"
Ïnn7?-' u '7°^* '''"^'^^'' «Où domestique" dont la chambre, ainsi que celle où couchaient les gens de la maison, était fort éloi- Rnee sur le derrière. Le laquais se jeta au M
— lot) —
tout habillé^ pour être prêt de bonne heure ; car son maître lui avait dit que les chevaux de poste seraient devant la porte avant six neui-es.
LETTRE LXXVm
A onze heures passées.
• Tout est calme autour de moi, et mon âme est si tranquille! Je te remercie, ô mon Dieu! de m'accorder cette chaleur et cette force, dans ces derniers moments !
» Je m'approche de la fenêtre, ô ma chère amie, et je vois encore quelques étoiles dans ce ciel éternel briller isolées au travers des nuages orageux qui fuient par-dessus ma tête. Astres brillants , non , vous ne tomberez point! L'Eternel vous porte, ainsi que moi, dans son sein. J'ai encore vu la Grande-Ourse, la plus belle de toutes les constellations. Quand je sortais le soir ae chez toi , elle brillait visà-vis de ta porte! Avec quelle extase ne l'ai-je pas souvent contemplée! Combien de fois n'ai-je pas élevé mes mains vers elle, pour la prendre à témoin de ma félicité ! Et même... O Lolotte , qu'est-ce qui ne me rappelle pas ton souvenir 'î Ne m'entoures-tu pas de tous côtés, et n'ai-Je pas, comme un enfant, dérobé mille bagatelles inutiles , que tes mains ont consacrées en les touchant?
» Cher portrait, qui me fus si cher! Je te le rends, Lolotte, je te le lègue, je te conjure de l'honorer. J'y ai imprimé mille et mille ba'sers; mille fois mes yeux l'ont salue, lorsque
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je sortais ûo chez moi, ou que j'y rentrais. » Jai cent a ton père pour le prier de protéger n,ou corps. Il y a au fond du cimetière dans le coin du côté des champs, deux beaux til euls; cest là que je désire reposer n fera cela pour son atni, il le peut. Joins tes prières aux miennes. Je ne compte point que de pieux chrétiens veuillent faire enterrer leurs cadavres près de celui d'mi pauvre malheureux Helas! je voudrais eti^e déposé dans quelauê , vallon solitaire ou sur les bords d'un grand ch^ mm afin que le prêtre et le lévite pussent it ver les yeux au c.el et rendre grâces au Seigneur, en passant prés de ma tombe , tand s q^ue le Samaritain donnerait une larme à mon
• 0 Lolotte, je prends d'une main ferme et assurée ce fatal calice où je dois boire le vertige de la mort. Tu me le présentes, et je le reçois sans trembler. Tous mes vœux, toutes les espérances de ma vie sont remplis f Je vaS heurter avec sang-froid à la porte d'airain du trépas! Que n'ai-je eu le bonheur, Lolotte de mourir pour toi! de me dévouer poS- toi ! Je mourrais de grand cœur, je mourrais jojVux SI je pouvais te rendre le repos, le bonhem- dé ta vie Mais hélas I il n'a été donné qu'a Set ques héros de verser leur sang pour ceux oui leur étaient chers, et de leurrendre en moï^ rant une vie nouvelle et centuplée
» Je veux Lolot:e, être enterré avec les habits que je porte maintenant. Tu les as ton ches, Ils sont sacrés. J'ai a.issi demandé cette grâce a ton père. Mon âme plane sur ma tombe. On ne doit point chercher dans me^
poches. Ce nœad da rubans roses qui parait ton seiu, le premier jour que je te vis au milieu de tes enfants... Oh ! donne-leur mille baisers, et raconte-leur le sort de leur malheureux ami. Les chers enfants, il me semble les voir sauter autour de moi. Ah! comme je m'étais attaché à toi ! Depuis ce premier moment il me fut impossible de te quitter. Ce nœud de rubans, je veux qu'il soit enterré avec moi. Tu m'en fis présent à l'anniversaire de ma naissance ! Comme je dévorais tout cela !..- Hélas 1 je ne prévoyais guère que cette route me conduirait où je suis !... Sois tranquille, jo t'en conjure, sois tranquille...
» Ils sont chargés... Minuit sonne !... Par» tons... Lolotte! Lolotte! adieu t adieu t... »
Un voisin vit la lumière de la poudre, et entendit l'explosion ; mais aucun bruit ne l'ayant suivie, il ne s'en mit pas pl\is en peine.
Le lendemain, à six heures, le domestique entra dans la chambre avec de la lumière : il trouva son maître étendu par terre, baigné dans son sang : il l'appelle, se penche sur lui ; point de réponse ; seulement il râlait encore. Il court chez le médecin , chez Albert. Loiotte entend la sonnette : un tremblement universel la saisit : elle éveille son mari , ils se lèvent : le domestique désolé leur apprend la fatale nouvelle en sanglotant : Lolotte tombe évanoiUa aux pieds d'Albert.
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Lorsque le médecin arriva, il trouva le mal» heureux à terre dans un état désespéré ; le pouls battait ; mais la balle, entrant au-dessus de l'œD droit, iui avait fait sauter la cervelle. On le saigna cependant au bras, le sang coula" Werther respirait encore. '
On pouvait juger, par le sang qu'on voyait autour du fauteuil, que Werther avait tiré le coup assis devant son Dureau. De là il avait flissé à terre, s'était roulé autour du fauteuil daiis des mouvements convulsifs ; et lorsque ses forces avaient été épuisées , il était resté auprès de la fenêtre étendu sur le des. Il était tout habillé et tout botté , en frac bFèu et en veste jaune.
Les gens de la maison, ceux du voisinage et de la ville entière accoururent bientôt en tumulte. Albert entra. On avait mis Werther sur son lit ; il avait le front bandé ; la mort était déjà peinte sur son visage; il ne remuait aucun de ses membres ; il râlait encore d'une manière effrayante, tantôt faiblement, tantôt plus fort ; on attendait à chaque instant son aemier soupir.
D n'avait bu qu'un verre de vin. Emilia Galottt (1) était ouverte sur le bureau.
Souffrez que je passe sous silence l'accablement d'Albert et la désolation de Lolotte.
Aussitôt qu'il eut appris la nouvelle, le vieux bailli accourut à toute bride, et embrassa le mourant en plenrantà chaudes larmes. Lesplus âgés de ses fils vinrent bientôt après lui à
(»; Tragédie allemande de Lessiniç, fort estimé»
pied Ils tombèrent auprès du lit de leur ami dans le plus violent désespoir; ils lui baisaient les mains et la bouche, et le plus grand, quî avait toujours eu la première place dans son amitié, resta collé sur ses lèvres jusqu'à son dernier souffle, et il fallut employer la violence pour l'en arracher. A midi, Werther mourut. La présence du bailli et ses précautions continrent le peunle. Le soir, sar les onze heures, il fit enterrer le corps de l'infortuné dans 1 endroit qu'il s'était choisi. Le vieillard, accompagné de ses fils, suivit le convoi : Albert n en eut pas la force. On craignait pour la vie de Lolotte. Des manœuvres transportèrent le corps; aucun pasteur ne l'accompagna.