‹ HerminieChapitre 4 sur 17 · EG F · texte numérisé non relu

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— Et à quel étage?

— Au quatrième.

— De quoi se compose-t-1l?

. — Mais, il y a une antichambre, une petile salle à manger, une chambre à coucher, et une chambre dont on pourrait faire un petit salon.

— Peut-on le voir?

-— (Qui, monsieur.

Le portier sorlit, ferma sa porte, mit la clef de la loge dans sa poche, prit celle de l'appartement à sa main, regarda si personne ne venait et monta devant le jeune homme.

L'appartement était libre et pouvait être occupé tout de suite : le jeune homme passa d’une pièce à l’autre, examina fort superficiellement, disons-le, s'il était commode ou non,ne s'occupant guère que du papier, des portes et des plafonds, qu'il trouva assez convenables.

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Enfin, le portier le fit entrer dans un cabinet de toilette qu'il avait oublié de lui

mentionner et qui donnait sur une petite

cour carrée fort étroite, fermée en face par la maison voisine, laquelle avait cinq fenêtres perpendiculairement placées sur celte même cour.

Ce cabinet acheva de charmer notre jeune homme, qui demanda si les six cent cinquante francs annoncés élaient le dernier prix de l’apparlement,

— Au juste, reprit le portier; il était même loué sept cents; mais il faut dire que c'étaient l’homme et la femme, des gens fort tranquilles du reste, et qui ont eu bien du regret de quitter la maison. Mais le mari à élé nommé membre de l'Instilut; alors ils ont été forcés de diminuer leurs dépenses, et le propriétaire a dit que, pour avoir un garçon, 1l ferait un sacrifice de cinquante francs. Monsieur est garçon ?

— Oui.

— Eh bien, monsieur, pour un garçon, c’est tout ce qu’il faut : c’est au midi, on a le soleil toute la journée; il y a trois fenêtres sur la rue et un grand cabinet bien commode, avec une fenêtre aussi. On pourrait y mettre un lit même, pour un ami ou pour un petit domestique. Monsieur a-tl un domestique ?

— Non.

— Eh bien, si monsieur veut, ma femme ou moi, nous ferons son ménage.

— C'est cela. Le logement me convient, dit le visiteur en sortant et pendant que le portier fermait la porte; mais je ne veux y mettre que six cents francs.

— Si monsieur veut me laisser son adresse, j'en parlerai au propriélaire et j'irai lui porter la réponse. Du reste, monsieur voit que la maison est fort tranquille. Au premier, C’est une vieille dame toute seule; le second n'est pas loué; le troisième

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est vacant, et, au-dessus de monsieur, il n'y à qu'un jeune homme qui est surnuméraire au ministère de l'instruction publique, M. Alfred; mais il est toujours chez sa mère, qui habite la province. Nous ne souffrons ni chat ni chien dans la maison. Monsieur n'a pas d'animaux ?

— Non.

En ce moment, on arrivait à la loge; le porlier ouvrit, chercha quelque temps sur une commode où il y avait deux petits vases de fleurs arbficielles, donna à son futur locataire une plume problématique qui ne faisait honneur ni à l’oie qui l'avait fournie ni à celui qui l'avait taillée, posa sur sa table une feuille de papier à lettre à côté d’un encrier en porcelaine qui représentait l'empereur, ayant de l’encre dans son chapeau, et le jeune homme écrivit son adresse : « Édouard Didier, rue, etc. »

— C'est très bien, reprit le portier en isant l'adresse, — Demain, je passerai chez

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monsieur, conlinua-t-1il en le reconduisant jusqu’à la porte de la rue. Je n'ai pas besoin de dire à monsieur que le propriétaire et nous tenons à n'avoir que des personnes.

tranquilles. Nous savons bien ce que c’est qu'un jeune homme; mais il y en a qui en abusent, qui reçoivent des... beaucoup de...

enfin du monde qui font du bruit, et alors les locataires se plaindraient, et cela nous ferait avoir des désagréments.

— Je ne reçois que le strict nécessaire, dit le jeune homme en s éloignant.

Le portier se mit à sourire de ce sourire disgracieux dont les imbéciles ont le privilège.

A quelques pas de là, Édouard rencontra un de ses amis parli depuis trois ou quatre mois pour un voyage, et revenu depuis quelques jours.

Après les premiers mots d'élonnement ct de joie de se revoir :

— D'où viens-tu donc? dit le nouvel arrivé, qui s'appelait Edmond L...

--— Je viens de voir un logement que je vais prendre.

— J'en cherche un, moi. Est-ce loin d'ici?

-— Non.

— Eh bien, si tu veux, remonions le voir; situ ne te décides pas et qu'il me convienne, je le prendrai.

- Malheureusement, fit Édouard, il y a

beaucoup de chances pour que je le prenne.

— Voyons toujours.

On fit remonter le portier, et Edmond s’extasia sur la commodité du logement.

— Mon cher, dit-il, depuis huit jours que je suis arrivé et que je cherche un appartement, impossible d'en trouver un aussi charmant que celui-ci. Tu comptes Île prendre ?

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— Mais oui.

— Quel malheur! Vous n’en avez pas un autre pareil? continua-t-1l en s'adressant au portier.

— Non, monsieur, ils sont tous plus grands et plus chers.

—— Quel malheur! répétait Edmond.

— As-tu fait bon voyage? dit Édouard en redescendant.

=— Oui.

— As-tu eu quelque aventure ?

— Hélas! non. Tu sais que j'ai vingt-deux ans, et que, depuis six ans, je cherche une passion; je n'en trouve pas plus que de logement, mon cher. J'étais allé en Italie parce qu'on me disait que les Français sont les amants naturels des Italiennes. Ah bien, oui! elles me riaient toutes au nez.

-— De sorte que tu es revenu...

— Comme j'étais parti. Mais j'ai écrit à une petite femme, hier ; je dois aller prendre la réponse.

— Eh bien, bonne chance!

— Si tu ne prends pas ce logement-là, répéta Edmond en quittant Édouard, faisle-moi dire.

— Oui.

— Adieu.

Comme on le voit, Edmond était un type, mais un type ennuyeux. On n’a jamais rien vu de plus roide n1 de plus disgracieux que ce pauvre garçon, toujours en retard d’une mode et toujours gêné dans ses habits; un de ces individus que Îles femmes ont en horreur, parce quils affectent avec elles l'impertinence d’un roué, quoique n’ayant sur leur compte que la théorie d’un collégien ; si bien que, comme elles savent à quoi s'en tenir, elles rient d'eux si elles ont un bon caractère, ou les mettent à la porte si elles en ont un mauvais. Si un ami, ayant une maîtresse, avait le malheur

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de lui présenter Edmond, 1l était sûr de s'entendre dire, deux jours après :

— Quel est donc ce monsieur que vous m'avez présenté ? é

— C’est un de mes amis.

— Dites-lui que c'est un imperlinent de se permettre de m'écrire ce qu’il m'a écrit, et que je lui défends de se présenter ici.

Quelques-uns d'abord s'étaient fàchés ; mais, Comme on avait vu que c'élait un mal incurable, personne n’y faisait plus attention; d'autant moins que ces lettres étaient sans conséquence, et que, comme si toutes les femmes se fussent donné le mot, la réponse ne variait pas.

Quant à Édouard, avec qui nous devons faire plus ample connaissance, il était ce qu'on appelle un bon et brave garçon, quon voyait toujours avec joie: assez riche pour être indépendant, mais faisant son droit

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pour avoir le droit de ne rien faire, bon à se faire tuer pour un camarade, charmant, vif, indiscret, incapable d'un amour sérieux et ne rêvant qu'une liaison éternelle; figure fière, physionomie railleuse et qui prenait quelquefois une teinte de mélancolie légère et rapide, comme s’il cût vu passer devant lui l'ombre de son père et de’ sa mère, ces deux affections qui ouvrent les portes de la vie aux autres et qu'il n'avait jamais connues. Si bien qu'il avait, sans douleur présente, sans pressentiment de chagrin à venir, de ces heures profondément tristes où l'âme se replie sur elle-même; où, au milieu même des éclats de rire de la journée, elle voit à travers les plaisirs éphémères du monde quelque figure morte, poélisée encore par le temps, qui lui sourit de ce sourire qui étoilait son berceau, et qui s’efface peu à peu jusqu’à ce que, les yeux se couvrant de larmes, elle disparaisse tout à fait.

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Alors, pendant ces heures de recueillement, Édouard pensait à toutes ces affections d'un jour auxquelles il avait émietté son cœur et qui, aux instants de mélancolie que verse toujours le passé sur le présent, ne pouvaient le consoler dans sa solitude momentanée. La présence d’un ami joyeux eût pu seule effacer de son esprit ces douloureuses et passagères impressions.

Ces jours-là, c'étaient les jours où le temps était sombre, où il ne savait que faire, où 1l rentrait de bonne heure chez lui et où, au milieu du calme de sa chambre éclairée de deux bougies, les souvenirs devenaient ses hôtes et lui rendaient, dans un portrait, dans un meuble, dans un rien, une de ces joies d'enfant qui finissent presque toujours par devenir un sujet de tristesse; puis il se couchait, prenait un des livres de nos poèles avec lequel il püût causer de sa tristesse, s'endormait, et, le lendemain, si le jour était beau, les fan-

tômes avaient disparu et 11 redevenait Île joyeux camarade des jours précédents.

C'était donc une de ces bonnes natures franchement parisiennes, comme il semble y en avoir tant et comme cependant il y en à si peu. Ses visites, rares 1l est vrai, à l'École de droit, et, d'un autre côté, ses habitudes quelque peu aristocratiques lui avaient fait fréquenter un double monde d'étudiants débraillés et de jeunes gens oisifs; et il se trouvait êlre fort aimé de tous, prêtant aux uns de largent avec lequel ils allaient à la Chaumière, et prêlant aux autres son esprit qu'ils répétaient le soir, ce dont leurs amis ou leurs maîtresses lui étaient fort reconnaissants.

Édouard s’en tint là de ses recherches:

il alla déjeuner. Rentré chez lui, il compara le nouvel appartement qu'il allait prendre avec celui qu'il allait quitter, vit qu'il n’y gagnait rien, si ce n’est du changement, et se mit à éprouver ces sortes de

regrets qui vous viennent lorsqu'on quitte son logement de garçon, si pelit et si incommode qu’il soit. On se rappelie tout ce qui est arrivé depuis qu'on y demeure, les vieilles émotions quotidiennes qu'il a vues naître et mourir ; fleurs d'un malin, écloses entre quatre murs, et qui n’ont plus que ce parfum qu'on appelle souvenir.

On en vient alors à regretter tout, jusqu'au piano insipide de la voisine, piano maudit qu'on retrouve dans toutes les maisons quon habite, miaulant malin et soir sa gamme élernelle et inapprise, jusqu'au portier qui vous remettait le soir votre bougeoir et votre clef, et quelquefois une lettre attendue, si bien qu'on bénissait presque autant la main qui la remeltait que celle qui l'avait écrite.

Puis la veille du déménagement arrive.

Sous prétexte quon a des malles à faire, on rentre de bonne heure, quelquefois avec

un ami qui vient vous aider, mais plus

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souvent seul, on ouvre les armoires, les meubles; on dérange tout, on touche à quarante choses sans les prendre, on ne sait par où commencer; puis, tout à coup, dans un tiroir oublié, on retrouve une lettre oubliée aussi, puis une autre, puis une autre encore; on s’assied sur le bord de son lit, et on se met à lire son passé, tout en interrompant sa lecture par ces monologues muets : « Pauvre fille! Cette bonne Louise! Elle n'aimait peut-être! Qu'estelle devenue? »

Et la soirée se passe, sans qu’on ait rien fait, on ne sait comment, à évoquer de douces ombres de femmes qui, sans doute, à l’heure même où on se les rappelle, disent à d’autres les choses charmantes et fausses qu’elles vous disaient naguère.

Le lendemain, quand on se lève et qu’on n’a plus que deux heures pour déménager,

tout est encore bien moins en ordre que la

veille.

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Comme on le comprend, le portier était venu apporter à Édouard une réponse affirmative. Édouard, en échange de sa réponse, lui avait donné le denier à Dieu, et, comme le logement élait vacant, il s'était mis à déménager tout de suite.

Deux jours après, il était complètement installé dans un nouveau palais à six cents francs par an. |

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choses étaient dans cet état quand, un jour, Édouard, en sortant, vit entrer dans la maison voisine une vieille femme à laquelle,

© disons-le, il ne fit pas grande attention,

avec une jeune fille si belle, qu’ainsi qu’une

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2°) HEÉERMINIE

Elle tourna un inslant la tête de son côlé; mais, si court qu’eût été cet instant, Édouard avait pu voir des yeux bleus, des cheveux noirs, un teint pâle et des dents blanches comme les peintres poèles en rêvent: et, dans l'expression du visage, dans le galbe du corps, je ne sais quoi de hardi et de vigoureux qui dénotait une nature ardente et excentrique.

La jeune fille franchit le seuil de la porte cochère, qui se referma sur elle, et disparut comme une vision. Édouard continua son chemin, et, lorsqu'il fut arrivé au boulevard, où il venait tous les jours, sûr d'y rencontrer quelque ami, la charmante vision était déjà effacée de son esprit comme de ses yeux.

En éffet, après s être promené quelque temps, après avoir salué quelques individus, il finit par en trouver un à sa convenance, car il lui prit le bras et fit deux ou trois tours avec lui.

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— Dines-tu avec moi, lui dit Édouard, et veux-tu monter un instant chez Marie ?

Il y a deux jours que je ne l'ai vue, cette pauvre fille.

Les deux jeunes gens traversèrent le boulevard, entrèrent dans une maison de la rue Vivienne, montèrent au cinquième élage et sonnèrent très familièrement.

Une espèce de femme de chambre vint leur ouvrir.

— Marie y est-elle?

— Oui, monsieur.

Ils pénétrèrent dans une espèce de salon où il y avait des espèces de meubles.

Deux femmes et deux jeunes gens étaient assis autour d'une table et causaient bruyamment.

__ Tiens! c'est Henri et Édouard, dit une ravissante petite tête blanche, blonde, rose comme un pastel de Müller. C’est bien heureux ! Nous faisons un lansquenet. Asseyez-

| vous si vous {rouvez des chaises, et jouez si } My: vous avez de l'argent.

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A | On finit par trouver deux chaises.

à + . -- Qui est-ce qui gagne? dit Édouard.

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