‹ Hernani; drame en cinq actes, en versChapitre 35 sur 40 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

HERNANI, DONA SOL

DONA SOL

Ils s'en vont tous , Enfin !

hernani, cherchant a V attirer dans ses bras.

Cher amour !

dona sol rougissant et reculant.

C'est .. qu'il est tard, ce me semble...

hkrnam.

An^e ! il est toujours tard pour être seuls ensemble!

HERN

DON A SOL

Ce bruit me fatiguait ! — N'est-ce pas, cher seigneur, Que toute cette joie étourdit le bonheur ?

Tu dis vrai. Le bonheur, amie, est chose grave. 11 veut des cœurs de bronze et lentement s'y grave. Le plaisir l'effarouche en lui jetant des fleurs. Son sourire est moins près du rire que des pleurs !

DON A SOL

Dans vos yeux se sourire est le jour.

Hernani cherche à l'entraîner vers la porte. Elle rougit.

— Tout à l'heure.

Oh ! je suis ton esclave !— Oui, demeure, demeure! Fais ce que tu voudras. Je ne demande rien. Tu sais ce que tu fais ! ce que tu fais est bien ! Je rirai, si tu veux, je chanterai. Mon âme Brûle... Eh ! dis au volcan qu'il étouffe sa flamme, Le volcan-fermera ses gouffres entr'ouverts, Et n'aura sur ses flancs que fleurs et gazons verts ! Car le géant est pris, le vésuve est esclave, Et que t'importe, à toi, son cœur rongé de lave ! Tu veux des fleurs ! c'est bien. Il faut que de son mieux Le volcan tout brûlé s'épanouisse aux yeux !

DOSA SOL

Oh ! que vous êtes bon pour une pauvre femme, Hernani de mon cœur !

Quel est ce nom, madame?

Oh ! ne me nomme plus de ce nom, par pitié ! Tu me fais souvenir que j'ai tout oublié ! Je sais qu'il existait autrefois, dans uu rêve, Un Hernani, dont l'œil avait l'éclair du glaive, Un homme de la nuit et des monts, un proscrit Sur qui le mot Vengeance était partout écrit ! Un malheureux traînant après lui l'anathème ! Mais je ne connais pas ce Hernani. — Moi, j'aime Les prés, les fleurs, les bois, le chant du rossignol. Je suis Jean d'Aragon , mari de dona Sol ! Je suis heureux !

DON A SOL

Je suis heureuse!

Que m'importe Les haillons qu'en entrant j'ai laissés à la porte ! Voici que je reviens à mon palais en deuil. Un ange du Seigneur m'attendait sur le seuil. J'entre , et remets debout les colonnes brisées, Je rallume le feu , je rouvre les croisées , Je fais arracher l'herbe au pavé de la cour, Je ne suis plus que joie , enchantement , amour. Qu'on me rende mes tours, mes donjons,mes bastilles, Mon panache , mon siège au conseil des Castilles , Vienne ma doua Sol rouge et le front baissé, Qu'on nous laisse tous deux, et le reste est passé ! Je n'ai rien vu, rien dit, rien fait, je recommence, J'efface tout, j'oublie ! Ou sagesse ou démence, Je vous ai, je vous aime, et vous êtes mon bien !

DONA SOL

Que sur ce velours noir ce collier d'or fait bien !

Vous vîtes avant moi le roi mis de la sorte.

Je n'ai pas remarqué. — Tout autre, que m'importe ! Puis , est-ce le velours ou le satin encor ? Non, mon duc. C'est ton cou qui sied au collier d'or ! Vous êtes noble et fier, monseigneur.

ANI

Il veut l'eutraîner.

— Tout à l'heure !

Un moment! — Vois-tu bien ? c'est la joie et je pleure. Viens voir la belle nuit !

Elle va à la balustrade.

— Mon duc, rien qu'un moment !

Le temps de respirer et de voir seulement 1 Tout s'est éteint, flambeaux et musique de fête. Rien que la nuit et nous ! Félicité parfaite ! Dis, ne le crois-tu pas? Sur nous, tout en dormant, La nature à demi veille amoureusement.

La lune est seule aux cieux, qui comme nous repose, Et respire avec nous l'air embaumé de rose ! Regarde : plus de feux, plus de bruit. Tout se tait. La lune tout à l'heure à l'horizon montait, Tandis que tu parlais, sa lumière qui tremble Et ta voix , toutes deux m'allaient au cœur ensemble ; Je me sentais joyeuse et calme , ô mon amant ! Et j'aurais bien voulu mourir en ce moment.

Ah ! qui n'oublîrait tout à cette voix céleste ! Ta parole est un chant où. rien d'humain ne reste. Et comme un voyageur, sur uu fleuve emporté , Qui glisse sur les eaux par un beau soir d'été, Et vois fuir sous ses yeux mille plaines fleuries, Ma pensée entraînée erre en tes rêveries !

DONA SOL

Ce silence est trop noir. Ce calme est trop profond. Dis, ne voudrais-tu point voir une étoile au fond? Ou qu'une voix des nuits, tendre et délicieuse, S'élevant tout à coup, chantât?...

hernani, sou? tant.

Capricieuse!

Tout à l'heure on fuyait la lumière et les chants !

DONA SOL

Le bal ! — Mais un oiseau, qui chanterait aux champs ! Un rossignol, perdu dans l'ombre et dans la mousse, Ou quelque flûte au loin !— Car la musique est douce, Fait l'âme harmonieuse, et, comme un divin chœur, Éveille mille voix qui chantent dans le cœur! : — Ah ! ce serait charmant !

On entend le bruit lointain d'un cor dans l'ombre.

— Dieu ! je suis exaucée !

hernani, tressaillant, à part Ah! malheureuse !

DONA SOL

Un ange a compris ma pensée, — Ton bon ange , sans doute !

hernani, amèrement.

Oui, mon bon ange !

A part.

Encor!...

dona sol, souriant. Don Juan! Je reconnais le son de votre cor!

N'est-ce pas i

De moitié;

DONA SOL

Seriez -vous dans cette sérénade

De moitié, tu l'as dit.

DONA SOL

Bal maussade!

Ah ! que j'aime bien mieux le cor au fond des bois ! . .. Et puis, c'est votre cor, c'est comme votre voix.

Le cor recommence.

hernani , à part.

Ah ! le tigre est en bas qui hurle et veut sa proie !

DONA SOL

Don Juan, cette harmonie emplit le cœur de joie!...

hernani, se levant terrible.

Nommez-moi Hernani! nommez-moi Hernani!

Avec ce nom fatal je n'en ai pas fini ! dona sol, tremblante. Qu'avez-vous?

Le vieillard!

DONA SOL

Dieu ! quels regards funèbres !

Qu'avez-vous?

Le vieillard qui rit dans les ténèbres ! — Ne le voyez- vous pas?

DONA SOL

Où vous égarez-vous ?

Qu'est-ce que ce vieillard?

Le vieillard !

DONA SOL

A genoux, Je t'en supplie, oh ! dis ! quel secret te déchire ? Qu'as-tu ?

Je l'ai juré!...

DONA SOL

Juré!

Elle suit tous ses mouvements avec anxiété. 11 s'arrête

tout à coup, et passe la main sur son front.

hernani , à part.

Qu'allais-je dire ?

Épargnons-la.

Vous avez dit.

Haut.

Moi, rien. De quoi t'ai-je parlé ?

DONA SOL

Non, non... j'avais l'esprit troublé...

Je souffre un peu, vois-tu. N'en prends pas d'époudona sol. [vante.

Te faut-il quelque chose? ordonne à ta servante ! Le cor recommence.

hernani , à part.

Il le veut! il le veut! Il a mon serment.

Cherchant son poignard,

— Rien !

Ce devrait être fait ! — Ah !

DONA SOL

Tu souffres donc bien?

Une blessure ancienne, et qui semblait fermée, Se rouvre...

A part.

Éloignons-la.

Haut.

— Dona Sol, bien aimée, Écoute, ce coffret qu'en des jours moins heureux Je portais avec moi...

DONA SOL

Je sais ce que tu veux.

Eh bien, qu'en veux-tu faire?

Un flacon qu'il renferme Contient un élixir qui pourra mettre un terme Au mal que je ressens... Va!

DONA SOL

J'y vais, monseigneur.

Elle sort par la porte de la chambre nuptiale.

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