‹ Hernani; drame en cinq actes, en versChapitre 9 sur 40 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

HERNANI, DONA SOL

dona sol, saisissant la main d'Hernani.

Maintenant! fuyons vite!

hernani, la repoussant avec une douceur grave. Il vous sied, mon amie, D'être dans mon malheur toujours plus raffermie, De n'y point renoncer, et de vouloir toujours Jusqu'au fond, jusqu'au bout accompagner mes jours. C'est un noble dessein, digne d'un cœur fidèle ! Mais tu le vois, mon Dieu, pour tant accepter d'elle, Pour emporter joyeux dans mon antre avec moi Ce trésor de beauté qui rend jaloux un roi, Pour que ma duna Sol me suive et m'apparlienne, Pour lui prendre sa vie et la joindre à la mienne, Pour l'entraîner sans honte encore et sans regrets , Il n'est plus temps ! je vois l'échafaud de trop près.

dona sol.

Que dites- vous?

Ce roi que je bravais en face Va me punir d'avoir osé lui faire gtâce. Il fuit! Déjà peut-être il est dans son palais. Il appelle ses gens, ses gardes, ses valets,

Ses seigneurs, ses bourreaux...

dona sol.

Hernani ! Dieu ! je tremble !

Eh bien, hâtons-nous donc alors ! Fuyons ensemble !

HERNANI i

Ensemble! Non, non. L'heure en est passée! Hélas, Dona Sol , à mes yeux quand tu te révélas , Bonne , et daignant m'aimerd'un amour secourable, J'ai bien pu vous offrir, moi, pauvre misérable, Ma montagne, mon bois, mon torrent, — ta pitié M'enhardissait, — mon pain de proscrit, la moitié Du lit vert et touffu que la forêt me donne. Mais f offrir la moitié de l'échafaud! pardonne, Dona Sol, l'échafaud , c'est à moi seul!

DONA SOL

Pourtant Vous me l'aviez promis !

hernani, tombant à ses genoux.

Ange ! ah ! dans cet instant Où la mort vient peut-être, où s'approche dans l'om- Unsombredénoûment pour un destin bien sombre,[bre Je le déclare ici, proscrit, traînant au flanc Un souci profond, né dans un berceau sanglant, Si noir que soit le deuil qui s'épand sur ma vie, Je suis un homme heureux, etje veux qu'on m'envie, Car vous m'avez aimé î car vous me l'avez dit ! Car vous avez tout bas béni mon front maudit!

dona sol, penchée sur sa tête.

Loué soit le sort doux et propice Qui me mit cette fleur au bord du précipice!

Il se relève.

Et ce n'est pas pour vous que je parle en ce lieu, Je parle pour le ciel qui m'écoute, et pour Dieu!

DONA SOL

Souffre que je te suive !

Oh ! ce serait un crime Que d'arracher la fleur en tombant dans l'abîme! Va, j'en ai respiré le parfum! c'est assez! Renoue à d'autres jours tes jours par moi froissés. Épouse ce vieillard! c'est moi qui te délie. Je rentre dans ma nuit. Toi, sois heureuse, oublie !

Non , je te suis ! Je veux ma part de ton linceul ! Je m'attache à tes pas !

hernani , la serrant dans ses bras.

Oh ! laisse-moi fuir seul !

Je suis banni! je suis proscrit! je suis funeste! Il la quitte avec un mouvement convulsif et veut fuir.

dona sol, douloureusement et joignant les mains. Hernani ! tu me fuis !

hernani, revenant sur ses pas.

Hé bien , non ! non , je reste.

Tu le veux, me voici. Viens, oh ! viens dans mes bras ! Je reste et resterai tant que tu le voudras. Oublions-les ! restons ! —

Il s'assied sur un banc de pierre.

Sieds-toi sur cette pierre !

Il se place à ses pieds.

Des flammes de tes yeux inonde ma paupière. Chante-moi quelque chant comme parfois le soir Tu m'en chantais, avec des pleurs dans ton œil noir 2 Soyons heureux ! buvons , car la coupe est remplie, Car cette heure est à nous , et le reste est folie ! Parle-moi, ravis-moi! N'est-ce pas qu'il est doux D'aimer et de savoir qu'on vous aime à genoux ? D'être deux ? d'être seuls? Et que c'est douce chose De se parler d'amour la nuit quand tout repose? Oh ! laisse-moi dormir et rêver sur ton sein , Dona Sol! mon amour! ma beauté!...

Bruit de cloches au loin.

HERN

dona sol , se levant effarée.

Le tocsin !

Entends-tu ? le tocsin !

hernani, toujours à ses genoux.

Eh non ! c'est notre noce Qu'on sonne.

Le bruit de cloches augmente. Cris confus. Flambeaux et lumières à toutes les fenêtres , sur tous les toits , dans toutes les rues.

DONA SOL

Lève-toi ! fuis ! Grand Dieu ! Sarragosse S'allume!

hernani , se soulevant à demi.

Nous aurons une noce aux flambeaux !

DONA SOL

C'est la noce des morts ! la noce des tombeaux ! Bruit d'épées. Cris.

hernani, se recouchant sur le banc de pierre. Rendormons-nous !

un montagnard , l'épée à la main , accourant. Seigneur ! les sbires , les alcades Débouchent dans la place en longues cavalcades! Alerte, monseigneur!...

Hernani se lève.

dona sol, pâle.

Ah ! tu l'avais bien dit.

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