ACTE 1er. SCENE IIL
(Aux deux jeunes gens.) Mes jeunes cavaliers, que faites-vous céans? — Quand nous avions le Cid et Bernard^i ces géants De l'Espagne et du monde allaient par les Castilles Honorant les vieillards et protégeant les filles. C'étaient des hommes forts et qui trouvaient moins lourds Leur fer et leur acier que vous votre velours. Ces hommes-là portaient respect aux barbes grises. Faisaient agenouiller leur amour aux églises. Ne trahissaient personne, et donnaient pour raison Qu'ils avaient à garder l'honneur de leur maison. .' S'ils voulaient une femme, ils la prenaient sans tache, En plein jour, devant tous, et l'épée, ou la hache Ou la lance à la main! — Et quant à ces félons. Qui le soir, et les yeux tournés vers leurs talons, Ne fiant qu'à la nuit leurs manœuvres infâmes. Par derrière aux maris volent l'honneur des femmes. J'affirme que le Cid, cet aïeul de nous tous. Les eût tenus pour vils et fait mettre à genoux. Et qu'il eût, dégradant leur noblesse usurpée, Souffleté leur blason du plat de son épée ! Voilà ce que feraient, j'y songe avec ennui. Les hommes d'autrefois aux hommes d'aujourd'hui i — Qu'êtes-vous venus faire ici ? C'est donc à dire Que je ne suis qu'un vieux dont les jeunes vont rire? On va rire de moi, soldat de Zamora ? 2 Et quand je passerai, tête blanche, on rira? Ce n'est pas vous du moins qui rirez I
HERNANI
Duc» . . .
DON EUT GOMEZ
Silence !
Quoi! "Vous avez l'épée, et la dague, et la lance,
âé . HERNA^I
La chasse, les festins, les meutes, les faucons. Les chansons à chanter le soir sous les balcons, Les plumes au chapeau, les casaques de soie. Les bals, les carrousels, la jeunesse, la joie ; Enfants, l'ennui vous gagne ! A tout prix, au hasard, Il vous faut un hocliet ! Vous prenez un vieillard! Ah ! vous l'avez brisé, le hochet ! mais Dieu fasse Qu'il vous puisse en éclats rejaillir à la face I — Suivez-moi î
HEENANL
Seigneur duc ....
DON KUY GOMEZ.
Suivez-moi ! suivez-moi I Messieurs ! avons-nous fait cela pour rire ? Quoi I Un trésor est chez moi. C'est l'honneur d'une fiUe, D'une femme, l'honneur de toute une famille ; Cette fille, je l'aime, elle est ma nièce, et doit Bientôt changer sa bague à l'anneau i de mon doigt ; Je la crois chaste et pure, et sacrée à tout homme ; Or il faut que je sorte une heure, et moi qu'on nomme Ruy Gomez de Silva, je ne puis l'essayer Sans qu'un larron d'honneur se glisse à mon foyer I Arrière ! lavez donc vos mains, hommes sans âmes. Car, rien qu'en y touchant, vous nous tachez nos femmesl Non. C'est bien. Poursuivez. Ai-je autre chose encor ?
(// arrache son collier.) Tenez, foulez aux pieds, foulez ma Toison-d'OrI
{Il jette son chapeau.) Arrachez mes cheveux, faites-en chose vile I Et vous pourrez demain vous vanter par la ville Que jamais débauchés, dans leurs jeux insolents, N'ont sur plus noble front souillé cheveux plus blancs J