‹ Hernani, drame en cinq actes. With explanatory notes by Gustave MassonChapitre 43 sur 105 · ACTE m. SCÈNE IV. 7l · texte numérisé non relu

ACTE m. SCÈNE IV. 7l

Jusqu'à d'autres amours, plus nobles à leur gré, l Rapetisser un cœur où son nom est entré !

HERNANI

Hélas I j'ai blasphémé I si j'étais à ta place,

Pona Sol, j'en aurais assez, je serais lasse

De ce fou /furieux, de ce sombre insensé

Qui ne sait caresser qu'après qu'il a blessé.

Je lui dirais : " Va-t'en ! " Repousse-moi, repousse!

Et je te bénirai, car tu fus bonne et douce.

Car tu m'as supporté trop longtemps, car je suis

Mauvais, je noircirais tes jours avec mes nuits I

Car c'en est trop enfin, ton âme est belle et hauto

Et pure, et si je suis méchant, est-ce ta faute?

Epouse le vieux duc ! il ^st bon, noble, il a

Par sa mère Olmedo, par son père Alcala.

Encore un coup, sois riche avec lui, sois heureuse!

Moi, sais-tu ce que peut cette main généreuse

T'offrir de magnifique? une dot de douleurs.

Tu pourras y choisir ou du sang ou des j^leurs.

L'exil, les fers, la mort, l'effroi qui m'environne.

C'est là ton collier d'or, c'est ta belle couronne.

Et jamais à l'épouse un époux plein d'orgueil

N'offrait plus riche écrin de misère et de deuil!

Epouse le vieillard, te dis-je, il te mérite 1

Eh ! qui jamais croira que ma tête proscrite

Aille avec ton front pur ? qui, nous voyant tous deux,

Toi, calme et belle, moi, violent, hasardeux 2

Toi, paisible et croissant comme une fleur à l'ombre.

Moi, heurté dans l'orage à des écueils sans nombre,

Qui dira que nos sorts suivent la même loi ?

Non, Dieu qui fait tout bien ne te fit pas pour moi.

Je n'ai nul droit d'en haut sur toi, je me résigne !

J'ai ton cœur, c'est un vol! je le rends au plus digne.

72 HEBNAKI.

Jamais à nos amours le ciel n'a consenti.

Si j'ai dit que c'était ton destin, j'ai menti?

D'ailleurs, vengeance, amour, adieu! mon jour s'achève.

Je m'en vais, inutile, avec mon double rêve,

Honteux de n'avoir pu ni punir, ni charmer.

Qu'on m'ait fait pour haïr, moi qui n'ai su qu'aimer !

Pardonne-moi! fuis-moi! ce sont mes deux prières.

Ne les rejette pas, car se sont les dernières !

Tu vis, et je suis mort. Je ne vois pas pourquoi

Tu te ferais murer dans ma tombe avec moi 1

DONA SOL

Ingrat I

HEENANI.

Monts d'Aragon ! Galice ! Estramadoure ! — Oh! je porte malheur à tout ce qui m'entoure ! — J'ai pris vos meilleurs fils ; pour mes droits, sans remords Je les ai fait combattre, et voilà qu'ils sont morts l C'étaient les plus vaillants de la vaillante Espagne ! Ils sont morts ! ils sont tous tombés dans la montagne, Tous sur le dos couchés, en braves, devant Dieu, Et si leurs yeux s'ouvraient, ils verraient le ciel bleu ! Voilà ce que je fais de tout ce qui m'épouse ! Est-ce une destinée à te rendre j alouse ? ^

CDona Sol, prends le duc, prends l'enfer, prends le Roi î C'est bien. Tout ce qui n'est pas moi, vaut mieux que moi, Je n'ai plus un ami qui de moi se souvienne. Tout me quitte, il est temps qu'à la fin ton tour vienne Car je dois être seul. Fuis ma contagion. Ne te fais pas d'aimer une religion ! i Oh ! par pitié pour toi, fuis ! — Tu me crois peut-être Un homme comme sont tous les autres, un être

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