DON GIL TELLEZ GIRON
Qu'importe Amis 1 frappons la tête et la couronne est morte I
PREMIER CONJURÉ
S'il a le saint-empire, il devient, quel qu'il soit, Très auguste, et Dieu seul peut le toucher du doigtï
LE DUC DE GOTHA
Le plus sûr, c'est qu'avant d'être auguste, il expire/
PREMIER CONJURÉ
On ne l'élira point 1
TOUS
Il n'aura pas l'empire I
PREMIER CONJURÉ
Combien faut-il de bras pour le mettre au linceul ?
TOUS
Un seul.
PREMIER CONJURÉ
Combien faut-il de coups au cœur ?
TOUS
Un seu^
ÀOTË lY. SCÈNE m. iii
CREMIER CONJURÉ.
Qui frappera ?
TOUS
Nous tous !
PREMIER CONJURÉ
La victime est un traître, s font un empereur. Nous, faisons un grand prêtre. Tirons au sort.
(Tousle3~conjurès écrivent leurs noms sur des tablettes, dé" chirent la feuille, la roulent, et vont l'un après Vautre la jeter dans Vurne d'un tombeau. — ■ Puis le premier conjuré dit :)
— Prions.
{Tous s'agenouillent. Le premier conjuré se lève et dit :) Que l'élu croie en Dieu, Frappe comme un Romain et meure comme un Hébreu! Il faut qu'il brave roue et tenailles mordantes, Qu'il chante aux chevalets,! rie aux lampes ardentes, Enfin que pour tuer et mourir, résigné. Il fasse tout I
(iZ tire un des parchemins de Vume.)
TOUS
Quel nom?
PREMIER CONJURÉ (à haute voix), Hernani.
EEBNANi {sortant de la foule des conjurés.) J'ai gagné !
—Je te tiens, toi que j'ai si longtemps poursuivie, Vengeance I
DON BUY QOMEZ {perçant la foule et prenant HeJTMni à part).
Oh l cède-moi ce coup.
fî£BNAKl.
Non, sur ma vie î Oh I ne m'enviez pas ma fortune, seigneur I C'est la première fois qu'il m'ariive bonheur I
DON RUY GOMEZ
Tu n'as rien. Eh bien, tout, fiefs, châteaux, vasselagOB^ Cent mille paysans dans mes trois cents villages, Pour ce coup à frapper, je te les donne, amil
HERNANI
Non.
LE DUO DE GOTHA
Ton bras porterait un coup moins afifermi. Vieillard I
DON EUY GOMEZ.
Arrière I vous ! sinon le bras, j'ai l'âms. Aux rouilles du fourreau ne jugez point la lame, {A Hernani.)
— ^Tu m'appartiens I —
HERNANI
Ma vie à vous, la sienne à moL DON RUY GOMEZ {tirant le cor de sa' ceinturé). Elle ! je te la cède, et te rends ce cor. HERNANI (ébranlé).
Quoi?
La vie et dona Sol! — Non I je tiens ma vengeance! Avec Dieu dans ceci je suis d'intelligence. J'ai mon père à venger I . . . . peut-être plus encor l
DON RUY GOMEZ
Ellel je te la donne, et je te rends ce cor l^ >
i(ÉÉ Vf. SCÈNE îffj - 118
HERKANI.
Non!
DON RUÏ GOMEZ.
Réfléchis, enfant I
HERNANI. '
Duc ! laisse-moi ma proie !
DON RUT GOMEZ
Eh bien ! maudit sois-tu de m'ôter cette joie ! (Il remet le cor à sa ceinture.) PREMIER CONJURÉ (à Hemani), Frère 1 avant qu'on ait pu l'élire, il serait bien D'attendre dès ce soir Carlos
HERNANI
Ne craignez rien ! Je sais comment on pousse un homme dans la tomber ^
PREMIER CONJURÉ
Que toute trahison sur le traître retombe,
Et Dieu soit avec vous ! — Nous, comtes et barons.
S'il périt sans tuer, continuons! — Jurons
De frapper tour à tour et sans nous y soustraire
Carlos qui doit mourir.
TOUS (tirant leurs êpêes).
Jurons.
LE DUC DE GOTHA (au premier conjuré).
Sur quoi, mon frère ?
DON RUY GOMEz {retoume son épêe, la prend par la pointe et
rélève au-dessus de sa tête).
Jurons sur cette croix !
TOUS {élevant leurs épées).
Qu'il meure impénitent I ^ i
iU HEÈNÀl€
{On entend un coup de canon éloigné. Tous s^ arrêtent éti silence. — La porte du tombeau s'entr'ouvre et don Carlos paraît sur le seuil, pâle; il écoute. — Un second coup. — Un troisième coup. — Il ouvre fout à fait la porte iu tombeau^ mais sans faire un pas, debout et immobile sur le seuil)