‹ Hernani, drame en cinq actes. With explanatory notes by Gustave MassonChapitre 70 sur 105 · DON GIL TELLEZ GIRON · texte numérisé non relu

DON GIL TELLEZ GIRON

Qu'importe Amis 1 frappons la tête et la couronne est morte I

PREMIER CONJURÉ

S'il a le saint-empire, il devient, quel qu'il soit, Très auguste, et Dieu seul peut le toucher du doigtï

LE DUC DE GOTHA

Le plus sûr, c'est qu'avant d'être auguste, il expire/

PREMIER CONJURÉ

On ne l'élira point 1

TOUS

Il n'aura pas l'empire I

PREMIER CONJURÉ

Combien faut-il de bras pour le mettre au linceul ?

TOUS

Un seul.

PREMIER CONJURÉ

Combien faut-il de coups au cœur ?

TOUS

Un seu^

ÀOTË lY. SCÈNE m. iii

CREMIER CONJURÉ.

Qui frappera ?

TOUS

Nous tous !

PREMIER CONJURÉ

La victime est un traître, s font un empereur. Nous, faisons un grand prêtre. Tirons au sort.

(Tousle3~conjurès écrivent leurs noms sur des tablettes, dé" chirent la feuille, la roulent, et vont l'un après Vautre la jeter dans Vurne d'un tombeau. — ■ Puis le premier conjuré dit :)

— Prions.

{Tous s'agenouillent. Le premier conjuré se lève et dit :) Que l'élu croie en Dieu, Frappe comme un Romain et meure comme un Hébreu! Il faut qu'il brave roue et tenailles mordantes, Qu'il chante aux chevalets,! rie aux lampes ardentes, Enfin que pour tuer et mourir, résigné. Il fasse tout I

(iZ tire un des parchemins de Vume.)

TOUS

Quel nom?

PREMIER CONJURÉ (à haute voix), Hernani.

EEBNANi {sortant de la foule des conjurés.) J'ai gagné !

—Je te tiens, toi que j'ai si longtemps poursuivie, Vengeance I

DON BUY QOMEZ {perçant la foule et prenant HeJTMni à part).

Oh l cède-moi ce coup.

fî£BNAKl.

Non, sur ma vie î Oh I ne m'enviez pas ma fortune, seigneur I C'est la première fois qu'il m'ariive bonheur I

DON RUY GOMEZ

Tu n'as rien. Eh bien, tout, fiefs, châteaux, vasselagOB^ Cent mille paysans dans mes trois cents villages, Pour ce coup à frapper, je te les donne, amil

HERNANI

Non.

LE DUO DE GOTHA

Ton bras porterait un coup moins afifermi. Vieillard I

DON EUY GOMEZ.

Arrière I vous ! sinon le bras, j'ai l'âms. Aux rouilles du fourreau ne jugez point la lame, {A Hernani.)

— ^Tu m'appartiens I —

HERNANI

Ma vie à vous, la sienne à moL DON RUY GOMEZ {tirant le cor de sa' ceinturé). Elle ! je te la cède, et te rends ce cor. HERNANI (ébranlé).

Quoi?

La vie et dona Sol! — Non I je tiens ma vengeance! Avec Dieu dans ceci je suis d'intelligence. J'ai mon père à venger I . . . . peut-être plus encor l

DON RUY GOMEZ

Ellel je te la donne, et je te rends ce cor l^ >

i(ÉÉ Vf. SCÈNE îffj - 118

HERKANI.

Non!

DON RUÏ GOMEZ.

Réfléchis, enfant I

HERNANI. '

Duc ! laisse-moi ma proie !

DON RUT GOMEZ

Eh bien ! maudit sois-tu de m'ôter cette joie ! (Il remet le cor à sa ceinture.) PREMIER CONJURÉ (à Hemani), Frère 1 avant qu'on ait pu l'élire, il serait bien D'attendre dès ce soir Carlos

HERNANI

Ne craignez rien ! Je sais comment on pousse un homme dans la tomber ^

PREMIER CONJURÉ

Que toute trahison sur le traître retombe,

Et Dieu soit avec vous ! — Nous, comtes et barons.

S'il périt sans tuer, continuons! — Jurons

De frapper tour à tour et sans nous y soustraire

Carlos qui doit mourir.

TOUS (tirant leurs êpêes).

Jurons.

LE DUC DE GOTHA (au premier conjuré).

Sur quoi, mon frère ?

DON RUY GOMEz {retoume son épêe, la prend par la pointe et

rélève au-dessus de sa tête).

Jurons sur cette croix !

TOUS {élevant leurs épées).

Qu'il meure impénitent I ^ i

iU HEÈNÀl€

{On entend un coup de canon éloigné. Tous s^ arrêtent éti silence. — La porte du tombeau s'entr'ouvre et don Carlos paraît sur le seuil, pâle; il écoute. — Un second coup. — Un troisième coup. — Il ouvre fout à fait la porte iu tombeau^ mais sans faire un pas, debout et immobile sur le seuil)

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